Les jeunes entre conseils et critiques: Prouve-moi ta bonne intention, je t’écouterai jusqu’à l’aube!
Au moindre faux-pas, ils ont droit à des sermons. Parents, tuteurs et enseignants blâment les jeunes qui sont souvent sujets aux reproches. Mais tout individu, de par sa nature, désapprouve les discours moralistes. L’on accepte mal de faire l’objet de reproches d’autant plus si l’intervenant fait preuve de maladresse et de manque de finesse. Qu’en disent les jeunes ? Acceptent-ils les conseils et les critiques ?
Tunis-Le Quotidien
Le premier moyen par lequel un jeune prouve son existence en tant qu’être humain à part entière, est son opposition et sa rébellion à tout ce qui représente une autorité. Les premières règles qu’il foule aux pieds sont justement celles parentales. Ce qui les expose à une critique quasi permanente. Et ces critiques ont la plupart du temps un effet boomerang
Myriam, élève de 16 ans, confirme ce constat. Plus la jeune fille est sujette aux reproches, plus elle s’entête. «Toute personne éprouve un désagrément si elle est sujette aux jugements négatifs, aux remontrances et aux remarques déplaisantes. Mais certains orateurs savent être persuasifs. Ils sont délicats, éloquents et ont la parole facile. Ils savent argumenter leurs dires avec logique et finesse. Ils savent aussi choisir le moment propice pour entretenir ce genre de discours. Du coup, on se met à les écouter. Même gêné, on réfléchira à ce qui s’est dit et on finit par accepter leurs remarques. On prend en considération ces critiques sans se sentir ébranlé et sans que notre amour-propre ne soit atteint. Cependant, c’est rarement le cas. Lorsqu’on commet une erreur ou lorsque l’un de nos comportements ne plaît pas à autrui, on est attaqué de manière sévère. Cela a un effet contraire. On peut continuer sur la même lancée juste pour contrecarrer nos vis-à-vis indélicats. Juste par entêtement ou parce qu’on s’est senti blessé. Moi, je ne prête jamais attention aux discours moralistes. Et je n’accepte pas qu’on me critique, surtout si cela s’accompagne d’agressivité. Il est possible que j’écoute les conseils de ma meilleure amie, parce qu’on est habituées à nous corriger mutuellement. Mais, avec les autres, je fais preuve de beaucoup de réserve».
Cyrine, élève de 16 ans, accepte les critiques avec un large sourire. Mais c’est elle, en dernier, qui tranche «Je peux prendre en considération les conseils de ma mère. Je peux aussi écouter ma meilleure amie. Et je suis capable de laisser d’autres me donner des conseils ou encore me critiquer. Mais en fin de compte, je n’en fais qu’à ma tête ! Si je suis sûre qu’une telle tenue me convient et si je me sens bien dans mes baskets, le blablabla des autres ne me fera pas changer d’avis. Si je suis certaine de ce que je fais, nul n’arrivera à me dissuader. J’écoute les dires des autres et je fais en sorte d’accepter l’avis contraire avec un sourire et sans même sentir ma fierté touchée, mais je ne change pas. Je continue à agir exactement comme auparavant. Toutefois, si les conseils viennent de ma mère ou de ma meilleure amie, je fais en sorte de les prendre avec beaucoup de sérieux. Mais avec les autres, j’écoute ensuite je « jette » Certains reproches sont accompagnés d’agressivité. Dès lors, on sent que c’est une attaque directe. Par pique ou encore par fierté, ce discours moraliste risque d’avoir l’effet contraire. En outre, bon nombre de personnes critiquent autrui de manière continuelle et répétitive. Ils ont l’impression d’être plus que parfaits et c’est ce qui les encourage à donner des leçons. Or, nul n’est parfait et, indépendamment de l’âge, l’on est tous et toutes capables de commettre des erreurs. Mais, bizarrement, ce sont les personnes qui portent des jugements négatifs sur les autres tout le temps qui n’acceptent pas d’être critiquées».
Raed, 18 ans, trouve les critiques très constructives. Mais il faut d’abord qu’il soit sûr de la sincérité de son vis-à-vis et que cette personne ait l’art de convaincre. «Les personnes adultes, les parents et les amis sincères peuvent voir des choses que moi je ne vois pas. Ils peuvent avoir un point de vue objectif qui me convainc. J’accepte leurs conseils avec le sourire et j’y réfléchis. Durant toute la nuit, je fais en sorte de digérer ces mots et je peux même avoir de sévères crises de conscience. Mais une fois réveillé le matin, j’oublie tout et je continue à agir comme si de rien n’était ! Généralement, c’est auprès de ma petite amie que je cherche des conseils. Mais j’ai ce trait de caractère de n’en faire toujours qu’à ma tête», dit-il.
Oussama, 16 ans, accepte les conseils de ceux qui l’aiment. «Généralement, je prends en considération les critiques de mon père. Il tient ce genre de discours avec moi en tête-à-tête parce qu’il tient autant que moi à ne pas ébranler mon amour-propre. Et puis il le fait de manière fluide et délicate qui ne me donne aucune raison de me sentir lésé. Avec les autres, c’est différent. Lorsque le conseil vaut la peine, je le suis. En revanche, s’il s’agit de critique qui m’offense gratuitement et qu’on me balance devant les autres de manière agressive, je ne l’écoute pas. Je n’accepte les critiques que si mon vis-à-vis prouve sa sincérité et ses bonnes intentions. Je peux aussi écouter les conseils d’un parfait inconnu, qui de passage remarque chez moi quelque chose qui ne va pas et qui vient m’en parler délicatement. J’écoute également les conseils d’amis intimes. Je sais d’avance qu’ils m’aiment, je leur fais confiance et je suis certain qu’ils ne me parlent de quelque chose que parce qu’ils m’ont vu dans le tort. Toutefois, si le monde entier se met d’accord que je suis dans le tort, et s’unissent pour me dissuader de quelque chose alors que je suis entièrement convaincu que j’ai raison, je ne changerai pas d’avis. Je les écouterai, juste pour faire preuve de politesse. De plus, je ne supporte pas qu’on me critique derrière mon dos. Je peux tout tolérer sauf la médisance», dit-il. Aymen, élève de 18 ans, a du mal à accepter les remontrances avec le sourire. «Avant d’écouter les critiques et les conseils des autres, je pèse d’abord la personne. Si je suis sûr qu’elle m’aime, qu’elle n’a aucun intérêt personnel, je lui prête une oreille attentive. Le cas échéant, je ne l’écoute même pas. Mais quoi qu’il arrive, je ne me sens jamais blessé dans mon amour-propre, parce que j’ai confiance en moi. Certaines personnes font semblant de conseiller, or ils choisissent délibérément le mauvais moment et le mauvais endroit pour le faire, plus encore, certains le font lorsqu’on a le dos tourné ou encore lorsqu’il y a une foule de personnes. Ces êtres-là, ne veulent qu’une seule chose : détruire mon image. Mais, Dieu merci, j’ai un sang-froid qui m’empêche de m’énerver. D’ailleurs, si je m’énerve, cela prouve qu’ils ont gagné et je ne leur donnerai jamais ce plaisir. Par contre, j’accepte toutes sortes de critiques et j’écoute, les yeux fermés, les conseils de ma mère», dit-il.
Abir CHEMLI

