Les JCC et après

C’est un tempérament. Nous sommes des fêtards occasionnels qui adorent faire la queue ou se bousculer pour accéder à des spectacles. Nous sommes ainsi. On adore consommer grand les festivals et… on passe. Mais qu’est-ce qui reste dans notre mémoire ? Que des souvenirs d’«éclatement» (On s’est éclaté avec tel ou tel artiste !). Des moments exceptionnels qu’on vit intensément et qu’on oublie rapidement. Ainsi furent les récentes Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) comme d’ailleurs c’est le cas pour tous les festivals qu’on se dépêche d’oublier. Et l’on se précipite pour tourner la page sans prendre la peine de poser quelques questions primordiales. Qu’est-ce qu’elles nous ont apporté ? Qu’est ce qu’on a gardé de cette manifestation cinématographique après les moments d’euphorie, après les bousculades devant les salles de cinéma et ce bouquet de films primés et d’artistes récompensés ? Quel bilan peut-on faire de la précédente édition ? Où sont passés les films des JCC, ces courts et longs-métrages tunisiens et étrangers projetés et félicités par les cinéphiles ? Que reste-il en fait de ce marathon de projections et de ce défilé d’artistes ? Rien. Comme si nous étions pressés pour tout oublier et pour passer au festival suivant.
Au CinemAfricArt, on essaie d’être différent, de présenter un programme qui échappe aux sentiers battus pour fidéliser les cinéphiles et animer cette salle qui a rouvert ses portes en 2007. Une réouverture avec une nouvelle politique à travers laquelle on a cherché à explorer le créneau Art et Essai et présenter des cinémas nouveaux et marginaux qui ne figurent pas dans les circuits commerciaux habituels. Avant les JCC, le public a eu droit à deux nouvelles productions, à savoir «Maradona» d’Emir Kusturica et «L’autre moitié du ciel» de Kalthoum Bornaz. Déjà juste après les JCC, la salle a créé l’événement en programmant «Thalathoun» de Fadhel Jaziri. Autour de ce film, la direction a brodé d’autres activités pour entrer en interactivité avec le public. Des rencontres, des forums de discussion, des blogs où on échange les avis et on se fixe des rendez-vous pour voir le film en groupe…Cette salle a réussi à redynamiser le paysage culturel. Et ce n’est pas tout, car on attend avec impatience les prochains rendez-vous et la programmation d’autres films de très bonne qualité comme «Teza» de Haile Gerima (Tanit d’or des JCC 2008 et d’autres prix), «Khamsa» de Karim Dridi (Tanit de bronze et d’autres prix aux JCC 2008), «Leila’s birthday» de Rashid Masharawi (Tanit d’argent, prix du meilleur comédien), «Ain echams» de Brahim Battout (Prix de la nouvelle démarche artistique) que faute de temps ou du lieu (puisque certains films ont été projetés à guichets fermés), on n’a pas pu les voir.
La direction de cette salle a prouvé qu’on peut beaucoup et mieux faire pour réconcilier le public avec les salles de cinéma. L’expérience menée depuis 2007 en témoigne. Simplement, il fallait arrêter de pleurnicher sur le passé et réfléchir pour trouver le bon filon, pour redémarrer sur de bons rails.

Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com