«La maison jaune» de Amor Hakkar (Algérie) : Un drame en filigrane





Amor Hakkar, le réalisateur de «La maison jaune» nous montre la fragilité de l’être humain face au drame de la mort, tout en finesse et en intensité. Il est vrai qu’il surenchérit sur un peu trop de sentiments mais en ressort assez convaincant.
C’est l’histoire d’un paysan, Mouloud, qui perd son fils, un jeune militaire dans un accident de la route. Le père se laisse entraîner dans une aventure épineuse pour récupérer le corps de son fils, quitte à braver tous les interdits qui pourraient l’en empêcher. Très affecté par la peine de sa femme qui ne parvient pas à faire le deuil de son fils, il se lance encore une fois dans une aventure qui arrive à lui rendre le sourire. Il réussit en fin de compte à visionner une vidéo portant des images enregistrées par leur fils, juste avant sa mort. Le jeune homme trébuchait sur les mots pour exprimer simplement mais puissamment son amour pour les membres de sa famille et sa nostalgie de retrouver les siens dans sa ville natale dans les Aurès.
On aime la manière avec laquelle le réalisateur traite ce drame humain ; avec autant de simplicité et de spontanéité mais qui, quelquefois, fait pencher la balance du côté de la naïveté. On voit alors Miloud qui s’adresse à un pharmacien installé en ville pour lui demander un remède contre la tristesse, pour tenter de guérir sa femme qui sombre dans la dépression. Le spécialiste, qui devrait être rationnel, lui conseille de repeindre sa maison en jaune.
On aime moins sa manière de montrer la vie à la campagne, par ailleurs dans sa région natale, les Aurès, où les gens vivent sans soucis et où la vie paisible coule comme un long fleuve tranquille !
On n’aime pas du tout l’image que nous revoie le réalisateur des gens du Bled, comme on dit. Ici tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Tous les personnages rencontrés en cours de route se montrent coopératifs, en allant des agents de la gendarmerie en passant par le responsable de nuit de la morgue et le chauffeur de taxi qui ressurgit à plusieurs reprises et ressort, à chaque fois, comme d’une boîte magique pour sauver Mouloud! Sans oublier le mécanicien qui non seulement répare la panne intempestive, mais dépêche l’Imam du village qui vient psalmodier une prière… On surenchérit sur un peu trop de sentiments pour dépeindre la vie dans cette contrée du monde reculée où les valeurs, les bonnes, imprègnent les hommes.
 On l’a bien compris, Amor Hakkar qui vit en France a voulu à juste titre monter une image exotique et folklorique de la vie à la campagne.


Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com