Dégradation de la relation enseignants-élèves: La faute est partagée





Un enseignant a une noble mission. Celle d’éduquer nos enfants et de leur inculquer le savoir. Un éducateur a également l’obligation morale d’intervenir pour remettre «ses» enfants sur le droit chemin. N’est-il pas celui qui prend la relève pour peaufiner l’éducation de notre progéniture ? Toutefois, la relation entre enseignants et élèves n’est pas exempte de conflits. Nous assistons, en effet, à des dépassements de part et d’autre. Qui a tort ? Qui a raison ? Quels sont les dessous de la dégradation de cette relation?

Tunis-Le Quotidien
Certains élèves ne font pas preuve de sérieux. Ils jouent aux perturbateurs en classe. Ils font l’école buissonnière. Paradoxalement, ils veulent que leurs professeurs les traitent avec estime et respect. De leur côté, certains enseignants semblent agir de manière incorrecte. Poussés par des considérations personnelles, ils commettent quelques déviances… L’administration impute généralement la responsabilité entière aux élèves dans la mesure où un enseignant est censé être au-dessus de tous soupçons. Les parents, quant à eux, ne semblent écouter qu’un seul son de cloche : celui de leurs enfants. Qu’en disent justement les jeunes à ce sujet ?
Nesrine, élève de 15 ans, dit que la majorité des élèves poussent le bouchon un peu trop loin. Toutefois, la jeune fille dit que nombre d’enseignants ne sont pas non plus tout à fait corrects. «Je ne vais pas disculper les élèves juste parce que j’en fais partie ! Je suis persuadée que plusieurs élèves méritent amplement d’être punis et corrigés parce qu’ils dépassent les bornes. Nous allons tous en classe pour apprendre. Et nous sommes tous redevables d’avoir une conduite irréprochable. Or, certains élèves se croient tout permis parce qu’ils ont des parents bien «calés» ou encore parce qu’ils ont reçu une éducation déficiente. Certains se permettent, en effet, de débarquer en classe sans avoir fait leurs devoirs. Et si le professeur les exclut du cours ou les gronde, ils se montrent arrogants et impolis. D’ailleurs même si on convoque leurs parents, cela ne les dérange pas le moins du monde ! Et le comble, c’est que certains enseignants les laissent faire… Et c’est justement ce genre d’enseignants que je considère indignes de respect parce qu’ils sont censés agir de manière équitable avec tous les élèves et qu’ils sont redevables de corriger tous ceux qui dérapent, indépendamment des considérations personnelles. Cela dit, la majorité des enseignants imposent le respect. Lorsqu’ils sont en classe, ils n’ont qu’un seul objectif : nous donner le meilleur d’eux-mêmes. Ils sont sérieux, corrects et équitables. Ce genre de professeurs est généralement respecté. Ils sont considérés comme des parrains, même par les plus arrogants des élèves ! Je dois dire toutefois que certains enseignants sont injustes. Ils sont capables de malmener un élève juste parce qu’ils ne le trouvent pas à leur «goût».
Myriam, élève de 17 ans, pense que la responsabilité de la dégradation de la relation entre enseignants et élèves est très partagée. «Certains élèves, je ne le nie pas, méritent d’être sévèrement corrigés parce qu’ils sont très impolis. Ils font l’école buissonnière, trichent et manquent de respect à leurs professeurs. Pourtant, un élève se doit de respecter le règlement de l’école et ses enseignants et de faire preuve de sérieux. S’il transgresse cette convenance, il mérite d’être corrigé et nul n’a le droit de protester ! N’empêche que certains professeurs ont leur part de responsabilité dans la rébellion des élèves. Il est difficile de respecter un professeur qui se montre injuste ! Certains vont jusqu’à se rapetisser devant un élève auquel ils donnent des cours particuliers. Ce comportement rend indigne de respect aux yeux des autres élèves. Dès lors, le sentiment de mépris entre les deux parties s’accroît et la relation se détériore. De plus, les notes ne sont pas toujours données selon des critères corrects. Nombre d’élèves sont jugés selon des considérations purement personnelles et cela donne naissance à des conflits et des ressentiments. Et certains enseignants refusent d’expliquer le cours aux élèves. Ils disent tout simplement «ce n’est pas mon problème si tu ne saisis pas!» Je tiens à signaler toutefois que ce sont des cas isolés parce que la majorité des professeurs est très digne et je ne crois pas qu’un élève normal puisse manquer de respect à un professeur correct qui impose le respect par son dévouement et sa droiture», dit-il.
Emna, élève de 16 ans, pense qu’un élève bien élevé n’osera jamais dépasser ses limites. Elle croit aussi qu’un enseignant correct ne condamnera pas un élève poli et studieux. «Les enseignants cherchent à donner leurs cours dans une atmosphère saine. L’élève de son côté, veut que son enseignant le traite avec justice et qu’il se consacre à accomplir convenablement sa mission. Le conflit n’aura lieu que si l’un ou l’autre manque à ses devoirs. Nombre d’élèves viennent en classe sans avoir l’intention d’étudier ou d’assimiler le cours. Ils font preuve d’insolence et d’arrogance et se désintéressent de ce que disent leurs enseignants. Ils se désintéressent même des châtiments. Tout ce qu’ils cherchent, c’est de faire l’intéressant pour épater les camarades. Cela perturbe le déroulement normal de la classe d’autant plus si cela devient contagieux. Le professeur peut sentir que la classe échappe à son contrôle. Cela le pousse à prendre des résolutions fermes et peut le mener par ailleurs à commettre des erreurs parce qu’il agit, après avoir subi une pression nerveuse de la part des cancres et des élèves impolis», dit-elle.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com