«Zimbabwe» de Darrell Roodt : Des maux et des mots…

Convaincante chronique sociale. Dans son «Zimbabwe», Darrell Roodt continue à dénoncer l’apartheid et à défendre les Noirs, spécialement les Zimbabwéens. Un film qui ne manque ni de spontanéité ni d’esthétique.
Bien ancré dans la réalité socio- politique de la région, «Zimbabwe» dessine le portrait des milliers de Zimbabwéens contraints de quitter leur pays, fuyant la pauvreté, les maladies et la famine. Dés le début, Darrell Roodt plonge son spectateur dans une atmosphère morose, un quotidien très dur à supporter. Des coups de pelle froides et mécaniques, des visages fatigués et tristes, un village fantôme, sur cette image s’ouvre le film de Darrell Roodt qui double la dose de peine et de tristesse avec la scène de la mort et de l’enterrement de la mère souffrant du sida. Dans ce petit coin sombre et oublié et dans ces conditions attristantes, le réalisateur présente sa protagoniste Zimbabwe, âgée à peine de 19 printemps et qui suite au décès de sa mère et au rejet des villageois a dû quitter le village avec son petit frère et sa nièce pour se rendre chez une tante éloignée, installée dans la ville frontière Beitbridge.
Misère, humiliations… Zimbabwe dont le nom est porteur de toute l’histoire et les peines du pays s’est trouvée dans l’obligation de quitter le pays et traverser clandestinement les frontières à la recherche d’un job pour nourrir sa famille. Arrivant en Afrique du Sud, elle a été engagée comme femme de ménage chez des blancs. Dans cette maison et dans ce pays, elle affronte la violence et l’exploitation d’un patron qui ne cesse d’abuser d’elle et de la traiter comme un objet de plaisir. Refusant d’être la maîtresse de son patron blanc, qui déteste les Zimbabwéens, et suite à un crime commis pour se défendre, elle a été renvoyée au Zimbabwe. A peine arrivée, elle apprend que son frère vient de passer les frontières pour la rechercher. A travers le portrait de cette jeune immigrée, abusée par le maître de maison, Darrell Roodt fait la chronique de la vie des milliers de Zimbabwéens. Une chronique spontanée, sans fard qui rejoint l’ensemble des œuvres de Darrell Roodt qui s’est fait connaître en 1996 par «Place of weeping», son premier film qui dénonce l’apartheid. Scénariste engagé et réalisateur d’Afrique du Sud, Roodt a continué dans cette lignée d’ancrage social des événements de son film avec «Zimbabwe». Un film sans prétention, accessible, simple dans son traitement, mais maîtrisé où Darrell Roodt use des lumières, des paysages naturels, de la spontanéité des comédiens pour présenter un film sympathique, très collé à la réalité et au contexte socio-politique et surtout fidèle à ses choix et à ses convictions. Un film à voir pour deux raisons majeures. Primo, parce qu’il est fait par un scénariste blanc de l’Afrique du Sud où il dénonce les aberrations de ses concitoyens, en peignant les douleurs de cette jeune Zimbabwe qui sont ceux de toute une population marginalisée. Secundo, parce que ce film nous donne une idée claire sur la réalité de la production cinématographique en Afrique ces dernières années. Une production faible et enfermée dans des sujets locaux, qui a été derrière son absence ou presque des grands rendez-vous du cinéma comme Cannes ou même les Journées Cinématographiques de Carthage 2008.

Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com