Le médecin généraliste face au problème tabagique:Intervention et limites





* Par Dr. Elyès Hassine


(Pneumologue-tabacologue-allergologue)


 


Le médecin généraliste a un rôle de premier plan dans la lutte antitabagique, il est le premier rempart face à ce fléau. Le médecin généraliste doit être au centre de la prise en charge d’un patient fumeur et doit être capable de gérer et bloquer un processus tabagique. Plusieurs facteurs entrent en jeu pour rendre son intervention efficace, il s’agit pour ces professionnels de la santé de bien se situer dans cette action et de déterminer leur rôle exact.


Rôle du médecin généraliste dans la prise en charge


Si tous les professionnels de la santé doivent traiter les fumeurs (voir “Le Quotidien” du 11.10.2008), le médecin généraliste est le plus apte à commencer ce travail, et il doit avoir reçu une formation et une spécialisation et doit savoir à quel niveau de la prise en charge, il aura à confier des patients difficiles à des psychologues ou les adresser vers des centres de tabacologie.


Au niveau des consultations


Qu’il soit au cabinet ou en entreprise et en médecine du travail, en médecine scolaire, dans les structures éloignées de première ligne, en campagne ou en ville, le médecin généraliste peut avoir une intervention efficace à tous les stades de l’évolution psychologique d’un fumeur au cours d’un processus d’arrêt tabagique. Depuis la réflexion, en passant par la résolution pour aboutir à l’arrêt. Les trois étapes de prise en charge sont: Evaluation de la motivation (détermination du statut psychologique du fumeur), évaluation de la dépendance nicotinique par le test de Fagerström avec recherche d’autres morbidités et addictions et mise en place de l’aide au sevrage, enfin, le suivi et l’accompagnement au long cours pour la prévention des rechutes.


Rôle dans la lutte antitabagique et dans l’éducation sanitaire


Le médecin généraliste doit être le pivot de la lute antitabac. En plus des consultations qu’il assure, il a un rôle d’éducateur pour la santé et sa promotion. Il ne ratera pas une consultation pour prodiguer des conseils hygiéno-diététiques et instruire ses patients. Sur un autre plan, il peut faire partie d’associations œuvrant dans le domaine de la tabacologie ou dans des sociétés savantes. Son expérience sur le terrain doit faciliter l’application des programmes et des protocoles d’assistance aux fumeurs.


Déroulement des consultations


1. Le conseil minimal: le médecin suggère à ce stade l’arrêt aux débutants à la phase d’initiation, aux fumeurs indifférents encore «heureux», en intervenant par ce qu'on appelle couramment le "conseil minimal": vous devrez arrêter de fumer ! l'arrêt du tabac est bénéfique et va améliorer la qualité de votre santé.


Avec ce conseil, on arrive à obtenir 15% d'arrêt, ce qui est important, ce genre de conseil peut aussi être adressé aux fumeurs en phase de réflexion.


2. La consultation spécifique: le médecin intervient en consultation dès la phase de préparation de l’arrêt, cette première consultation peut prendre l’aspect d’un entretien motivationnel. Durant cette séance, il est question d’exposer les bienfaits du sevrage, la technique et les différentes méthodes d’arrêt et de faire une première approche psychologique du fumeur.


Le médecin doit poursuivre la prise en charge et assurer une surveillance lors du sevrage et du traitement substitutif.


3. L’aide au sevrage: le médecin doit faciliter le passage à l’action en prodiguant ses conseils pour l’arrêt et l’hygiène de vie, élabore le protocole de prise en charge, propose le traitement substitutif et assure son suivi et enfin vérifie la véracité du sevrage.


4. La prévention des rechutes: l’aide médicale englobe aussi la prévention des rechutes et s’attache à maintenir la motivation, l’adhésion au programme thérapeutique et le maintien de l’arrêt.


5. La rechute: dés l’arrêt, il est important de savoir maintenir l’abstinence et de commencer à prévenir les rechutes. En cas de rechute, il faut aider les récidivistes à se déculpabiliser et essayer de les remotiver.


6. Chez les fumeurs invétérés, ceux n’ayant pas pu arrêter ou ceux en situation d’échecs répétés, le médecin généraliste peut solliciter l’intervention d’autres spécialistes dans le domaine tabagique comme les psychologues et les tabacologues.


Les freins des médecins généralistes


Sur le plan général, l’absence de partenariat et de connexion entre les différents acteurs est un grand handicap pour la lutte antitabac, il n’existe pas à ce jour de structure de coordination entre les différents intervenants. Le médecin généraliste lui-même face au problème tabagique rencontre des difficultés, véritables freins pour son activité dans ce domaine.


Les facteurs limitant la prise en charge tabagique sont:


1. La formation insuffisante: c’est un facteur décisif car cette assistance spécifique nécessite la maîtrise des techniques de sevrage et une connaissance des thérapies cognitivo-comportementales. Certains médecins sont peu habitués à l’analyse du comportement tabagique.


2. La méconnaissance du degré de risque et des bénéfices de l’arrêt: doit permettre au médecin de convaincre ses patients des bienfaits du sevrage et de l’absence du risque pour sa santé et de l’innocuité des médicaments utilisés.


3. La méconnaissance des structures spécialisées en tabacologie: une cartographie de ces consultations doit être disponible avec les adresses et les spécificités de chaque consultation et les techniques proposées.


4. L’allongement du temps de consultation peut limiter les médecins qui, dans le cadre de l’aide à l’arrêt, doivent réserver le temps qu’il faut pour faire le tour des différentes rubriques de la prise en charge.


5. D’autres médecins demeurent peu convaincus de l’efficacité des consultations antitabac et des produits utilisés.


6. Enfin, Une dernière catégorie attribue le tabagisme à un choix de vie et juge inutile d’aller s’investir dans cette activité.

Bref, pour rendre plus efficace la contribution du médecin généraliste dans la lutte antitabac, il est essentiel, pour lui, de se munir d’une conviction et d’une motivation et de développer une compétence qui doit lui permettre de rentabiliser ses consultations et positiver son intervention. Son travail sera plus contributif d’autant qu’il aura tissé des liens avec les autres partenaires.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com