Face à la crise: Sarkozy veut amener Bush à revoir le capitalisme





Face à la contagion de la crise financière à l'économie réelle et après une semaine mouvementée sur les places boursières, l'Europe veut convaincre les Etats-Unis de la nécessité d'une refonte du système financier mondial, via un nouveau "Bretton Woods".


 


Le Quotidien-Agences


Dans la résidence présidentielle américaine de Camp David (Maryland), le président français Nicolas Sarkozy, président en exercice de l'Union européenne, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ont débattu de ce sujet avec George W. Bush hier après-midi.


Objectif: réunir un sommet pour fixer les règles du jeu d'un nouvel ordre financier international, comme à Bretton Woods en juillet 1944.


Optimiste, Sarkozy a déclaré vendredi au Québec avoir "l'impression" que "le principe est acquis" d'un tel sommet avant la fin 2008. Pourtant, selon la porte-parole de Bush, Dana Perino, "trouver une date" pour ce sommet est actuellement "le moindre de nos soucis".


"Je ne crois pas qu'on réécrira Bretton Woods demain à Camp David", a-t-elle plaisanté, en estimant que ni la date ni le lieu d'un sommet international ne devraient être décidés prochainement.


Pour Sarkozy, un tel sommet devrait réunir les pays du G8, élargi au G5, c'est-à-dire les cinq pays émergents que sont la Chine, l'Inde, le Brésil, le Mexique et l'Afrique du Sud, ainsi qu'à "un pays arabe".


Avant la rencontre, Bush a réitéré ses convictions sur la santé à long terme de l'économie américaine, et assuré que les Etats-Unis restaient "le meilleur endroit dans le monde pour lancer et faire tourner une entreprise".


"Sur le long terme, le peuple américain peut être sûr que notre économie va rebondir", a déclaré le président.


"L'Amérique est le meilleur endroit dans le monde pour lancer et faire tourner une entreprise, la destination la plus attractive pour les investisseurs du monde entier, une maison pour les plus talentueux, entreprenants, et les travailleurs créatifs".


En attendant, la Commission européenne a annoncé vendredi qu'elle allait faire des propositions d'ici la fin 2008 pour réduire les risques du marché des crédits dérivés, à l'origine de la crise financière. Un marché dont le volume mondial dépasse les 600.000 milliards de dollars par an.


Cette réunion de Camp David intervient après une semaine de yo-yo sur des marchés financiers totalement "maniaco-dépressifs", selon les termes du prix Nobel d'économie 2008 Paul Krugman.


Pour Eric Galiègue, directeur du cabinet d'analyse Valquant, cette volatilité "sans précédent" des Bourses est notamment le fait des fonds spéculatifs, avec leurs actifs évalués à 1.800 milliards de dollars. "Une partie de cette industrie est en train de mourir, peut-être la moitié, et ils liquident leurs actifs en catastrophe".


Accalmie boursière


Malgré ce phénomène de montagnes russes, les principales places boursières ont progressé sur la semaine, le Dow Jones à Wall Street clôturant sur un rebond hebdomadaire de 4,74%.


En Europe, Paris a regagné 4,83% cette semaine, Londres 3,33% et Francfort 5,22%, alors qu'en Asie Tokyo a rebondi de 5,04%. A l'inverse, la Bourse de Shanghai a perdu 3,49% cette semaine et Bombay 5,24%.


Hier matin, le marché financier saoudien, le plus important du monde arabe, a ouvert sa semaine en baisse de 2,73%.


Du côté de l'économie réelle, la récession dans les pays riches "durera plus d'un an, entre un an et un an et demi", a affirmé le chef du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), Kemal Dervis. Un pessimisme renforcé par plusieurs mauvais indices.


Les mises en chantier de logements aux Etats-Unis sont tombées en septembre à un plus bas depuis plus de 17 ans. L'indice de confiance des consommateurs américains a encore perdu 13 points en octobre. Et le marché automobile local devrait plonger de 30% en 2008, à son plus bas depuis la récession des années 1980.


En Europe, l'Irlande est déjà en récession et l'Italie pourrait la rejoindre, avec une baisse du PIB de 0,2% attendue pour 2008 par le patronat local. Quant à l'Allemagne, elle compte au mieux sur une croissance de 0,2% en 2009.


D'autres pays viennent à manquer de capitaux. L'Ukraine négociait un prêt de 14 milliards de dollars auprès du FMI. La Hongrie a été placée sous assistance respiratoire par la Banque centrale européenne avec un prêt de 5 milliards d'euros.

La Russie, elle, voit les capitaux spéculatifs la fuir, avec 33 milliards de dollars qui ont déserté le pays en août et septembre.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com