Le chant de la couleur : Moncef Genoud à la prochaine session de Jazz à Carthage
Mercredi soir, les cinéphiles ont eu droit à une petite note de jazz sur le grand écran du Théâtre municipal de Tunis. Un documentaire coloré et interpellant à la fois, signé par des Suisses avec la complicité de Youssou N’Dour. Une sorte d’hommage aux victimes de l’esclavage, orchestré avec beaucoup
de sensibilité et de poésie.
Le documentaire (du réalisateur suisse Pierre Borgeaud et son concitoyen le producteur Emmanuel Getaz) proposé par l’ambassade suisse dans le cadre des JCC 2008, suit le chanteur africain dans ses tournées de par le monde afin de parler autrement de la ségrégation raciale et de relever toutes les injustices qu’ont subies (et que continuent encore à subir) les gens de couleur dans leur quotidien
C’est une sorte de sensibilisation en douceur avec du rythme, du chant et de la musique. Mais aussi avec de l’image. C’était aussi l’occasion de survoler les pays et de connaître les peuples dans leurs différences, dans leurs ressemblances. C’est l’histoire du monde racontée avec le mot, les clés et les tripes. C’est l’histoire des peuples, d’hier et d’aujourd’hui. Bref : le documentaire raconte, sans brusquer, la mémoire collective, la mémoire des hommes et celle des femmes.
Bien sûr, quand on évoque les Noirs et les Africains, il est impossible de fermer les yeux sur leur douleur depuis toujours. Il est aussi impossible d’oublier de ne pas parler de leur blues, de leur gospel, de leur jazz et autres formes d’expression qui racontent la douleur et les tares de l’histoire. Seules formes pour dire le mal avec un clavier de bonnes et belles notes.
Le fait de choisir un grand nom comme celui du jazzman Youssou N’Dour et de braquer les lumières sur lui, n’est pas un simple hasard. Car, le chanteur sénégalais est connu pour ses idées de militant averti. Près d’une heure quarante en compagnie de cet homme-symbole pour rappeler la faute de tous temps et la traite négrière qui continue à déferler en vagues de haine et à faire des tristes bruits de par les continents et les océans. Le voyage avec l’enfant de Dakar parti en tournée sur les traces de ses ancêtres a passé en revue des témoignages vivants exhumant des amertumes et des plaies gravées avec du sang. A travers ce travail en son et en lumière, les cinéphiles ont découvert une batterie de scénarios sinistres mais aussi une gerbe de lumières. D’un côté, il y a des douleurs qui donnent froid dans le dos. De l’autre, d’autres regards, d’autres voix, animés par la volonté de s’en sortir, d’exister, et par tous moyens de paix et de raison.
Pour les Tunisiens présents, c’était aussi l’occasion de découvrir le pianiste tuniso-suisse, Moncef Genoud, omniprésent (et très applaudi) dans tous les concerts de N’Dour. Un autre talent qu’a enfanté le Continent et qui fait la fierté de tous les défendeurs des causes humaines. Un scoop : les Tunisiens auront certainement le plaisir d’écouter sa musique lors de la prochaine session de Jazz à Carthage, au printemps 2009. Il sera invité par son pays d’adoption, la Suisse.
Au sortir de la projection, l’ambassadeur de Suisse accrédité en Tunisie a offert une réception au hall de la «Bonbonnière» de Tunis en guise de respect pour tous ceux qui soutiennent les causes humanitaires et les amoureux du jazz, tout comme lui.
Z.A.

