«Saïd Errim» : Un feuilleton, des commentaires
Les passions se sont un tant soit peu apaisées du feuilleton «Saïd Errim» (La chasse aux gazelles) s’est terminé, donnant suite à des commentaires, à juste titre, élogieux.
Ce feuilleton, réalisé par le talentueux réalisateur Ali Mansour, réconcilie les téléspectateurs avec le petit écran en abordant, pour la première fois, un sujet délicat qui dérange, pourtant emprunté à notre vie quotidienne et qui suscite une controverse néanmoins liée à des faits vécus et existants, considérés comme tabous par notre société qui évite de regarder l’une des faces de la réalité, palpable, tangible. Cette audace fut payante et c’est tant mieux. Toute la ville en parle. C’est un succès tonitruant qui sera un jalon de plus vers une émancipation bénéfique en faveur de notre télévision nationale pour sortir des sentiers battus. Les journaux parlent souvent de telles situations. Certes ce sujet n’est pas un fléau dominant, mais il existe, tout comme les problèmes inhérents aux femmes de ménage qui subissent toutes sortes de vexations et d’humiliation, pour ne pas dire plus.
Les acteurs chevronnés ont tiré leur épingle du jeu avec maestria. Fethi Haddaoui, un immense acteur qui démontre, une fois de plus, des qualités dignes des plus grands. Raouf Ben Amor fut impérial, convaincant, d’une justesse d’interprétation sans équivoque. Le jeune acteur Mohamed Ali Ben Jemâa campe un rôle à sa mesure, c’est un acteur qui confirme un talent polyvalent d’une excellente qualité. Il ne faut pas oublier la jeune Rafika Jedaï dont j’ai déjà annoncé, l’an dernier dans un article, le talent de scénariste naissant. Avec ce feuilleton, c’est la confirmation avec en plus le choix d’un sujet intrépide, mené tambour battant.
Bonne continuation. Un exemple parmi tant d’autres, le dynamique et talentueux réalisateur Chaouki Mejri, lors de sa sortie de l’école de cinéma de Varsovie, s’est vu refuser, par ses collègues tunisiens, la carte professionnelle de cinéma qui lui revenait pourtant de droit. Cela ne l’a pas empêché de devenir rapidement l’un des plus grands réalisateurs au Moyen-Orient, et nous sommes fiers, qu’il soit de chez nous. Dorénavant, la lanterne de Bab Mnara ne devra éclairer que les autochtones. Les talents existent, il faut seulement leur faire confiance et croire en eux. Sans occulter ni oublier les quelques excellents metteurs en scène, qui firent et font encore le bonheur de notre chaîne nationale et qui nous gratifièrent, durant des années, de nombreux chefs-d’uvre dont le souvenir est encore vivace dans la mémoire populaire. Citons seulement à titre de respect et de reconnaissance le pionnier des premiers réalisateurs de dramatiques télévisées, Abderrazak Hammami. Il est nécessaire de leur rendre hommage aussi.
Quant au principal artisan de cette réussite, le réalisateur Ali Mansour, qui fait un retour retentissant après une longue absence. C’est un grand réalisateur qui a su maîtriser un sujet difficile et délicat. Un professionnel sérieux qui s’investit totalement dans ses uvres. Pour moi, connaissant l’homme et ses qualités, ce n’est nullement une surprise.
Les acteurs et actrices de ce feuilleton sont tous, sans exception, dignes d’éloges, tellement leurs prestations furent empreintes de décontraction, de sincérité et de spontanéité dans le jeu. Nous sommes tranquillisés, la relève est assurée d’une bien belle façon, l’avenir est à eux.
La grande découverte, c’est Sana Kassous qui mérite une mention spéciale tellement sa présence crève l’écran; c’est une grande comédienne douée, d’un niveau international, avec un jeu subtil, moderne, sans fioritures, tout se lit dans ses yeux, sans gesticulations inutiles, une voix aux intonations attachantes, un regard envoûtant qui colle au rôle et au personnage. Bref, une recrue de taille pour le petit et le grand écran. Souvenez-vous de son nom, elle fera parler d’elle.
Omar KHLIFI (Cinéaste)

