Les jeunes et l’assistance scolaire: Parents et enseignants sur le banc d’accusation !

Assistance parentale, cours particuliers, enseignement privé, parascolaires, outils technologiques… les solutions pour réussir et atteindre l’excellence ne manquent pas. Révolu le temps où les élèves ne comptaient que sur leurs propres moyens. A présent, le soutien scolaire est devenu incontournable. Le point.

 

 

Tunis-Le Quotidien

A une époque plutôt lointaine, écoliers et élèves passaient des heures entières le nez fourré dans les livres et les cahiers pour parvenir à comprendre et assimiler leurs leçons. Mais, évolution oblige, cette méthode «quasi archaïque» ( !?) fait partie de l’histoire ancienne. A l’ère des technologies de l’information et des cours particuliers, tout à l’air plus… simple !

 

Râfat, élève de 20 ans, confirme ce constat. «Aucun élève ne compte sur ses propres ressources de nos jours. C’est une vérité ! Plusieurs élèves accusent les professeurs de leur imposer les cours particuliers. Moi, je vois les choses sous un autre angle. A vrai dire, je crois que ce sont les élèves qui ont «établi» cela de manière plutôt… rusée. Je m’explique : un élève moyen sait d’avance qu’il aura des notes très passables s’il ne fait pas d’efforts. Et comme la majorité des élèves rechignent à faire preuve de sérieux, ils optent pour la solution de facilité. S’ils disent aux parents qu’un enseignant va les brimer s’ils ne suivent pas des cours particuliers, les géniteurs vont suivre l’ordre. Ils craignent que leurs fils, censé être sérieux et studieux, ne se retrouve avec des résultats qui laissent à désirer. L’élève demandera donc à son enseignant de lui donner un cours particulier. Cet enseignant ne pourra pas résister à la tentation, parce que ces cours privés représentent pour lui une solution pour arrondir ses fins de mois. Et ils deviennent incapables de donner de mauvaises notes à ce même élève qu’ils prennent particulièrement en charge. D’abord, cela prouverait que leurs cours privés n’ont été d’aucune utilité. De plus, psychologiquement, il est impossible que cet enseignant puisse noter mal cet élève qui le… paye ! Mais qu’est-ce qui se passe au juste ? En fait, l’élève peut ne pas assister à tous les cours particuliers, il peut aussi faire l’école buissonnière, mais ce dont il est sûr, c’est qu’il va réussir. Les parents payent, les enseignants reçoivent de l’argent et l’élève réussit. Tout le monde trouve ainsi son compte ! Et les élèves brillants et studieux, qui verront leurs camarades paresseux et négligents recevoir de bonnes notes, feront plus d’efforts à leur tour. Ils savent que le seul moyen de garder l’excellence est celui de faire partie du groupe! Résultat : seuls les élèves ayant des moyens financiers respectables auront le droit aux bonnes notes. Personnes ne fait d’effort et l’on passe d’une année à l’autre avec l’argent de papa qu’on donne aux enseignants. D’ailleurs, ce n’est plus étonnant de voir le niveau des élèves se dégrader d’une année à l’autre», explique-t-il.

 

Mohamed Amine, élève de 19 ans, rejoint les dires de son camarade. Le jeune homme confirme que plus aucun élève ne réussit grâce à ses efforts personnels. «D’abord, je voudrais mettre à l’index l’origine du problème. Je crois que tout a commencé depuis que les mamans ont quitté le foyer pour aller travailler. Ces dernières rentrent du travail épuisées tout en sachant qu’il y a un tas de corvées qui les attendent : tâches ménagères, repas, bébés à entretenir, etc. Autrefois, même avec un niveau d’instruction assez limité, les mamans se consacraient entièrement à suivre leurs petits pas à pas. Normal, elles avaient le temps ! Aujourd’hui, nous avons affaire à des parents démissionnaires, stressés et en perpétuelle course contre la montre et après la matière. Qui en paie les prix ? Nous ! Personne ne peut nous consacrer assez de temps. On nous achète des parascolaires et un ordinateur, on nous connecte à internet, on nous paye des cours particuliers s’il le faut, mais il faut les laisser en paix ! L’enfant s’habitue à ne plus faire d’efforts. Aujourd’hui, en quelques clics, on peut avoir un torrent d’informations. Copier et coller ! C’est tout le travail qu’on a à faire si l’on a un dossier à préparer ou une dissertation à rédiger. De plus, on peut toujours demander à nos professeurs de nous donner des cours particuliers. Ces derniers accueilleront volontiers notre offre ! Comment refuseraient-ils une proposition aussi profitable! Donc, en classe, ils ne s’investissent qu’à 50% ! Et nous? Bof, cela ne nous dérange pas tant qu’on sait qu’on va réussir si on est assistés ? Ô que oui ! Mais c’est une assistance plutôt trompeuse et fictive que les parents nous payent pour combler leur démission», dit-il.

 

C’est presque du pareil au même pour Aymen, élève de 18 ans. Le jeune homme confirme qu’il est impossible pour un élève d’étudier seul de nos jours. «Les cours particulier, c’est un business ! Même les élèves les plus brillants sont obligés d’y adhérer s’ils veulent maintenir le cap de l’excellence. Si les trois-quarts de la classe suivent des cours particuliers, ils seront traités défavorablement. Deux poids, deux mesures ! De plus, nombreux sont les professeurs qui, pour une raison ou une autre, ne s’investissent qu’à moitié en classe. Et tout le monde y gagne en fin de compte. On continue à ne pas faire d’effort. On n’assimile que ce qu’on veut et on réussit dans tous les cas. Certes, cela semble caricatural, mais c’est la vérité. A qui la faute ? Ça, c’est une autre paire de manche», dit-il.

 

Mohamed Mokhtar, élève de 18 ans, pense aussi que cette assistance ressemble plutôt à une sorte de négoce. «A priori, les parents qui assistent tout le temps leurs enfants les habituent à un certain genre de paresse. En revanche, ceux qui étudient seuls et qui sont juste corrigés par les parents apprennent à compter sur eux-mêmes. Toutefois, il est rare que les parents soient disponibles pour nous assister. Donc ils lèguent cette mission aux… cours particuliers. Pour être franc, ces cours ne nous aident pas vraiment à nous améliorer, au contraire ! Cela nous permet d’être sûr de réussir. Un enseignant qui nous donne des cours particuliers ne peut pas nous laisser échouer. Vis-à-vis de nos parents (qui les payent), ils ont une obligation de résultat. Donc, on peut avancer à très petit pas, tout en ayant la certitude qu’on va réussir», dit-il.

 

Abir CHEMLI




Articles Similaires:




Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com