«Leila’s birthday» de Rashid Masharawi (Palestine) : En plein vent
Après plus d’un demi- siècle de résistance à l’occupation israélienne, la Palestine d’aujourd’hui sombre dans le chaos. C’est dans cette confusion qui pèse lourdement sur la vie du peuple, dans ce désordre, que le Palestinien Rashid Masharawi nous plonge, loin de toute complaisance.
Loin des slogans vains sur la résistance et le militantisme des Palestiniens, au-delà des clichés des journaux télévisés et des discours de la Ligue des Etats Arabes, Rashid Masharawi a brodé son histoire. Dès les premières minutes, le réalisateur nous jette dans le vif du sujet à travers les contretemps rencontrés par un chauffeur de taxi. Abou Leila est un juge qui a dû travailler comme chauffeur de taxi pour nourrir sa petite famille en attendant sa nomination à un poste. Une nomination qui a tardé, car depuis le départ de Abou Ammar et la formation d’un nouveau gouvernement, on ne fait que s’occuper des petits détails et d’oublier l’essentiel. Rashid Masharawi à travers son héros, campé par Mohamed Bekri, dénonce sur un ton moqueur ce qui passe actuellement en Palestine
Il nous met face à face avec des hauts responsables qui ont négligé la cause. Le réalisateur ne fait pas de l’autocensure, il laisse sa caméra peindre librement ce vécu amer. D’ailleurs, on assiste à une séquence où Abou Leila est allé à la rencontre du Ministre de la justice pour trouver une solution mais le ministre- qui vient d’être nommé- lui demande simplement de patienter parce qu’il est très occupé par le choix des tapis et du décor de son nouveau bureau. Le réalisateur continue sa critique acerbe et double la dose avec ce policier qui met la sirène d’alarme et se donne corps et âme à la poursuite d’Abou Leila pour lui demander simplement s’il veut vendre sa voiture. En accompagnant Abou Leila lors de cette journée très dure mais qui reste pour les Palestiniens une journée très ordinaire, Rashid Masharawi nous montre la réalité d’une Palestine qui se dégrade jour après jour. Insécurité, pénurie, violence, déchirure interne sont tour à tour abordés dans cette chronique sociale dont le héros est Abou Leila, un citoyen cultivé qui connaît ses droits et ses devoirs et qui a voulu en cette journée terminer son travail de chauffeur de taxi à temps pour rentrer chez lui et célébrer l’anniversaire de sa fille Leila.
On est là-dedans, au cur d’une Palestine déchirée par des conflits internes, avec des citoyens qui ne savent pas la réalité. Rashid Masharawi nous montre un couple qui est tantôt avec le Hamas et tantôt avec le Fatah juste pour bénéficier des aides humanitaires. Une confusion totale. Une amertume et une déception qu’on lit dans les regards et les commentaires de Abou Leila et ses concitoyens rencontrés ici et là. Un vrai chaos qui met en danger la cause palestinienne et touche sa crédibilité. Après soixante ans de résistance, de rêves, rien n’avance, tout recule.
Imen ABDERRAHMANI

