Un dérapage prévisible





Ainsi donc, la Corée du Nord vient de prendre tout le monde au dépourvu en faisant exploser sa première bombe atomique. La nouvelle de l’essai nucléaire qui s’est répandue dans le monde comme une traînée de poudre, a fait l’effet d’un véritable cataclysme dont l’onde de choc s’est répercutée aux quatre coins de la planète. Du Japon en passant par les Etats-Unis et l’Europe, on n’a pas fini ces derniers jours de sonner le tocsin de l’apocalypse et pour cause: classé par Washington dans le rayon de «l’Axe du mal», le régime de Pyongyang fait craindre le pire. Car, en apprivoisant le nucléaire, il accroît davantage sa force de dissuasion et constitue en cela, aux yeux des pays occidentaux et asiatiques notamment, une source de danger et d’instabilité permanents pour l’ensemble de la région. L’essai nucléaire nord-coréen constitue, en tout cas, un fait accompli et un précédent d’une extrême gravité susceptibles de relancer de plus belle la course aux armements non conventionnels. C’est pour cette raison précise que les pays occidentaux tentent actuellement et par tous les moyens de circonscrire ce terrible danger, quoiqu’il faille admettre que le mal est déjà fait et qu’on ne pourra pas faire marche arrière. Tout laisse à croire en effet que Pyongyang, en dépit des menaces de sanctions et rétorsions brandies par de nombreux pays à son encontre, est déterminé à entrer de plain-pied au Panthéon très select des nations dites nucléarisées. Comment en est-on arrivé là? Quelles sont les raisons objectives qui poussent de plus en plus de pays à maîtriser à tout prix les technologies de fabrication des armes «prohibées» ? Telles sont les questions qui s’imposent aujourd’hui d’elles-mêmes dans un monde aux abois ne sachant plus à quel saint se vouer pour sortir de cette nouvelle mauvaise passe. Dans ce registre, de plus en plus de langues se délient. Chacune y va de son commentaire et toutes tombent d’accord: ce qui se passe actuellement n’est que la conséquence logique de la situation exécrable dans laquelle s’enlise, chaque jour un peu plus, le monde. Lorsque la légalité internationale est bafouée et violée sans vergogne, que la loi de la jungle régit désormais les relations internationales et que des concepts nouveaux et dangereux tels que celui de la «guerre préventive» sont érigés en système, il ne faut pas s’en étonner outre mesure, ni chercher midi à quatorze heures. L’ancien président sud-coréen, Kim Dae Jung, abonde d’ailleurs dans ce sens et tient pour responsable la politique menée par le Président George W. Bush qui a conduit, selon lui, à l’actuelle crise nucléaire nord-coréenne. Washington gagnerait sans doute, à ce propos, à changer de stratégie et de méthode d’action, et ce, en consacrant le dialogue pour la résolution des conflits et des différends de quelque nature qu’ils soient. L’Administration Bush a tout intérêt également à consacrer la justice sans laquelle toute velléité de préserver la stabilité et la paix dans le monde serait hypothétique et illusoire. Chokri BACCOUCHE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com