Les jeunes et l’introversion: L’entourage complique les choses





Ils sentent l’adrénaline leur monter aux joues dès qu’ils sont interrogés par leurs professeurs. Ils se mettent à bégayer lors des épreuves orales. Les jeunes timides et introvertis sont généralement gagnés par un complexe d’infériorité. Ils risquent de basculer dans la déprime, de devenir des cancres et de sombrer dans la médiocrité s’ils ne reçoivent pas l’aide qu’il faut. Qu’en disent les jeunes ?

Tunis-Le Quotidien
Il est fréquent qu’un adolescent ait des malaises. Ces épisodes cafardeux sont généralement bénins. Bien souvent passager, il faut prendre ce mal en patience. L’adolescent peut, en effet, avoir des inquiétudes passagères sans qu’il ne s’agisse d’un trouble ou d’une timidité « chronique ». Il faut en revanche s’inquiéter si ces comportements anormaux persistent. Si cette introversion est particulièrement marquée, l’adolescent risque de développer un réel handicap qui compromettrait son côté relationnel et sa vie estudiantine. Cette timidité exagérée peut être synonyme de dépression ou de trouble psychologique. Nombreux professeurs, fins psychologues, encouragent les élèves timides et introvertis à s’extérioriser. Ils arrivent à les réhabiliter. L’élève reprend donc confiance en lui-même et dépasse tant bien que mal son handicap. Or, d’autres enseignants bloquent davantage ces élèves à problèmes… De plus, ces jeunes font souvent et malheureusement l’objet de dérision de la part de leurs camarades. Ils se replient donc davantage sur eux-mêmes. Ils peuvent même aller jusqu’à être convaincus qu’ils sont au-dessous des autres et sombrent dès lors dans un profond océan de négativité et de déprime…
Béchir, 17 ans, n’a pas un tempérament timide. Certes, certaines situations peuvent l’intimider, mais cela se limite à des conditions gênantes qui peuvent l’embarrasser par moments. En revanche, il a eu affaire à des camarades qui souffrent à cause de leur timidité. «A mon avis, les jeunes trop timides doivent souffrir d’une éducation trop rigide. Ils ont dû avoir droit à des corrections sévères. Lorsqu’on n’est pas épanoui, cela nous rend angoissés. Notre timidité ne peut être dépassée que si l’on reprend confiance en nous-mêmes. Or, certains jeunes ont tellement peur de tomber dans l’erreur qu’ils finissent justement par commettre des impairs. Et ce qui peut compliquer davantage les choses, c’est que ces personnes timides peuvent faire l’objet de raillerie, de moquerie et de dérision de la part des camarades et parfois même de la part des… professeurs ! Il suffit qu’ils ne répondent pas juste, qu’ils rougissent, se bloquent ou bégaient pour que toute la classe se moque d’eux. Il est normal que cela les affecte et nourrit chez eux des complexes. Ils perdront totalement confiance et le problème ne peut donc qu’empirer. Toutefois, certains camarades et professeurs comprennent ce blocage et leur tendent la main pour les aider à s’en sortir. En ce qui me concerne, je n’ai jamais été bloqué chez moi. Ma famille m’a toujours encouragé à prendre des initiatives. Lorsque je commets des erreurs ou que j’ai des résultats scolaires au-dessous de leurs attentes, les parents n’agissent pas de manière très sévère», dit-il. Haythem, 16 ans, dit qu’il n’a pas de problème de timidité non plus. «On pense que seules les filles peuvent se montrer timides. C’est faux ! Ce sont les garçons qui sont plus enclins à avoir ce tempérament. Mais cette timidité n’est pas toujours alarmante. Certains ne se montrent timides que lorsqu’ils abordent une fille ou lorsqu’ils doivent parler en public. D’autres, en revanche, paniquent au moindre pépin, et ce, sans aucune raison! Un timide peut être dans tous ses états pour une raison vraiment banale et c’est ce qui pousse d’ailleurs les autres à se moquer de lui. Ils ne comprennent pas son malaise et le prennent pour un trouillard. Or, en général, il s’agit de quelqu’un qui souffre vraiment parce qu’il n’arrive pas à surpasser cet handicap et à maîtriser ses pulsions. Toutefois, les professeurs se montrent en général compréhensifs. D’ailleurs, plusieurs de mes anciens camarades ont pu sortir de leurs coquilles grâce aux encouragements de nos enseignants. Ces appuis les aident à se sentir en sécurité. Ils avancent et reprennent confiance. J’ai vu de mes yeux des timides se transformer de cancres en des élèves brillants, grâce à l’encouragement des enseignants. Parce que, souvent, ils ont de vrais talents cachés et il suffit qu’ils trouvent l’aide qu’il faut pour que ces talents « explosent », dit-il.
Nadia, 16 ans, a un camarade très timide. Ce qui le rend victime d’une dérision sans merci… « L’un de mes camarades de classe est vraiment timide. Le problème, c’est que ses efforts n’aboutissent pas parce qu’il est souvent sujet à des critiques outrées. Parfois, il ne répond pas juste à une question et le professeur ainsi que les camarades se mettent à en rire. Par moments, je m’attendais à ce qu’il explose, tellement on le taquinait ! Mais…rien ! Il reste silencieux et encaisse ! Aucun mot ne sort de sa bouche. Pis encore, il se met à trembler et son visage rougit. Les professeurs pensent toujours qu’il ne fait pas assez d’efforts et qu’il est paresseux. Alors ils lui crient dessus et l’excluent du cours. Mais non, il a un autre problème ! Son introversion ne peut traduire qu’une souffrance profonde. J’aimerais tant l’aider, mais il ne veut jamais en parler. Lorsqu’il est avec les copains, il essaye d’être normal et nul n’ose aborder ce sujet avec lui », dit-elle.
Ons, 16 ans, a également un camarade introverti. Il lui fait de la peine tellement les autres le tournent en bourrique. « Un camarade de classe a un tempérament tellement timide et introverti que tous les autres le traitent… d’efféminé. Il rougit très vite et ne côtoie pas les garçons. Il fait donc l’objet d’une rude attaque aussi bien de la part de ses camarades que de celle des enseignants. Je suis contre ce comportement ! On ne doit pas rire des malheurs des autres. Je sais pourtant que les timides ont parfois un quotient intellectuel élevé, mais j’ai comme l’impression que les idées se brouillent dans leur tête et qu’ils répondent faux par panique ! Je pense que les moqueries ne font que les handicaper davantage. Parfois, ils ne disent plus aucun mot tellement ils craignent qu’on les tourne au ridicule », dit-elle.
Issâad, 16 ans, ne partage pas le même avis. La jeune fille pense qu’une thérapie de choc peut aider ces jeunes à sortir de leur cocon. « A vrai dire, je fais partie de ceux qui se moquent des autres… Moi, étant fille, je fais parfois preuve de plus de courage que certains garçons ! Je trouve ridicule qu’un garçon rougisse ou se mette à bégayer si l’enseignant lui adresse la parole ! S’il est secoué à chaque fois et s’il sait qu’il va faire l’objet d’une moquerie, cela finit par l’énerver. Et c’est justement ce que l’on cherche. Nous voulons l’énerver pour qu’il sorte de ses gonds et riposte. Cette provocation finira sûrement par le débloquer un jour ou l’autre », dit-elle.     
                                         
Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com