Le mollah Zaeef après Guantanamo: L’ancien ambassadeur des Talibans refait surface





Après avoir passé près de quatre ans dans la prison de Guantanamo, l'ancien «ambassadeur» des Talibans d'Afghanistan réapparaît sur la scène diplomatique.

Le Quotidien-Agences
Le mollah Zaeef a retrouvé sa barbe et, sous peu, nombre de journalistes s'en reviendront sans doute vers lui. À l'hiver 2001, au plus fort de l'attaque américaine en Afghanistan, tous les médias internationaux se ruaient à ses conférences de presse quotidiennes, tenues dans son bureau d'Islamabad. L'ambassadeur de l'Émirat islamique d'Afghanistan au Pakistan y colportait des nouvelles, souvent fausses, de son ami le mollah Omar et des combattants talibans qui, répétait avec une belle constance le diplomate barbu et enturbanné, tenaient la dragée haute aux troupes américaines.
Quand leur déroute survint et que les talibans regagnèrent meurtris leurs grottes, Mollah Abdul Salam Zaeef, à peine goûté quelques semaines de notoriété, sombra à nouveau dans l'anonymat d’un puits sans fond nommé Guantanamo. Cette expérience dans les geôles américaines l'aura marqué. Toutefois, étonnamment, comme si tout devait être oublié, le voilà soudain qui réapparaît. Il a gardé ses manières affables et de sa voix douce ne condamne aucune des atrocités commises par le régime du mollah Omar et de son allié Ben Laden.
Mollah Zaeef est à Kaboul, où il reçoit dans une maison offerte par de généreux donateurs sur ses canapés et tapis, le crâne enroulé dans un turban noir, le regard attentif derrière de petites lunettes rectangulaires. On le sait surveillé par tous les services grenouillant dans la dangereuse capitale afghane, entouré par de discrets émissaires du président Hamid Karzaï, mais pas encore officiellement fréquentable par les diplomates occidentaux. Ce n'est pourtant qu'un secret de Polichinelle : Mollah Zaeef a participé, fin septembre, en Arabie Saoudite, à l'invitation du roi Abdallah, à une rencontre entre ennemis afghans. L'un des frères du président, Qayum Karzaï, était présent. Un certain flou entoure encore l'identité des autres participants. Mais il semble qu'aucun Taliban proche du mollah Omar n'a fait le déplacement vers La Mecque. Abdul Zaeef, tout en niant le moindre contact avec son ancien mentor, confie qu'il sait que «le mollah Omar va bien» et qu'«il est toujours bien disposé» à son égard. Il dit aussi que «le mollah Omar et al-Qaïda sont juste des alliés». Que Ben Laden n'avait pas été livré en 2001 parce qu'il était l'hôte des talibans, qu'«il était sous la protection du mollah Omar, ce qui n'est plus le cas». Peut-on déceler dans ces subtilités une volonté de dialogue avec le régime Karzaï.


Tragédie
Le processus de réconciliation nationale, dorénavant accepté par les chancelleries occidentales, n'aboutira pas demain. Cependant, dans le mouvement enclenché, un rôle est dévolu à Mollah Zaeef, dont la vie, retracée dans une récente autobiographie, aura emprunté un chemin, commun à nombre de Pachtouns, et menant, lui aussi, à la tragédie afghane.
Abdul Zaeef, aujourd'hui âgé de 41 ans, n'a connu que la guerre. «Notre lignée était originaire de la région de Jaldak, puis nos ancêtres s'installèrent à Kandahar à la suite d'une vieille querelle tribale», note-t-il. Il naît donc dans cette même ville du sud de l'Afghanistan, en pays pachtoun. L'ancien fief du mollah Omar est aujourd'hui, à nouveau, occupé par les talibans qui encerclent les troupes de l'Otan. Sans mère, morte six mois après l'avoir enfanté, Abdul Zaeef perd à l'orée de l'adolescence son père, imam de village. Il se retrouve chez un oncle, qui le «battait trop souvent».
Ces premières années sont rythmées par la mort et les leçons coraniques psalmodiées dans les madrassas. Puis avec le déclenchement de la guerre civile vint l'exode au Pakistan, les camps de réfugiés et, toujours, l'étude coranique, pour laquelle le jeune garçon montre des aptitudes. Avec l'invasion soviétique en 1979, croissent la guerre et la récitation d'un islam traditionaliste, dérivant vers le fondamentalisme, structurant le djihad contre les étrangers. Comme plusieurs membres de sa parentèle, Abdul Zaeef devient un moudjahid. C'est lors d'une bataille près de Kandahar, qu'il fait la rencontre d'un nouveau compagnon. Ce jour-là, «en dépit de la perte de son œil, le mollah Omar chanta avec nous le refrain de son ghazal».
Pendant de longues années, les deux hommes ne se quitteront plus. Fidèle serviteur de son guide et de la cause devenue celle des talibans, Abdul Zaeef, quand le mollah Omar affermit son pouvoir sur l'Afghanistan à la veille de l'an 2000, devint ministre d'un gouvernement islamiste, puis, finalement, ambassadeur au Pakistan.
Sa fin semblait en effet venue. Livré par Islamabad aux troupes américaines, Abdul Zaeef a connu presque quatre années d'humiliation et de tortures dans ces geôles de Guantanamo que McCain et Obama se sont promis de fermer. Parmi d'autres supplices, les coups reçus, les privations de nourriture, les séances complètement nu, la barbe rasée, voir le coran jeté dans les toilettes conduisent Abdul Zaeef à qualifier de «terroristes» ces soldats qui répondaient aux ordres de l'Administration Bush. Aujourd'hui, il fait un procès au Pakistan qui l'a arrêté, malgré son immunité diplomatique. Et il s'apprête à négocier avec le pays de ses anciens tortionnaires.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com