«Khamsa» de Karim Dridi (Tunisie): La face tendre de la cruauté

Un film qui ébranle. «Khamsa» de Karim Dridi dérange tous ceux qui vivent dans le confort intellectuel de leurs certitudes. Et ce n’est pas rien. Car l’œuvre ose nous balancer en pleine figure une réalité
coupante et captivante sur un milieu de jeunes d’une infinie cruauté.
Karim Dridi raconte, avec les mots et les images les plus simples, la chose la plus importante qu’il connaisse et qui soit non racontable. Ce sont quelques instants de la vie d’un enfant de onze ans qu’il saisit dans sa douleur et sa candeur. Carlos évolue dans une zone désolée où il est rejeté par sa belle-mère, par son père, un mari volage qui ne fait que collectionner les aventures sexuelles les plus obscènes et y entraîne son fils ! Il est invité, aussi, à rejoindre un groupe de délinquants qui l’amènent à voler à l’arraché, à découvrir les prémices de la vie sexuelle et à participer à des jeux qui flirtent avec la mort… Le réalisateur s’est donné la liberté d’explorer ce monde fragile et instable, et de rendre compte d’une vérité qui mine de l’intérieur notre société. Poussée à l’extrême, cette vérité arrachée au non-dit, d’un coup d’emporte-pièce, traduit l’épuisement des valeurs qui permettent à un jeune de grandir tout en étant équilibré.
Mais le parti-pris le plus étonnant de cette création est d’avoir montré le côté affectueux de cet enfant délinquant. L’assistance qu’il apporte à son ami qui a des problèmes de respiration, l’amour dont il entoure sa grand-mère mourante, sa petite main qu’il glisse tendrement dans la paume de son père ou encore la peine qu’il ressent lorsque son copain le Coyote était embarqué par la police, sont tous des signes qui nous montrent une autre facette de ce jeune enfant. Il est par ailleurs, campé par un acteur magnifique doté d’un don stupéfiant qui a pu révéler l’innocence d’un personnage attachant et porter l’énigme du film à son apogée. Il s’agit, en fait, de montrer le côté contradictoire de cet enfant qui vit dans le désespoir et la rage d’exister dans la société. Comme si l’objet du film n’était autre qu’une quête éternelle d’une impossible réconciliation avec soi-même. Tout comme les jeunes beurs d’aujourd’hui qui ne s’acceptent pas et se retrouvent en proie à la délinquance !
«Khamsa» est un film courageux qui défriche un nouveau territoire hors des habitudes et des convenances. Karim Dridi a réussi à nous donner l’impression que le cinéma respire encore. Son film, à la fois tragique et tendre, ne milite pour aucune idéologie et ne fait surtout plaisir à aucune partie. Il amènera peut-être à une nouvelle génération de réalisateurs qui aideraient à sortir le cinéma des clichés qui l’asphyxient.

Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com