«Mère Bi» de Ousmane William Mbaye (Sénégal): Hommage à une mère combattante





«Mère Bi», un documentaire de 55 minutes projeté dans le cadre de la compétition officielle section «vidéo» a fait voyager les cinéphiles à travers la vie d’une mère combattante qui a été témoin
de l’évolution de trois générations d’hommes politiques et de culture au pays de la «Téranga».
Un proverbe bantou du Congo Kinshasa dit : «Si vous oubliez la face de votre mère, c’est parce que, quelque part, dans sa vie, elle n’a jamais osé défier un homme un jour». En tout cas, ce n’est pas le cas de la mère de Ousmane William Mbaye héroïne du film. En effet, le cinéaste a voulu immortaliser la vie de sa mère, une femme combattante dont le destin a voulu qu’elle soit la première journaliste du Sénégal au moment où le pays n’avait pas recouvré son indépendance. Agée aujourd’hui de 82 ans, Annette Mbaye d’Enerville a mené une vie partagée entre une éducation de la vieille France coloniale, l’amour viscéral pour sa terre natale et ses traditions sévères. Ayant rencontré les pères de l’indépendance sénégalaise, elle enregistra ses premières émissions avant d’être, aux premières heures de l’indépendance, une militante pour la cause l’émancipation de la femme sénégalaise. « Mère Bi » a une autre particularité. Le film est joué sur la base d’archives coloniales composées d’enregistrements, de photos. On peut voir ainsi les anciens camarades d’Annette Mbaye d’Enerville, les figures du monde culturel et politique du Sénégal comme Léopold Sedar Senghor, premier président du Sénégal, Léon Damas, Boubacar Boris Diop, Amadou Mokhtar Mbow, Ngalandou Diouf.
Pour rassembler toutes ces archives et reconstruire convenablement la vie de cette femme, le cinéaste a travaillé pendant dix ans et filmé 150 heures pour en tirer, enfin de compte, un documentaire de 55 minutes, un travail somme toute monumental. «Mère Bi» est un documentaire plein d’émotion et qui fait plonger dans le Sénégal d’hier et d’aujourd’hui. Mais l’émotion aurait pu être plus accentuée si les différentes séquences avaient été accompagnées d’une musique traditionnelle comme celle de Samba Diabar Samb, ce musicien parolier, témoin aussi d’un Sénégal de trois générations et de toutes ses cultures.

Ousmane WAGUÉ


Une carrière en «bronze» !


La première participation de Ousmane William Mbaye aux JCC remonte aux années 80. En cette année, il prit part à la manifestation avec «Enfant de Ngatch», un court-métrage qui parle de la révolte d’un jeune villageois contre une coopérative cultivatrice d’arachide implantée dans son village. Il a remporté, pour l’occasion, le Tanit de bronze. Bien qu’absent de quelques éditions, le cinéaste n’a pas rompu le contact avec les JCC et a même gardé des rapports privilégiés avec cette manifestation. Raison pour laquelle, il prend part à cette session avec «Mère Bi», un documentaire qui retrace la vie de sa propre mère. Parallèlement à sa vie de cinéaste, il est resté toujours fidèle au secteur du cinéma et aux métiers y afférents. Ainsi, de 1990 à 1997, il a été le coordinateur des Rencontres Cinématographiques de Dakar (RECIDAK). Cette tâche n’a nullement influé sur sa vie de cinéaste et sa participation aux JCC. Lors des dernières éditions, l’artiste a aussi présenté deux documentaires. Il s’agit de «Xalima, la Plume», puis «Feu et Verre». Au total, il compte sept documentaires. Ousmane William Mbaye a été également scénariste de «Tooxi», un long métrage réalisé en 2002 et «Talaatay Ndeer», un projet de long métrage conçu en 1992. Le cinéaste sénégalais a remporté aussi plusieurs prix et distinctions dont celui du meilleur documentaire au Festival International de Milan en 2004 avec le film «Xalima, la Plume», puis le Prix Canal Horizons avec le film «Dial-Diali» en 1992 aux JCC. Deux ans plus tôt, le cinéaste sénégalais a eu la consécration du «Chicago International Film» par lequel il a été aussi distingué en 1985 avec un autre film «Pain Sec».

O.W.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com