Après la crise financière…: Est-ce que tout va bien ?





L’économie tunisienne va-t-elle réussir, en fin de compte, à juguler les effets de la crise financière internationale sur notre ‘‘sphère réelle’’ ? Une question simple qui appelle une réponse complexe. Selon les données septembre-octobre 2008, l’Observatoire de la conjoncture économique essaie de tirer tout cela au clair.

Tunis-Le Quotidien
La crise financière est désormais aussi grave en Europe qu’aux États-Unis. Dans les deux cas, les autorités politiques et monétaires tentent de mettre fin à une redoutable spirale de risques de défaillance. Toutefois, les turbulences financières ne doivent pas occulter le fait que la dynamique récessive présente dans l’économie réelle a ses origines largement en dehors de la finance pure.
Avec cette déroute financière, le scénario de base pour l’économie mondiale ces prochains trimestres est celui d’une croissance faible, voire d’une stagnation, dans les pays développés et d’une décélération de l’expansion dans les zones émergentes. Les cours de matières premières seront aspirés vers le bas, même si la menace d’épuisement de certaines ressources continuera d’exercer une influence qui pourrait devenir haussière à long terme. Le repli de l’inflation et son impact baissier sur les taux d’intérêt constitueront le principal soutien à l’activité mondiale, une influence favorable qui sera tout de même atténuée par la lenteur du rééquilibrage des bilans du secteur financier.


Un œil sur l’Europe, notre premier partenaire
Si certains chocs ayant pesé sur la croissance de la zone euro au premier semestre ont commencé à s’atténuer, notamment avec le repli des cours des matières premières et le ralentissement de l’inflation, il ne faut pas attendre de redémarrage rapide de l’activité. En effet, l’économie européenne va continuer à souffrir de plusieurs maux : en premier lieu, les conditions de crédit vont continuer de se resserrer à la suite de la dégradation de la situation sur les marchés financiers ; la chute de l’activité dans le secteur de la construction pèsera également sur la croissance de la zone. Les déséquilibres entre offre et demande dans l’immobilier vont s’aggraver dans plusieurs grands pays dont la France, ce phénomène étant accentué par la raréfaction du crédit ; enfin, la baisse de la demande extérieure, avec la chute de l’activité aux États-Unis, au Royaume-Uni et le ralentissement attendu dans certains pays émergents, va lourdement peser sur les exportations.


L’inflation est en train de s’atténuer
La conjoncture nationale en 2008 est marquée par trois développements majeurs : résurgence de fortes tensions inflationnistes qui commencent sensiblement à s’atténuer, modération de la croissance induite essentiellement par un ralentissement industriel et poursuite de l’essoufflement des échanges extérieurs en volume.
Mais au-delà des défis de court terme, les perspectives de l’économie nationale demeurent favorables. L’actuel ralentissement économique ne met fin que temporairement au cycle d’expansion qui a prévalu entre 2005 et 2007. En raison d’un effet de correction technique, mais aussi du fait des contraintes qui pèsent sur l’offre et de la forte détérioration du contexte économique extérieur, les facteurs structurels qui sous-tendaient cette croissance dynamique, à savoir notamment le processus de rattrapage industriel, l’extension des infrastructures, l’augmentation de la consommation des ménages et le développement du commerce extérieur, ont perdu de leur force mais sont toujours à l’œuvre et permettront sur le moyen terme de nouvelles phases d’expansion.


Il est probable que notre économie serait plus ou moins affectée
En germe depuis l’affaiblissement des échanges extérieurs voilà plus d’un an, le scénario du ralentissement de l’économie nationale est écrit depuis des mois. Dans une optique conjoncturelle, la forte croissance en moyenne annuelle en 2007 à 6,3% masque une légère décélération de l’activité économique sur la seconde moitié de l’année après un premier semestre soutenu. Ainsi, la croissance particulièrement vigoureuse des trois dernières années se modère. Le rythme global reste encore soutenu en 2008 avec une croissance du PIB d’environ 5% au premier semestre, mais le ralentissement graduel amorcé depuis bientôt un an devrait se poursuivre au cours des prochains trimestres.
Il est très probable que l’économie nationale serait plus ou moins affectée par la répercussion de la crise financière internationale sur l’économie réelle. En fait, les courroies de transmission ne manquent pas. Au plan extérieur, et avec une économie beaucoup plus ouverte que dans le passé, le ralentissement durable, voire la quasi-récession qui touche nos principaux partenaires commerciaux, modérerait davantage la demande extérieure en biens et services adressés à la Tunisie. D’un autre côté, le resserrement des conditions de crédit, les effets d’éviction générés par les plans de sauvetage envisagés dans les pays touchés par la crise financière et l’aversion au risque des investisseurs devront moduler les comportements en matière d’accumulation du capital et influer sur les plans d’investissements directs étrangers orientés vers le site Tunisie. En outre, ces comportements ne seront pas sans conséquences sur la dynamique induite de l’emploi et donc sur celle de la consommation des ménages.
En un mot, comme en cent, notre économie est ouverte et elle en subit peu ou prou les résultantes. Pourtant elle résiste et nous invite à garder l’œil ouvert !


Manoubi AKROUT
manoubi.akrout@planet.tn




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com