«Les cœurs brûlés» de Ahmed El Maanouni (Maroc) : L’appel du passé





Un film qui procure de la joie : «Les cœurs brûlés» de Ahmed El Maanouni pourrait être l’événement cinématographique le plus marquant de cette session. En fait, rien ne nous préparait à pareille surprise, car le titre de l’œuvre et son affiche nous renvoient illico à une histoire d’amour où les protagonistes se déchirent dans une relation passionnante et, comme on l’aime, brûlante et éperdue.
Ici, les images qui défilent sont multipliées par des jeux de miroirs qui renouent avec un passé écrasant. Amin, en souffre. Le jeune homme qui rentre de France pour retrouver son pays natal, le Maroc, fait un voyage à travers l’immensité brûlante de son passé qui l’accable. Il  tente de se réconcilier avec son enfance volée, car asservie par un oncle oppressant. Amin cherche à ramasser les bribes éparses de sa personnalité qui éclate. Comme perdu dans un océan d’idées, les images du passé qui le taraudent et celles du présent qui défilent sous ses yeux, se croisent et s’affrontent et l’amènent, tel un jeu de pistes, à la croisée d’autres destins. On retrouve le jeune homme à la quête d’un idéal, ailleurs que chez lui, sous d’autres cieux. On rencontre plusieurs portraits de femmes, celle en mal d’amour (Lella Batoul) qu’il retrouve entre les bras d’un artiste affectueux, ou encore Hourya, celle qui aspire à une vie, loin des siens, pour retrouver sa liberté de femme. Elle est la petite amie de Amin.
 Une voix du passé l’appelle «fils de traînée» et «fils de l’adultère». Amin qui n’a jamais connu sa mère, en souffre en silence. Même les longues rencontres avec son oncle, et les échanges de regards de haine avec son oppresseur mourant, n’ont pas permis de briser la spirale du silence. Car celui-ci est devenu muet.
 Le silence finit par révéler son secret. Amin est parvenu à faire le deuil de son passé après la mort de l’oncle. Il détruit lui-même le portrait de son oppresseur qu’il n’a jamais achevé. Il retourne lui-même le sable sur son tombeau avec la rage et la volonté irréductible et tenace d’enterrer le passé.
A signaler aussi que le scénario bien ficelé a été rehaussé par la structure non classique du film. En fait, il n’y a ni un début ni une fin à cette histoire qui renoue avec le personnage du conteur que l’on retrouve dans la culture arabe orale. Le diseur refait surface, à chaque fois, pour nous livrer quelques paroles pénétrantes et savantes sur la philosophie de la vie. Il y a ainsi ce conte ancien qui progresse péniblement avec le présent que le personnage protagoniste vit avec beaucoup de douleur.
Autre parti pris esthétique : le choix du noir et blanc redonne un aspect poétique aux images qui s’allient tout naturellement à une dimension que la sensibilité d’Ahmed El Maanouni, le réalisateur, a pu mettre en avant.


Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com