Lutte contre le cancer: Vers un traitement à la carte





De notre envoyé spécial à Lisbonne Lotfi TOUATI

Un nouveau médicament de lutte contre le cancer dans le stade métastasique est disponible en Europe. Il a la particularité de prolonger la survie d’une année environ. Le médicament a été présenté lors
du deuxième forum d’oncologie d’Afrique du Nord tenu à Lisbonne récemment.

Lisbonne - Le Quotidien
Un combat sans merci est engagé contre cette maladie «méchante» pour reprendre le terme populaire qualifiant le cancer. Plus de deux cents spécialistes s’étaient réunis à Lisbonne dans le cadre du deuxième forum d’oncologie de l’Afrique du Nord, pour discuter des dernières avancées technologiques en matière de lutte contre le cancer du sein et celui du rein. Il s’agit d’un thème d’actualité qui intéresse de près de nombreux patients victimes de cette maladie, mais surtout les spécialistes désireux de se rafraîchir la mémoire et de se familiariser avec les nouveautés.
La nouveauté dans ce forum réside dans la mise en circulation d’un nouveau médicament qui contribue à doubler la période de survie du patient atteint du cancer du rein par rapport au traitement standard. A l’état métastasique, la survie était estimée approximativement à douze mois. Avec le nouveau médicament, en l’occurrence le Sunitinib, non encore commercialisé en Tunisie, la période de survie est de 24 mois. Le produit, estiment les spécialistes, en plus des avantages en terme d’efficacité et de tolérance, diminue le coût du traitement et de l’occupation des lits d’hôpitaux. Il demeure cependant un traitement spécialisé. Dr Patrick Shoffski de Belgique a indiqué ainsi que le médicament peut être utilisé en deuxième ligne en tant que traitement des tumeurs stromales (gastro-intestinales).
Certains peuvent s’interroger, à juste titre, sur la pertinence de bénéficier d’une survie de quelques mois. La réponse de l’un des responsables des laboratoires Pfizer est la suivante : «Une période de quelques mois pour un individu peut être considérée comme insignifiante mais pour la recherche elle est très importante. Il faut bien commencer par grignoter des mois pour pouvoir développer les recherches et gagner des périodes plus étalées».
Le traitement du cancer du sein a par ailleurs effectué des avancées notables aussi bien en Europe qu’en Tunisie. Le professeur Moïse Namer, du centre français de cancérologie de Monge et le professeur Jeffrey Tobias, de l’université de Cambridge ont étalé leurs expériences dans le domaine du traitement du cancer du sein dans ses divers stades, précoce et métastasique et même pour le sein inflammatoire. Ils ont insisté sur le traitement hormonal qui permet d’agir sur les récepteurs de cellules et d’induire en quelque sorte en erreur le système de prolifération des cellules cancéreuses. Nous pouvons dire aujourd’hui qu’il est possible de peaufiner les diagnostics avec les nouvelles découvertes notamment grâce aux divers essais cliniques qui se poursuivent en Europe et aux USA.
Les recherches dans le domaine de la fabrication de médicaments sont longues et coûteuses. Elles durent entre 10 et 15 ans puisqu’il s’agit de procéder par élimination à partir de 10.000 molécules pour parvenir à isoler une seule. Les coûts de la recherche se situent aux alentours d’un million de dollars.


Ils ont dit


Le professeur agrégé Hatem Frikha :


«Je peux dire que le forum a été positif dans la mesure où il touche de près diverses formes de cancer et notamment celui du rein à l’état métastasique. Je constate les perspectives d’une amélioration par rapport au traitement standard. Pour la lutte contre le cancer du sein, l’ancienne méthode est basée sur l’administration au patient de l’anti-œstrogène tandis que la méthode moderne est basée sur la réduction des hormones. Il s’agit d’une thérapie ciblée qui vise la vascularisation anarchique de la tumeur. Nous savons que la vascularisation anarchique développe la tumeur. Or, en agissant sur les facteurs qui favorisent le développement de la tumeur, on parvient à bloquer le processus du développement des cellules cancéreuses.
Les méthodes modernes de lutte contre le cancer du sein passent donc par la maîtrise du cycle des hormones. Le forum m’a permis par ailleurs de me familiariser avec les nouvelles techniques, d’actualiser les notions et d’avoir ainsi une idée fiable sur la question».


Fethi Khomsi, professeur agrégé en chirurgie à l’Institut de cancérologie Salah Azaiez :


«Les dernières découvertes en matière de lutte contre les maladies et en particulier le cancer dans toutes ses formes sont disponibles sur Internet mais le forum nous a permis de faire le point sur la question et de voir les expériences des autres et de modifier, au besoin, les dosages d’administration des différents médicaments. Cela ne peut se faire sans rencontrer les confrères dans des forums semblables.  Actuellement, plus de 1500 cancers de sein sont diagnostiqués annuellement en Tunisie. Pour le cancer du sein, il existe des facteurs de risque que nous pouvons atténuer. Je peux dire tout simplement que les recherches ont permis de confirmer que plus les femmes se marient jeunes plus le risque du cancer diminue, plus la femme procrée jeune plus les cancers du sein diminuent, plus elle allaite jeune plus le cancer du sein diminue. De plus le traitement hormonal substitutif (prescrit durant la ménopause) n’est pas sans risque pour la santé pour diverses raisons qu’on ne va pas développer dans ce contexte».


La Libye, en force


La Libye a été représentée par une forte délégation composée de nombreux spécialistes hommes et femmes dans le domaine de l’oncologie. Nous avons rencontré, en marge du forum, trois spécialistes de cancérologie, Manal Habbash, Mabrouka Abdelkader et Mouna Naboulsi.
«Le niveau de la médecine dans notre pays est appréciable d’autant plus que nous disposons des derniers équipements médicaux. Si beaucoup de nos compatriotes préfèrent se faire soigner à l’étranger et particulièrement en Tunisie c’est entre autres, par besoin de discrétion», affirme Manal Habbash. «Pour ma part, dit-elle, je ne vois pas d’inconvénient à ce que nos compatriotes se soignent en Tunisie mais je souhaiterais que les spécialistes leur confient des dossiers de préférences rédigés en anglais pour nous permettre de prendre la relève une fois le patient de retour en Libye. Je le dis franchement, beaucoup négligent la rédaction du rapport et nous compliquent ainsi la tâche du suivi».




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com