Les jeunes et la fratrie: Nos ennemis… bien-aimés !





Frères et sœurs sont censés être solidaires, s’aimer et s’entraider dans le meilleur comme dans le pire. Ne dit-on pas que «deux personnes s’aiment comme frère et sœur» !
Or, plusieurs conflits risquent d’éclater entre frères. Certains peuvent même éprouver
l’un pour l’autre des sentiments haineux… Qu’est-ce qui peut justement dégrader la relation entre frères et sœurs ?
Tunis-Le Quotidien 
Il lace les chaussures de sa sœurette, lui mouche le nez, l’aide à mettre son cartable sur le dos et la tient par la main pour l’accompagner à l’école. Nombre de frères veillent sur leurs sœurs comme ils veillent sur la prunelle de leurs yeux. De l’autre côté, un garçon donne des raclées à sa sœur, la tire par les cheveux, lui arrache sa poupée et la laisse seule dans le noir, effondrée et en larmes. Entre le premier exemple et le deuxième, il y a tout un monde. Plusieurs frères et sœurs semblent former le même corps tellement ils sont unis. D’autres en revanche, ressemblent à des… ennemis. Pourquoi ? Plusieurs jeunes imputent la responsabilité tout entière aux parents. Ce constat est plus ou moins confirmé par Nesrine, 19 ans. La jeune fille croit que la réussite de la relation entre frère et sœur est tributaire de plusieurs éléments. «Certes les parents jouent un rôle clé dans la réussite de les relations qui lient leurs enfants. Mais d’autres éléments peuvent également influer. En ce qui me concerne, j’ai une très bonne relation avec ma sœur. Je crois que cela est d’abord dû à l’éducation de nos parents, mais aussi à la nature de chacune d’entre nous. Mes parents ont un tempérament plutôt sévère. Ils sont intransigeants sur plusieurs choses. Cela nous a rendues solidaires ma sœur et moi. Tellement je craignais la réaction de mes parents, c’est envers ma sœur que je me dirigeais à chaque fois pour demander conseil. Et elle me recevait toujours les bras ouverts. Ma sœur est plus âgée que moi et elle a été ma tutrice pour une bonne période. Mes parents lui ont souvent légué la responsabilité de me prendre en charge lorsqu’ils étaient absents et cela nous a beaucoup rapprochées. Toutefois, plusieurs frères et sœurs mènent une relation conflictuelle. Je crois que cela est essentiellement dû au favoritisme des parents. En effet, certains géniteurs ne traitent pas leurs enfants sur le même pied d’égalité. Cela crée des ressentiments. Et plus les enfants grandissent, plus l’animosité gagne du terrain. La jalousie et le mépris remplacent l’amour fraternel. Hélas si ce sentiment s’installe dès la petite enfance et que les parents n’interviennent pas pour remédier à cela, la relation se complique et il est difficile que quelqu’un puisse la rétablir», dit-elle.
Amira, 20 ans, croit que plus les enfants auront des âges proches, plus ils sont sujets aux conflits. «Un enfant a naturellement besoin de s’accaparer l’attention toute entière de ses parents. Il a besoin de temps pour comprendre qu’un autre enfant peut naître, aura droit à la même dose d’amour et à la même attention. Or plusieurs enfants, étant encore trop jeunes, se sentent écartés et oubliés dès la naissance d’un frère ou d’une sœur. Cela le rend jaloux. Il considère ce petit être comme un étranger. Il le voit juste comme un concurrent qui rivalise avec lui. Un être qui lui « vole » ses parents qui jusque là n’étaient qu’à lui seul. En revanche, si l’enfant a eu le temps de grandir et de gagner en maturité, il comprendra mieux la légitimité de cet enfant et peut même le prendre sous son aile. Il adoptera un comportement protecteur et bienveillant à son égard. Toutefois, ce sont les parents qui orientent en fin de compte. Ils doivent être là pour que l’aîné ne se sente pas écarté. Ils doivent rassurer leurs enfants et leur faire comprendre que le cœur d’un parent est capable d’aimer toute une «tribu» d’enfants. Le cas échéant, si les parents font preuve de favoritisme, cela créera des conflits, sans aucun doute », dit-elle.
Maroua, 15 ans, partage le même avis. La jeune fille pense que si les enfants ont un âge très proche, cela crée des tensions. «Lorsque deux enfants, ont un âge très proche, ils vont se chamailler sans arrêt. Il y aura toujours une raison pour qu’ils soient en désaccord : chacun veut regarder une chaîne de télé, l’un chope un habit à l’autre, etc. Ils risquent même de se battre continuellement. C’est d’ailleurs le cas pour moi et mon frère. Il est toujours à mes trousses et ne me laisse pas du tout respirer. Et si jamais une dispute éclate, nous avons droit à une punition, tous les deux. Mes parents n’ont ni la tête ni le temps de chercher à comprendre qui a tort et qui a raison. Et comme on se dispute fréquemment, ils ont trouvé un remède facile pour remettre de l’ordre : nous punir tous les deux à tous les coups. Cela me peine parce que dans la majorité des cas, c’est lui qui me cause du tort et au lieu de me rendre ce qui me revient de droit, mes parents me grondent. Je trouve cela très injuste. De plus, mon frère est en pleine période d’adolescence et il veut prouver qu’il a grandit. C’est sur moi qu’il exerce son pouvoir. Je paye donc le prix de sa crise! Si je l’aime? Je ne sais pas trop, probablement que oui parce que c’est tout de même mon frère ! Mais ce dont je suis sûre, c’est que je lui en veux», dit-elle.
Eya, 15 ans, est fille unique. La jeune fille ne croit pas être chanceuse de s’accaparer à elle seule l’amour de ses parents. Elle se sent souvent seule. «Plusieurs jeunes maudissent leurs frères et sœurs parce qu’ils leur rendent la vie difficile. Je pense que la raison essentielle des conflits est le favoritisme des parents. Mais étant seule, je ne crois pas mener une vie meilleure ! Je souhaite tant avoir des frères et sœurs, même s’ils doivent me faire voir de toutes les couleurs. Ainsi, au moins, je ne me sentirais pas aussi seule et triste», confie-t-elle. 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com