A El Teatro : Tout un mois de «Ichk» et de passion
Au programme d’El Teatro, une série de cycles de la pièce «Ichkabad» qui meublera tout le mois de novembre. Mais attention ! Cette fois-ci, on est loin de l’uvre de Taoufik Jebali et Raja Farhat, fort appréciée et applaudie, l’an dernier, par un public composé de fins connaisseurs, et grandement saluée par bon nombre de nos critiques. Pour la nouvelle saison, on continue, certes, dans le même sillon mais autrement
Et que «el Ichk» continue !
Dans «Akhbar Ichkabad
fi chouoûn al hob wal wided» (le titre en entier de la manifestation), Jebali a voulu passer à la vitesse supérieure. Les amoureux de la scène et tous ceux qui affectionnent l’art du patron d’El Teatro et ses potes n’ont qu’à demander le programme et découvrir les mille et une facettes de la passion, du jour, de la nuit…
C’est en fait une autre aventure qui se décline avec plus de fraîcheur et en deux versions, et qui enthousiasmera les fidèles d’El Teatro sans aucun doute. A l’affiche, il y a tout d’abord, les 6, 7, 8, 13, 14, et 15 novembre, la Ichkabad 2, encadrement et mise en scène de Khaoula el-Hadef, un nouvel espoir qui s’impose dans le paysage artistique. Avec cette jeune diplômée de l’Institut Supérieur des Arts Dramatiques (ISAD), et auteur de «Café amer», une foule de participants. Mais, des participants d’un autre genre, un brin singulier, et qui sont d’une autre étoffe. Car, ce ne sont pas des comédiens au vrai sens du terme. Ce sont les élèves d’El Teatro Studio que dirige Taoufik Jebali. Dans leur vie, ils ont préféré faire autre chose que du théâtre, mais ils restent tout de même accrochés à la scène. La plupart de leur temps libre, ils le passent sur les tréteaux, entre les ombres et lumières.
Madame s’est donc inspirée du premier texte. Elle l’a même chamboulé dans tous les sens et a donné libre cours à son imaginaire créatif en offrant autre chose que «Ichkabad» d’origine. Sur l’amour et les amours. Quand c’est serein ou violé. Quand c’est libre ou ligoté. Quand c’est simple ou compliqué. Quand tout se tisse dans la sincérité et quand tout se trame dans l’hypocrisie. Quand tout se fait dans le secret et quand tout se légalise pour le crier sur tous les toits. Quand on est fille et quand on est garçon. Quand on veut regarder l’amour en face ou quand on veut être vu avec l’autre regard de l’amour. Et tout a son explication. Quand tout se magnifie, se banalise ou s’horrifie.
Sous la houlette et le conseil du patron de la maison, Khaoula el Hadef, a écrit son texte avec de la distance par rapport au premier, et décrit les amours avec poésie, greffant ainsi d’autres couleurs et mettant un peu plus de dynamisme, d’élégance discrète, du rythme, des détours et des provocations étudiées. Un tas de choses à la fois. Résultat : la pièce de K. El Hadef dégage de la profondeur, de l’épaisseur, avec une bonne dose d’audace et d’humour, le tout enrobé et gracieusement bricolé par les «apprentis» du théâtre jebalien.
De la stérilité et des errances sans issue
Et on continue à tourner
en rond
Quant à la deuxième quinzaine du mois, il y aura une autre petite touche de Ghazi Zoghbani, un autre jeune qui promet. Lui aussi suit, sans hésitation aucune, la trace du maître d’El Teatro. Là c’est juste un soupçon d’intervention dans la mise en scène et on garde intact ou presque la première copie. Enfin presque. Car on n’est jamais sûr de quelque chose avec Jebali. Qui déroute et qui improvise à volonté. Qui aime faire tourner les choses et tourner sa machine d’industrie théâtrale à sa guise et tout le reste est faiblesse. Car l’homme, on ne le sait que trop, aime laisser les gens dans le doute, réfléchir
Sur son oui et sur son non et il reste insaisissable.
Quand le locataire d’El Teatro, prend une quelconque décision, impossible de lui faire changer d’avis. Il n’en fait au final qu’à sa tête en signant et persistant. Et à voir ce qui se fait sur scène, on se dit que l’homme n’a pas vraiment tort. Le résultat est là. Des idées qui se déroulent fluides, croustillantes et poignantes à plaisir
En définitive, tout le monde reconnaît le boulot et les faiseurs d’idées aux côtés de Jebali et sa détermination.
Suivons la dernière note de Taoufk Jebali et son discours concernant cette production 2008 : «Tout Ichkabad est une cité imaginée, coupée de l’amour et de la passion par décision onusienne, punie pour avoir violé sans répit les liens de ses amours et de ses passions.
Une cité que ses gens ont détruite de leur propre volonté par vengeance et l’ont inondée de chansonnettes sentimentales et massacré tous ses liens de poésie. Ils ont crié sans fin à la recherche du non plaisir, secoué tantôt tout haut leur stérilité et leur hésitation jusqu’à ne plus reconnaître ses coins et ses rues, jusqu’à ignorer ses noms et ses détails. Ils errent sans fin à la recherche du non plaisir, secoués tantôt par les tremblements et par le froid et tantôt par une fièvre ardente
», raconte Taoufik Jebali pour dire à sa façon et sans complaisance aucune : «ENHEBBBBBBBBBBEEEEEEKKKKKK
». Mais à qui s’adresse-t-il vraiment ?
Aux mordus de l’art de la scène et de la créativité de méditer
et de deviner.
Z. ABID

