4e Festival du chant a capella : La voix du (ch)œur

Pour le concert d’ouverture du 4e festival a capella, l’Association des Supporters de la Création musicale (ASCM) a fait confiance à la soprano de Tunis, Alia Sellami et ses élèves, et elle a très bien fait. Chanter Dieu dans toutes les langues a été un pur bonheur pour les fidèles de l’Acropolium de Carthage qui était, samedi dernier, généreusement éclairé par un jet de lumières tamisées. Et pas seulement.
Pour mieux réussir son festival et sur tous les plans, l’ASCM a vite compris qu’il était nécessaire de se déplacer à l’Acropolium de Carthage qui, par la singularité de son architecture, abrite à merveille l’esprit de la manifestation. A preuve : samedi dernier, il n’y avait pas l’ombre d’une place au parking du musée de la ville punique. Devant le guichet, une file indienne dont on ne sait combien de mètres et d’individus alors que la salle de l’Acropolium était déjà pleine. On a dû donc ajouter des chaises et se serrer pour que tout le monde puisse suivre ce concert d’ouverture.
A l’intérieur, on a allumé les cierges et encensé le prestigieux lieu, baptisé jadis l’Eglise St Louis avant de se convertir en un espace d’art et de culture. Une armada de cameramen ont braqué leur outil de travail sur la scène en attendant le coup d’envoi. Bon nombre de photographes n’ont pas manqué l’événement, de leur côté, afin de tirer des bobines souvenirs de la soirée. Les chaînes (publiques et privées) de la radio et de la télé sont aussi là et on avait l’impression que le Tout Tunis artistique (ou presque) est présent.
Tiens ! on allait oublier que le ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, M. Abderraouf el Basti était de la partie, bien au premier rang, avec tout son cortège administratif. En fait le ministre de tutelle a répondu présent à l’invitation de l’ASCM qui organise trois festivals par an. On pense ici à celui de la musique spirituelle, celui de la musique instrumentale et l’autre a capella, et apparemment, à chacun sa propre ligne éditoriale. Un ministre présent, c’est tout un symbole et c’est un signe de bon augure. De partenariat. Et c’est un honneur qui, à notre avis, promet des jours meilleurs…
Pour revenir au premier concert de ce festival, Alia Sellami s’est bien préparée et a bricolé un travail à sa taille, qui se respecte. Grandement. Ce fut donc la surprise. De l’audace créative bien dosée et bien à sa place. Inutile de rappeler la fluidité, la texture et le timbre de sa voix. Car, la fille sait bien où sa voix la conduit. On sait aussi qu’elle s’est affirmée et confirmée depuis belle lurette. Depuis Paris et ses années de fac jusqu’à Tunis et ses années de fac aussi. Mais ici, ce n’est plus de l’étudiante dont on parle mais de la prof, tout en passant par ses saisons à l’Opéra du Caire où elle était souvent portée au pinacle.
Sur scène (ou tous dispersés dans la salle), Alia Sellami (la prof) et ses étudiants (Atef Ayari, Achraf Chargui, Olfa Souissi, Yosra Hamzaoui, Saloua Ben Salah et Walid Hkiri), tout de noir vêtus ont démontré autre chose d’inhabituel qui a saisi les présents du début jusqu’à la fin. Et, dans un silence religieux, ces derniers ont écouté cet ensemble Aloès créé depuis juillet dernier.
Le concert est «une immersion dans le sentiment religieux et les formes qu’il prend à travers des pièces d’une vingtaine de nationalités différentes et de nombreuses confessions…», lit-on sur la note du programme de la soirée, distribuée à l’entrée de la salle.
L’éventail chantant et enchantant s’est étiré de par le monde musulman avec un prélude émouvant. El Edhen (appel à la prière) qui a été suivi d’autres chants a capella. De l’Inde avec du chant sacré de Shiva, de l’Espagne avec la Messa flamenca, de la Syrie avec le soufi et la méditation, de l’Allemagne avec son Bach et sa Passion selon St Mathieu, de l’Ouzbékistan et son chant liturgique, de l’Egypte et son Inchad soufi, du Liban et son chant maronite, de la Turquie et son Tekbir, de la France et son Requiem, des USA et leur gospel, de l’Indonésie et sa Sumatra… Sans sauter sur ce qui se fait de bon au Sénégal, en Grèce, en ex-Yougoslavie, en Corse, au Maroc, en Autriche, en Tanzanie… Le groupe (hommes et femmes) en solo, en duo, en trio ou tous à la fois ont égrené des morceaux touchants comme on égrènerait les perles d’un chapelet.
Même si le public n’avait parfois rien compris des paroles, il a été tout de même séduit par les voix qui sont comme le pensent quelques-uns, une. Et une seule. C’est «la voix nue, une voix vers Dieu», peu importe la langue. Car à «travers les continents et les croyances, l’homme chante Dieu de la même façon». On quitte l’Acropolium avec la chair de poule et des frissons… avant de penser à comment pouvoir sortir d’un parking plein comme un œuf. Là, c’est une autre histoire. Mais pour revenir écouter Aloès, on le ferait sans hésiter une seconde. Merci les artistes, merci l’ASCM.

Z. ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com