Sevrage tabagique : Leçons pour un bon traitement de substitution





Par Dr. Elyès Hassine (Pneumologue, tabacologue, Allergologue)
La dépendance nicotinique est une composante de la dépendance tabagique, c’est l’unique addiction physique dans le tabagisme et la seule pouvant bénéficier d’un traitement substitutif. Le syndrome de sevrage observé chez les fumeurs qui viennent d’arrêter est dû essentiellement au manque de nicotine.


* Cycle de l’addiction à la nicotine
La nicotine inhalée passe dans la circulation sanguine et atteint le système nerveux pour se fixer sur les récepteurs nicotiniques induisant alors une libération de dopamine, substance responsable de la sensation de plaisir.
La chute du taux de dopamine entre les cigarettes conduit à l’apparition de signes manque avec une irritabilité et un stress.
Le fumeur se charge alors de nicotine pour restaurer son calme et son plaisir, ils exercent alors une titration de leur tabagisme pour obtenir le maximum de stimulation et échapper au manque et à la compulsion.
 
* Critères de dépendance et syndrome de manque

Selon le livre référence de la pathologie et de la terminologie psychiatrique, les critères de dépendance sont les suivants:
1- La tolérance: qui est le besoin d'accroître les doses consommées pour obtenir l'effet désiré ou diminution des effets à dose consommée constante.
2- Les symptômes de sevrage à la suite d'une période d'abstinence.
3- Fumer plus, ou plus longtemps.
4- Désir persistant de fumer et effort infructueux de diminution ou de contrôle de la consommation avec une pulsion à fumer par ondes.
5- Beaucoup de temps passé à fumer ou à se procurer du tabac.
6- Un abandon ou réduction des activités sociales, professionnelles ou de loisir à cause du tabac.
7- La poursuite du tabagisme malgré la connaissance des risques pour la santé.
3 critères sur 7 permettent de porter le diagnostic de dépendance.
Le syndrome de manque est dû à la baisse de quantifié de nicotine dans l’organisme par rapport à un seuil auquel le fumeur est habitué, il associe des signes somatiques et affectifs, il est dû à l’absence de stimulation des récepteurs de la nicotine et l’interruption de la libération de neurotransmetteurs et se caractérise alors par un ensemble de signes survenant de façon concomitante ou successive:
1. Une humeur dépressive.
2. Une insomnie.
3. Une irritabilité avec frustration, colère et nervosité.
4. Une anxiété associée à un stress.
5. Une difficulté de concentration les premiers jours et qui finit par disparaître.
6. Une agitation avec fébrilité.
7. Un ralentissement du pouls.
8. Une augmentation de l'appétit et/ou prise de poids rapide.
La présence de 4 critères sur 8, dans les 24 heures, suffisent à porter le diagnostic de syndrome de sevrage.
Les grands fumeurs sont à l’évidence ceux qui souffrent le plus des signes de sevrage. Les fumeurs ayant une longue histoire de troubles psychiatriques ont plus de chance de présenter des signes intenses de manque et les patients ayant présenté un syndrome de manque sévère développent plus fréquemment des signes dépressifs.


* Comment évaluer la dépendance à la nicotine?
C’est par le test de Fagerström qui a été validé par la communauté internationale, il consiste à poser 6 questions au fumeur avec pour chaque réponse un score et à la fin un score total de dépendance. Les questions sont les suivantes:
1. Le matin, combien de temps après vous être réveillé fumez-vous votre première cigarette? Dans les 5 minutes: 3 6-30 minutes: 2  31-60 minutes: 1 Plus de 60 minutes: 0
2. Trouvez-vous qu'il est difficile de vous abstenir de fumer dans les endroits où c'est interdit? (P.ex. cinémas, bibliothèques)  Oui: 1  Non: 0    
3. A quelle cigarette renonceriez-vous le plus difficilement? A la première de la journée: 1  A une autre: 0
4. Combien de cigarettes fumez-vous par jour, en moyenne? 
10 ou moins: 0  11-20: 1  21-30: 2 31 ou plus: 3
5. Fumez-vous à intervalles plus rapprochés durant les premières heures de la matinée que durant le reste de la journée?  Oui: 1 Non: 0
6. Fumez-vous lorsque vous êtes malade au point de devoir rester au lit presque toute la journée? Oui: 1 Non: 0
Interprétation: 0-2 non dépendant, 3-6 dépendant, 7-10 très dépendant


* Evolution du syndrome de manque
Malgré son intensité, le syndrome de manque est limité dans le temps, la pulsion à fumer diminue progressivement. Survenant par vagues successives et rapprochées au début, les signes de manque s’amenuisent graduellement et tendent vers la régression en intensité et en fréquence. En l'absence d'aide pharmacologique, le syndrome de sevrage dure en moyenne 3 à 4 semaines.
La variabilité de la durée du syndrome de sevrage (entre deux et huit semaines) est directement liée au degré de la dépendance nicotinique initiale. Après quelques semaines à mois, les pulsions tabagiques cèdent la place à des envies moins violentes qui s’estomperont avec le temps. D’une façon générale, il ne persiste qu’une nostalgie de la cigarette mais des pulsions résiduelles peuvent réapparaître longtemps après l’arrêt avec des accès compulsifs notés même après trente ans de sevrage.


* Traitement de la dépendance nicotinique
Il est basé sur la substitution nicotinique ou les médicaments analogues de la nicotine. L’absence de couverture des signes de manque est un facteur d’échec thérapeutique et un apport suffisant de substituts ou d’analogues nicotiniques attenue le syndrome de sevrage et donne plus de chance de réussite à la tentative en cours. En plus de la réduction des signes de manque, le traitement de substitution assure une nicotinémie faible donc pas d’effet stimulant et une absorption lente (pas d’effet de shoot) à l’origine d’un faible pouvoir addictif, le résultat est l’absence d’entretien de la dépendance. L’analyse de la dépendance nicotinique est essentielle pour ajuster les doses dès les premiers jours, si le syndrome persiste et si le fumeur est très dépendant (Fagerström > 6), il faut augmenter la dose dès 48 heures et les adapter tout au long du protocole thérapeutique. Une durée minimale de traitement de trois mois est nécessaire pour réussir un arrêt qui, une fois obtenu, doit être consolidé par la prise en charge psychologique de l’ex-fumeur et par la soustraction des situations particulières, comme un environnement fumeur, convivial ou stressant.




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com