Consacrer la raison …





Le spectre d’une nouvelle guerre civile hante plus que jamais le Liban, où la tension monte de plusieurs crans au fil des jours. La situation d’impasse continue de prévaloir et le blocage total entre le gouvernement de Fouad Siniora déterminé à ne pas fléchir, et l’opposition menée par le Hezbollah chiîte, qui jure de ne pas lâcher du lest jusqu’à la démission du Premier ministre, n’incite pas du tout à l’optimisme. En l’absence d’un compromis et au moment où les principaux protagonistes de la crise libanaise campent sur leurs positions et observent une fermeté à toute épreuve, le pire est à craindre dans un pays plus que jamais déchiré au gré des intérêts des diverses mouvances politiques. D’un côté, il y a un gouvernement affaibli, amputé de ses six ministres pro-syriens ayant démissionné en bloc, dont une partie restante vit, depuis l’assassinat de Pierre Gemayel, à l’abri des murs du Grand Sérail, le palais gouvernemental. De l’autre, l’opposition chiîte alliée au général chrétien Michel Aoun entend tirer les bénéfices politiques de la “victoire” proclamée par le Hezbollah après la guerre de l’été contre Israël et imposer des élections législatives anticipées. Le camp anti-syrien conduit par Saâd Hariri dénonce une “tentative de putsch” des alliés de Damas et accuse ouvertement la Syrie de vouloir torpiller le projet de tribunal international pour juger les assassins de Rafik Hariri tué en février 2005 dans un attentat pour lequel des responsables libanais et syriens ont été directement mis en cause. Les pro-syriens et leur allié, eux, dénient toute légitimité au gouvernement et réclament la mise en place d’un cabinet d’union nationale. En somme, c’est un dialogue des sourds qui l’emporte au pays du Cèdre où les manifestations et les contre-manifestations se relaient dans un enchaînement pathétique, augurant d’une situation qui peut dégénérer à tout moment. Les affrontements, survenus dimanche, qui ont fait un mort et douze blessés entre partisans du gouvernement et manifestants de l’opposition, toujours déterminés à faire chuter le cabinet Siniora laissent à croire que les scénarios les plus pessimistes sont désormais envisageables. Comment désamorcer cette bombe à retardement qui fait peser une lourde menace sur la stabilité et l’unité du pays? Telle est la question focale qui s’impose aujourd’hui avec insistance. Les observateurs avertis s’accordent à dire à juste titre à ce propos que les interventions étrangères représentent aujourd’hui la plus grande menace pour le Liban qui demeure au cœur de nombreux enjeux stratégiques des grandes puissances dans la région. Les Libanais qui traversent une situation difficile ont tout intérêt à consacrer la raison et la pondération pour sortir de cette crise. Ils doivent surtout garder en mémoire l'effroyable guerre civile de 1975-1989 qui a saigné à blanc et ravagé le pays qui en garde encore les douloureuses séquelles. Instaurer un dialogue constructif, loin des calculs étriqués et bannir les intérêts strictement personnels sont d’une nécessité ardente pour éviter au Liban les affres de l’incertitude et les atrocités d’une nouvelle guerre civile dont les Libanais, toutes mouvances et obédiences politiques confondues, se passeraient volontiers. A la charge des leaders politiques libanais de retenir les leçons qui s’imposent et de faire preuve de retenue pour permettre à leur pays de dépasser avec succès ce cap éminemment dangereux. Chokri BACCOUCHE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com