Les jeunes et la réputation: Une affaire plutôt… féminine !





Partisans de la liberté individuelle, certains jeunes agissent à leur guise. Selon leur logique, nul n’a un droit de regard sur leurs fréquentations et leurs manières d’être ou de paraître ! Ils ignorent les cancans, même s’ils ont une conduite blâmable. Ils laissent donc… jaser ! D’autres, très pointilleux quant à leur réputation, «abattent des montagnes» pour avoir une réputation… «clean». Qu’en disent justement les jeunes ?

Tunis-Le Quotidien
Des jeunes hommes portent des boucles à l’oreille, des pantalons très taille basse et exhibent leurs tatouages sur les biceps! Ils se permettent même quelques mots grossiers et éclusent quelques verres… De leur côté, certaines filles n’éprouvent aucune gêne à circuler la main dans la main avec leurs petits amis. Elles exhibent volontier une allure «suggestive». Et peuvent même tirer quelques bouffées sur leurs clopes en pleine rue. Cette attitude voue aux «mecs» une admiration de la part de certains de leurs pairs. Quant au nombril en l’air et au décolleté généreux, ils semblent étrangement faire la popularité des «nanas» auprès de certains «mâles». Il semble, par la force des choses, que ces jeunes ne font aucune attention à leur réputation. Or, ils ne semblent pas avoir conscience d’enfreindre les lois sociales… Ces attitudes nuisent à leur réputation. Et ils sont regardés de travers… Mais, «Les chiens aboient, la caravane passe», pensent-ils !
Islam Laâbidi, 19 ans, ne fait pas attention à ce que disent les autres. Le jeune homme laisse médire tant qu’il se sait sur la bonne voie. «D’abord, quoi qu’on fasse, on ne peut jamais plaire à tout le monde. Il y aura toujours quelqu’un qui ne nous trouvera pas à son goût. Est-ce une raison pour que je change sans cesse d’attitude ? Sûrement pas ! Ce n’est pas parce que ma tenue ne plaît pas à un certain x, que je vais changer d’apparence ! Tout ce dont je suis redevable est de respecter les autres. Et puisque je veux que les autres fassent preuve de décence lorsqu’ils me voient accompagné de ma mère ou de ma sœur, je dois faire à mon tour preuve de mesure. Cela dit, les autres n’ont le droit de riposter que si je leur manque de respect ou que je les agresse. Le cas échéant, cela prend une forme d’immixtion indue dans mes affaires personnelles. Je suis certes obligé de m’incliner devant les normes et les convenances sociales, mais j’ai également le droit de choisir mon apparence et mes fréquentations. Parfois, il suffit qu’on me voie avec un garçon dit «délinquant», pour me coller une mauvaise réputation ! Je trouve cela très injuste. On ne doit pas se fier aux apparences et au bruit qui court. Nous n’avons pas le droit de juger les autres. Toutefois, ce que je dois dire, c’est que dans notre univers juvénile, nous avons des normes propres à nous et si je fais en sorte d’éviter certaines personnes parce qu’elles ont une mauvaise réputation, c’est moi qui vais avoir des problèmes… Je serais en train de marcher à contre courant ! Pour finir, je dirais que je ne m’en fais pas du tout de ce qu’on dit de moi. Après tout, je ne suis pas une fille ! L’essentiel, c’est que je sois convaincu de ce que je fais», dit-il.
Mahmoud Talbi, 18 ans, tient compte de ce que disent les autres. «Les considérations d’autrui font notre réputation. Si je vais me désintéresser de ce qu’ils pensent, ce serait comme si je faisais exprès de nuire à ma propre réputation. Je fais donc en sorte de bien choisir mes amis et de ne jamais avoir des écarts de conduite pour ne pas être victime des mauvaises langues. En effet, les autres ne peuvent pas deviner qui nous sommes. Ils nous jugent d’après ce qu’ils voient et c’est ce qui fait l’importance des apparences. Chacun est redevable d’avoir une conduite irréprochable s’il aspire à être respecté. Je pense que nous sommes responsables de l’étiquette qu’on nous colle. Il faut être au-dessus de tout soupçon, bien choisir ses amis et ses fréquentations, respecter les autres et surtout ne pas dépasser les limites de la décence. On ne peut pas demander aux autres de nous respecter si on ne se met aucune limite ! Il est évident que les autres vont… jaser. Et personne ne peut stopper le bavardage. Toutefois, la réputation n’est pas de premier plan pour les garçons. Par contre, cela a une importance capitale pour une fille», dit-il.
Houssine Amri, étudiant de 21 ans, pense aussi que la réputation concerne beaucoup plus les filles que les garçons. «Le fait de vivre dans une société patriarcale impose que les filles aient une tenue irréprochable. Que l’on le veuille ou non, les filles ont beaucoup plus de contraintes que les garçons. Si ce dernier fume dans la rue, c’est…normal ! Mais une fille qui tient une cigarette devant les autres, c’est vraiment la honte ! Ceci n’empêche que même les garçons ne peuvent pas tout se permettre ! Je ne peux pas par exemple prononcer un mot déplacé devant une personne adulte tout en aspirant à être respecté ! En outre, j’ai l’obligation morale de ne pas franchir certaines frontières et surtout de respecter les autres pour qu’ils me respectent à leur tour», dit-il.
Aymen Zarrouk, étudiant de 22 ans, partage le même avis. Il ne tient pas vraiment compte de ce que peuvent dire les autres tant qu’il est convaincu de ce qu’il fait. «La réputation est plutôt une affaire féminine. Un homme, lui, peut tout effacer. D’ailleurs, il est très rare qu’on demande des renseignements à propos de la réputation d’un homme. On se fie à ce qu’on voit à l’instant présent. Et même si un garçon s’est permis quelques écarts, on oublie tout du moment qu’il décide de s’améliorer. Une fille par contre doit être très vigilante quant à sa réputation. Il suffit d’une seule erreur pour qu’elle soit étiquetée à jamais. Et il est vraiment très difficile qu’elle puisse se refaire une réputation toute propre et neuve», dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com