Les soucis des jeunes: Travail, études et statut féminin en tête de liste

Tous les jeunes désirent goûter pleinement à la vie et font fi de tous les obstacles. Ceux ayant des conditions plus difficiles que les autres et une nature moins insouciante, considèrent la vie comme un véritable combat.

Ils semblent porter un lourd fardeau. Qu’est-ce qui travaille les jeunes justement ?

 

Tunis-Le Quotidien

Les jeunes d’aujourd’hui sont accusés de plusieurs maux. Certains adultes font d’eux le bouc-émissaire quant à la dégradation de certains repères. Certes, nombre d’entre-eux se permettent des dépassements. Mais modernisation et évolutions des mœurs obligent, les jeunes manquent de repères. Et plusieurs jeunes, en dépit de leurs carapaces de révoltés endurcis, portent en eux les bribes de la prouesse mais… à bon entendeur ! Justement, Cyrine, candidate au bac de 20 ans, dit que l’occasion de prouver ses vrais talents ne s’est jamais présentée. «Plusieurs filles de par le monde envient la femme tunisienne pour son statut très spécial. On a l’impression que le fait de naître une fille, ici en Tunisie, est une véritable chance. Pourtant, je ne vois pas où réside l’utilité de ce statut féminin si cela ne change en rien la mentalité. Si j’ai des soucis ? Oui, j’en ai un : celui d’être née fille ! Nous sommes toutes confrontées quasi quotidiennement à une rude critique. Cette place féminine tant convoitée, dérange la majorité des hommes qui continuent à regarder la femme en tant qu’être incomplet, invalide et en tant qu’intrus qui rivalise avec lui de manière injuste. Cette manière de voir les choses ne peut révéler que des résidus machistes, rétrogrades et anti-féministes. L’homme fait tout pour prouver qu’il est meilleur que la femme et que cette dernière fait partie d’une race de second rang. Nous, les femmes, avons prouvé que ce constat est faux et que nous pouvons être égales à l’homme. En revanche, la gent masculine a été incapable de montrer sa soi-disant suprématie. Mais le regard d’une société patriarcale et réactionnaire ne changera pas les choses. Ce que je tiens à dire en revanche, c’est que la femme doit toujours prouver qu’elle mérite son statut, qu’elle n’a rien à se reprocher et qu’elle vaut sa place. Hélas plusieurs femmes ont mal traduit le sens de la liberté et de l’émancipation. Du coup, on nous colle l’étiquette de filles légères et sans principes. Tous nos actes passent au peigne fin. Et il suffit que l’une d’entre-nous fasse un faux pas pour qu’on crie victoire en disant : «voilà ce que l’émancipation a fait de la femme et elle ne mérite pas de s’affranchir de la mainmise masculine». Certes, certaines filles ne doivent pas être laissées à leur guise. Mais ce qui se passe réellement, c’est que nous sommes toutes, ou presque, regardées de travers. Lorsque je sors de chez moi, je m’apprête quotidiennement à écouter les critiques, les préjugés et les mots inconvenants et dégradants. Et pourtant, je suis très vigilante quant à ma conduite. Nous sommes dans une impasse ! Si nous les filles avons prouvé que nous avons évolué sur le plan intellectuel et professionnel, nous sommes en revanche incapables d’imposer le respect. Bon nombre d’hommes nous regardent de manière outrée et nous traitent mal. Drague, injure, regard vicieux, voire, harcèlement, voilà notre lot quotidien. Et même si l’on réussit, notre réussite est toujours sujette aux critiques. Ce problème est vraiment de taille parce qu’il est impossible pour une fille d’évoluer normalement si elle a à confronter quotidiennement les dérangements qu’elle subit au lycée, dans les moyens de transport, dans la rue et un peu partout où elle passe», dit-elle, dépitée.

Hanène, également candidate au bac de 20 ans, partage le même souci. «Je rejoins ce qu’a dit ma copine. D’ailleurs, par moments, je maudis le jour où je suis née fille ! La femme a les mêmes droits civils et législatifs depuis à peu près 60 ans et on se retrouve aujourd’hui encore en train de remâcher le même sujet ! Si le taux de divorce augmente, ce sont les femmes qui sont accusées. Si le taux de célibat augmente, c’est de notre faute, s’il y a des chômeurs, c’est aussi de notre faute ! C’est ce qu’on a récolté après des décennies de bataille ! La femme est considérée comme la cinquième roue de la charrette et elle continuera à l’être tant que les mentalités ne changent pas. Si nous regardons les statistiques, nous verrons noir sur blanc que les filles réussissent plus que les garçons leurs études. C’est un fait ! Et au lieu de concurrencer avec nous, les garçons se sont contentés de mettre en doute la légitimité de nos réussites. Or la réponse est toute simple : certains hommes, ayant hérité la mentalité sexiste, se croient appartenir à une race supérieure. Donc, il leur est impossible d’admettre que s’ils ne réussissent pas autant que nous c’est bien de leur faute ! En effet lorsque les hommes écoulent un temps fou devant leur Playstation, à regarder fanatiquement les matchs de foot ou à déambuler par-ci et par-là sans but précis, (si ce n’est de draguer ou de faire écouler le temps), nous les filles, on passe ce temps à bosser. Et les résultats ne font que ressurgir les efforts déployés de chacun. Mais comment reconnaîtraient-ils leurs failles, il va bien leur falloir un bouc-émissaire. Alors autant dire que l’on a utilisé des moyens vils pour les dépasser ! Nous souffrons d’une mentalité rétrograde et misogyne et si on ne peut pas rivaliser avec nous, on nous attaque d’une autre manière : critiques, médisances, injures, regard vicieux et drague parfois agressive et violente», dit-elle.

Les garçons semblent avoir d’autres soucis. Ces derniers ne semblent pas tant affectés par la réussite féminine, mais c’est leur échec à eux qui les travaille. Hamza, élève de 20 ans, reconnaît en effet qu’il n’arrive pas à réussir comme il se doit. «A l’âge de l’adolescence, un garçon est tenté par plusieurs choses : jeux vidéo, drague, mauvaises fréquentations, école buissonnière, etc. Et si l’un succombe, les autres le suivent comme des moutons de pâturage étant donné que l’imitation aveugle est très fréquente chez les jeunes. De plus, les parents sont devenus démissionnaires. La majorité choisissent des solutions de facilité pour leurs enfants : on leur paye des cours particuliers et on garantit la réussite. Mais cette solution n’est qu’une bombe à retardement. Une fois dans les classes terminales, on se retrouve avec un bagage très pauvre et on se rend compte qu’il est impossible de récupérer le temps perdu. Certes, aujourd’hui je regrette ! Je refais l’année et je sais que je n’ai récolté que ce que j’ai semé. Et le pire c’est que je sais qu’il est très difficile que je puisse me rattraper. Non seulement je ne me suis pas habitué à travailler à jour, mais en plus je sais que mon niveau réel est vraiment faible. Et si je pense à ce qui m’attend plus tard lorsque j’aurais à passer le concours du bac ou les examens universitaires, je panique totalement», dit-il. Contrairement à Hamza, Aymen, 23 ans, étudiant en troisième cycle, n’a pas eu de difficultés dans ses études. Le jeune homme a réussi un parcours sans-faute et a décroché sa maîtrise à un âge plutôt précoce. Mais il n’a pas pu trouver de travail. «Après avoir eu la maîtrise, je croyais avoir tiré le numéro gagnant de la loterie. Optimiste, j’ai pris mes diplômes et je me suis mis à la recherche d’un emploi. Mais en vain. Tous les employeurs exigent une expérience de cinq ans au moins. Ce qui veut dire qu’aucun nouveau diplômé n’aura le droit de faire partie de la population active. Comment peut-on avoir cette expérience si tous les employeurs ferment leurs portes devant nous ?! Mon souci majeur est justement mon avenir. Je ne sais pas quoi faire et si j’ai horreur d’une chose c’est bien l’oisiveté. J’ai donc décidé de continuer mon troisième cycle. Mais est-ce une solution? Je ne vois pas clair et je ne sais pas ce que je ferai après avoir terminé mes études. Je voudrais tant que les employeurs nous embauchent quitte à ce qu’ils ne nous donnent qu’une indemnité. Et puis, puisque l’occasion se présente, je voudrais solliciter de hausser un peu le seuil des crédits donnés par la BTS. Parce qu’avec très peu d’argent, on n’arrivera pas à réussir. Je suis sûr que ma demande sera prise en considération vu la sollicitude dont on nous entoure en très haut lieu», dit-il.

 

Abir CHEMLI




Articles Similaires:




Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com