Rencontres d’art contemporain : Le pont des arts entre la Tunisie et l’Espagne





Rien ne vaut les arts dans toute leur diversité pour relier le Nord à son Sud. Les Espagnols et les Tunisiens l’ont bien compris. Ils se sont mis la main dans la main et ont construit leur propre Jiser (pont). Les architectes impliqués dans ce projet nous ont montré samedi dernier à El Teatro leur maquette plastique. L’initiative est prometteuse... «C’est un grand plaisir d’être encore une fois chez vous. Depuis que j’étais en Tunisie, j’ai été toujours ébloui par ce que fait El Teatro...», a notamment dit en guise d’ouverture de cette manifestation artistique qui vient de voir le jour Senén Florensa Palau, l’ex-ambassadeur d’Espagne chez nous et qui est actuellement à la tête de l’IEMed (Institut européen de la Méditerranée). Il était accompagné de bon nombre de responsables espagnols en lien avec les projets culturels du Bassin méditerranéen, et qui sont venus pour accompagner les douze artistes de Jiser dont l’objectif est de réfléchir sur l’avenir d’une région séparée seulement par une tâche d’eau, loin d’être grise mais d’un très beau bleu d’espoir. L’idée de ce projet est née à Sidi Bou Saïd, il y a une année et demie. Puis a pris forme en Espagne. «L’intention était d’essayer de continuer le processus de Barcelone», a ajouté son excellence, Senén Florensa Palau qui considère que Jiser est un exercice d’amitié et même s’il ne se connaît pas dans les arts modernes, il se réjouit à l’objectif de cette association entre le Sud et le Nord. De son côté, l’artiste plasticien Hédi Turki n’a pu résister plus longtemps pour accentuer le trait sur le devenir de l’Orient et de l’Occident et de rappeler de leurs liens historiques. «J’ai une irrésistible envie de m’adresser à ce public sélectif et de bénir ce rapprochement entre la Tunisie et l’Espagne, pays très brillant de l’Occident où les Arabes ont laissé des vestiges marquant lors de leur passage. Ce sont les arts andalous qui font aujourd’hui la fierté et la réputation du centre de l'Espagne et qui ont inspiré les artistes et les hommes de culture. Il s’agit d’une ouverture créative de cette Andalousie qui a amassé des valeurs et qui est l’héritière de l’empire romain et d’autres patrimoines. Nous sommes donc proches de cette Espagne», a-t-il précisé devant une salle bien remplie. Le tout Tunis artistique était là pour voir le fruit de cette cohabitation heureuse entre jeunes, les faiseurs de demain. Le séjour de nos artistes plasticiens à Barcelone, où ils ont été accueillis par d’autres jeunes, a fait son éclosion sur notamment le projet de «Perceptions de la ville». Ainsi, du 13 au 23 mai 2006, six artistes espagnols (Xavier de Luca, Javier Léon, Olga Rémon, Ferran Roca, Diego Sainz, Francisco Javier Seron) et sept Tunisiens dont Omar Bey, Mohamed Ben Soltane, Chiraz Chouchène, Farah Khelil, Sami Mejri, Anis Menzli... ont travaillé sur un seul thème, celui de l’urbain. Un regard sur la ville de long en large et de haut en bas. Chacun s’est exprimé dans son propre langage et a déroulé ses idées sans frontières. Comme cette «Méditerranée en eau où les ondes échouent de part et d’autre sans contrainte humaine». Au gré des arts Dans l’exposition qu’abrite depuis samedi dernier Aire Libre d’El Teatro, nous avons senti la création conjointe d’un nouveau processus signé par des jeunes de Jiser qu’épaule et appuie «l’Instituto Europeu de la Mediterrània» et autres organisations. «Nous remercions tous ceux qui sont derrière cette idée qui a vu le jour à la galerie Ben Soltane de Sidi Bou (un village qui porte dans ses entrailles un legs andalou), notamment Leïla Souissi et Mahmoud Chelbi, qui a le mérite d’orchestrer le tout à Tunis aux moindres frais». Et c’est tout à fait normal. N’est-il pas le maître! Le maître le plus proche de ses cadets et qu’on remercie au passage pour tout ce qu’il a fait pour rendre possible et vite l’événement à Tunis. Ces rencontres d’art contemporain à l’Espace d’El Teatro ne sont pas exclusivement consacrées aux arts plastiques. Le vernissage du 2 décembre n’était pas de pierre et de marbre. Le public a eu droit tout d’abord à un spectacle de danse contemporaine. Avec Jesùs Nieto, le flamenco remis au goût du jour a fasciné l’assistance. Tout de noir vêtu, ce Jesùs, beau comme un dieu, a accroché d’une belle écriture chorégraphique avec des mouvements d’une rare harmonie. Il a esquissé sa mobilité dans l’espace tunisien et l’a fortement marqué par son envol et son rythme. Une autre mobilité a suivi. Il s’agit d’une performance de Francisco Seron. Qui a défroissé les humeurs d’ici et d’ailleurs en faisant circuler dans la salle (et impliquer les présents) une écharpe en papier blanc. Tout blanc et sans tache. Aucunement. Une façon de dire que la paix doit trouver son âme là où on se déplace et elle est de notre devoir. Et pour se déplacer sur un autre registre tout en images, un documentaire a été projeté avant le vernissage officiel. Ce film a passé en revue «Les perceptions de la ville, le regard de 12 artistes». C’était une promenade en Espagne où le micro a été donné aux artistes. Ils ont tous parlé librement d’une réalité, d’un souffle nouveau, d’un rêve. Le public a été attentif à leurs murmures et les a écoutés de l’intérieur, de leur désir le plus profond, pour faire de leur région un havre de rencontres, d’amitié et de paix. D’ailleurs, lors du vernissage d’une série de travaux effectués en Espagne, il y a quelque chose qui promet. Celle d’effacer les angoisses et de bâtir le bon pont à double sens et tout en étant tourné dans la modernité. Il ne faut pas tourner le dos aux racines. Ni exclusion ni rejet mais de la réflexion et de la complémentarité. C’est l’appel de cette association tuniso-hispanique , qui fait aujourd’hui du bruit à Aire Libre. Les 5 et 6 décembre, des ateliers et des rencontres sont prévus avec les étudiants de l’ISBAT et l’EAD et qu’animera bien sûr Mach (Mahmoud Chalbi) avec bonheur. A ne pas rater ! Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com