Elections présidentielles américaines: La double trahison de Powell





L’appui apporté par Colin Powell à Obama sonne comme une double trahison. Celle d’un républicain envers son parti et celle d’un Noir vis-à-vis de la communauté blanche qui l’avait porté au pinacle en dépit de la couleur de sa peau.


 


Le soutien accordé par Colin Powell au candidat démocrate, Barack Obama, a constitue un véritable pavé dans la mare de la campagne électorale américaine. Car ce soutien est de  taille. Il est susceptible de faire pencher davantage la balance en faveur du sénateur de l’Illinois qui a déjà dans son escarcelle un bon nombre de voix sympathisantes.


Selon ses dires, l’ancien chef d’Etat major et ancien chef de la diplomatie américaine aurait suivi depuis plusieurs mois le parcours du candidat. Il l’a analysé sous toutes ses coutures et et a trouvé le candidat très pénétrant dans ses idées, très clairvoyant dans ses prises de position, très efficace dans la façon d’aborder les problèmes cruciaux auxquels est confrontée l’Amérique de Bush.


On peut légitimement s’étonner qu’il n’ait été convaincu que récemment de la capacité d’Obama à gérer le pays et à maintenir ferme le gouvernorat dans la tourmente actuelle. Voilà pourtant un homme qui doit connaître à fond les membres de la classe politique américaine, qu’ils appartiennent aux rangs du parti démocrate ou à ceux du parti d’en face. De plus les arcanes du monde politique ne lui sont pas étrangers, ayant accédé lui-même aux sphères décisionnaires pendant le mandat de Bush le père pour réinvestir la scène politique avec Bush junior. Il n’y est resté que le temps du premier mandat de l’actuel chef de la Maison-Blanche. Mais la distance qu’il avait prise, après, a dû certainement lui permettre de juger à froid tout ce qui compte dans le landernau politique.


On en arrive à cette conclusion que Colin Powell devait certainement avoir sa petite idée sur Obama depuis pas mal de temps.


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* Une opération juteuse


Pourquoi alors n’en a-t-il fait état que tout dernièrement ?


Plusieurs réponses viennent à l’esprit. S’il l’avait fait, il y a près d’un an, on en aurait fait un vacarme de tous les diables. Et on l’aurait accusé de piper les dés. On y aurait même vu une attitude mal intentionnée à l’endroit d’un compagnon de route républicain, le sénateur McCain. Cette attitude en faveur d’un frère de race, aurait coupé l’herbe sous les pieds d’Obama et l’aurait plombé pour le restant de ses jours. Du pain bénit en somme pour les caciques du parti républicain et aussi pour une frange assez large de la population américaine, habitée par la nostalgie du temps passé.


Ainsi on aurait crié à une double trahison: celle du militant républicain en faveur d’un démocrate; et celle d’un Noir «s’acoquinant» avec un autre Noir.


Quoi qu’il en soit, mieux vaut tard que jamais. Car, tout compte fait, en accordant son suffrage à Obama, il aura fait une opération «juteuse».


Tout d’abord, il aura fait oublier en Amérique comme ailleurs dans le monde la colossale gaffe qu’il avait commise un certain jour de l’année 2003 quand il avait étalé sur la table, devant le monde entier, le palmarès des troupes américaines en Irak, sous forme de pièces d’armes de destruction massive, introuvables jusqu’au jour d’aujourd’hui.


Ensuite, en adoubant Obama, il aura été sincère avec lui-même dans son appréciation de l’intolérable impasse dans laquelle s’est fourvoyée l’Administration américaine. Il a compris le besoin de changement qui secoue le pays. Les échecs répétitifs essuyés par l’armée américaine sur les différents champs de bataille de par le monde ont incrusté chez l’homme de la rue, le souhait d’une arrivée au pouvoir de responsables nouveaux, jeunes et imbus de la grandeur américaine. Non pas la grandeur qui se manifeste par des actions guerrières et une flagrante violation des droits de l’homme, mais celle qui s’adosse aux valeurs qui ont servi de substrat à la création de la nation américaine.


En terme plus direct, il s’agit de redonner confiance au monde. Une tâche qui serait insurmontable dans la conjoncture de crise financière si l’équipe républicaine se maintenait au pouvoir. Seule une nouvelle équipe aux idées moins capitalistes, plus proche du citoyen et ouverte au monde pourrait limiter les dégâts…


 


Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com