Les jeunes et l’enseignement privé : Entre condamnation et tolérance, les jeunes balancent
Les élèves qui poursuivent leurs études dans des lycées privés sont généralement regardés de travers. Jugés comme la cinquième roue de la charrette, on leur colle la marque de cancres et d’élèves non sérieux, voire nuisibles ! D’ailleurs le secteur privé est considéré comme le maillon faible de la chaîne secondaire de l’enseignement. Est-ce vrai ? Qu’en disent les jeunes ?
Tunis-Le Quotidien
Bon nombre de jeunes élèves quittent les bancs scolaires pour une raison ou une autre. Ils savent qu’ils n’ont plus leur place dans les établissements étatiques. Ce qui pousse à juger ces élèves paresseux et irresponsables. A cet effet, nombreux sont ceux qui jettent leur dévolu sur l’enseignement privé. Un secteur qui leur offre une deuxième chance. Toutefois, même si l’échec scolaire et le renvoi des établissements étatiques mettent les élèves sur le banc d’accusation, cela peut cacher des dessous compliqués. En effet, selon certains analystes, la médiocrité des résultats scolaires et la rébellion contre les règlements peuvent être considérées comme un véritable cri de détresse. C’est ce que confirme d’ailleurs Mehdi, candidat au bac de 20 ans. Le jeune homme fait partie des élèves brillants, mais cela ne l’empêche pas de se montrer solidaire avec les élèves de l’enseignement privé. «On peut croire que les études représentent une vraie corvée pour les élèves de l’enseignement privé. Nous sommes, a priori, forcés de croire qu’ils continuent d’étudier seulement parce que leurs parents les y obligent. Or cette désaffection pour les études peut cacher une grande souffrance et une grande incapacité à réussir. Ils font des efforts jusqu’à en perdre haleine. Mais lorsque toutes les issues se ferment, ils ne trouvent pas d’autres alternatives que de frapper aux portes des lycées privés. Ils ont certes de mauvais résultats, mais cela ne veut pas forcément dire qu’ils ne font pas de leur mieux. D’ailleurs, le fait qu’ils tiennent bon et qu’ils essayent de poursuivre leurs études, même dans des lycées privés, prouve qu’ils veulent continuer à étudier ! Pourquoi les condamne-t-on de manière aussi sévère ?! Ils ont raté l’opportunité de jouir de la gratuité de l’enseignement étatique et payent pour étudier. Cela n’est-il pas une preuve suffisante qu’ils veulent réussir ?! Il est toujours facile de discréditer. Mais ce qui est difficile, en revanche, c’est de faire preuve de compréhension et de tolérance! Il est très probable qu’un élève ait subi un incident de parcours qui lui aurait été malheureusement fatal ! Je trouve injuste qu’on ne lui donne pas une chance de prouver qu’il peut se rattraper. Plusieurs enseignants, adultes et jeunes regardent les élèves des lycées privés de travers. Certains les perçoivent comme des éléments perturbateurs et nuisibles qui doivent être absolument écartés. Cela peut être vrai, je ne le nie pas ! Mais il faut essayer d’abord de les aider, de leur tendre la main et d’être à leur écoute avant de les condamner», dit-il.
Tarek, candidat au bac de 19 ans, partage le même avis. Le jeune homme pense qu’on ne doit pas juger les autres sans avoir tous les arguments qu’il faut. «Généralement, les élèves appartenant à l’enseignement privé ont une mauvaise réputation. Non seulement on les considère comme des cancres, mais ils sont parfois même considérés comme des éléments séditieux qui rendent impossible l’atmosphère de stabilité dans les lycées. Résultats : on les renvoie! On les arrache comme si on ampute un organe très infect. Cette sentence est probablement juste
en un sens ! Il est possible que ces éléments doivent être renvoyés parce qu’ils n’atteignent pas le niveau minimal exigé ou parce qu’ils ne sont là que pour mettre des bâtons dans les roues des professeurs. Ce qui rend légitime la décision de leur sanction. Mais il est possible également que ces élèves aient connu une mauvaise passe, qu’ils soient perfectibles et qu’ils ne cherchent qu’une autre chance pour réussir. Ils n’auront aucune autre alternative que de poursuivre des études privées. Nous devons donc les juger de manière un peu plus tolérante
jusqu’à preuve du contraire ! Cela dit, certains élèves quittent délibérément les bancs des lycées étatiques pour rejoindre un lycée privé. Pourquoi ? Eh bien ! C’est pour avoir de plus grandes chances de réussir à l’examen du bac ! Je m’explique : Avec la formule de 25%, les élèves tiennent de plus en plus à avoir de meilleures notes au cours de l’année parce que cela leur permet d’avoir des points en plus lors au calcul de la moyenne générale. L’enseignement privé leur permet d’avoir plus facilement des notes meilleures. Par conséquent, ils auront plus de chance de réussir leur bac ! Je connais d’ailleurs plusieurs élèves qui ont opté pour l’enseignement privé justement pour cette raison», dit-il.
Saïf, élève de 19 ans, a une autre vision des choses. Le jeune homme rejoint ceux qui condamnent l’enseignement privé. «Aucun élève n’est renvoyé des écoles étatiques de manière arbitraire. De plus, tout un staff d’enseignants, d’éducateurs, de pédagogues et de spécialistes se réunissent pour débattre des cas de renvoi. S’ils jugent un élève incapable de continuer et qu’ils décident de le renvoyer, c’est qu’il le mérite ! On ne peut pas être plus royalistes que le roi tout de même ! De plus, on ne renvoie jamais un élève sans lui avoir donné une chance, ou plusieurs. C’est aux décideurs de trancher en fin de compte. S’il a su saisir cette chance et su prouver qu’il tient à s’améliorer, il aura droit à un nouveau regard. Si au contraire, il s’est entêté à s’égarer, il récoltera le fruit de son arrogance et de sa paresse. Donc, je suis persuadé que les élèves des lycées privés, ou du moins la majorité d’entre eux, doivent être écartés. On ne renvoie un élève que s’il a prouvé son invalidité et son incompétence. Plus encore, la majorité de ceux qui se font jeter à la porte, sont des élèves mal élevés qui marchent dans la voie de la délinquance. Il vaut mieux les éloigner avant qu’ils ne propagent leur venin dans les veines des bons éléments. Et là, les dégâts ne seront plus faciles à réparer»,
dit-il.
Abir CHEMLI

