Les jeunes et la mythomanie : Mensonges sur fond de complexes





Certains jeunes mentent pour éviter des problèmes. D’autres pour se vanter. Mais il y a également ceux qui mentent comme ils respirent: une pathologie qui relève de la mythomanie et qui cache, semble-t-il, des problèmes psychiques graves. Qu’en disent les jeunes à ce sujet?


Tunis-Le Quotidien
L’on confond généralement le simple mensonge avec le mensonge pathologique. Certains peuvent ridiculiser et tourner en dérision les menteurs, s’ils les prennent « la main dans le sac ». Ils les jugent bluffeurs et frimeurs. Or, le problème peut avoir des dessous plus profonds… Les menteurs peuvent, en effet, croire à ce qu’ils inventent et confondent la réalité avec leur imagination. Selon les spécialistes, la mythomanie est une maladie d’essence névrotique ou psychotique. Ils la classent dans le cadre de l’hystérie où des personnes se créent des mondes fantastiques. Une sorte de compensation qui comble leur réalité non satisfaisante. Même si ces «malades» conservent toujours un certain ancrage dans la réalité, leur délire mythomaniaque est construit avec une logique interne qui n’obéit qu’à elle-même…
Marouane, 20 ans, a un ami qu’il qualifie de frimeur et de bluffeur. Le jeune homme en question semble prendre ses désirs pour des réalités. Ce qui lui vaut des quolibets assez sévères. « J’ai un ami qui fabule tout le temps. Il invente des histoires invraisemblables quotidiennement. Et le comble, c’est qu’il s’énerve quand on s’en aperçoit. Je pense qu’il doit souffrir d’un énorme complexe d’infériorité. Il a toujours envié ceux qui portent des habits de marque et qui possèdent des gadgets sophistiqués. Il s’adonne donc à ces mensonges pour se vanter et se sentir égal à eux. C’est le seul moyen qui lui procure satisfaction et qui lui permet de compenser ce qu’il ne possède pas réellement. Cela dit, le mensonge frimeur est devenu contagieux de nos jours ! Je ne comprends vraiment pas pourquoi de plus en plus de jeunes dans mon entourage mentent et de manière aussi flagrante. Et ce qui est encore plus déconcertant, c’est que rien ne les pousse à mentir », dit-il.
Mohamed Salim, 20 ans, est persuadé que plusieurs jeunes sont en passe de devenir de vrais mythomanes. «Certains veulent se faire passer pour des mythomanes pour que personne ne les contrecarre et pas parce qu’ils se plaisent dans ce petit jeu de frime poussé à l’extrême. D’autres, en revanche, sont réellement malades ! Mais pour les uns comme pour les autres, il s’agit d’un profond complexe d’infériorité qui les ronge de l’intérieur. Ils ne peuvent le camoufler que via des mensonges extravagants. Leur manque de confiance en eux les pousse à mentir parce qu’ils ont l’impression qu’ils ne seront jamais respectés ou acceptés tels qu’ils sont réellement. Il suffit qu’ils arrivent à voir leur réalité en face, qu’ils cherchent leurs atouts réels pour qu’ils guérissent de ces mensonges chroniques. Mais le problème, c’est qu’ils plongent profondément dans ce monde fictif qu’ils inventent de toutes pièces. Oui, lorsque un vis-à-vis vient me dire qu’il change de téléphones portables toutes les semaines, qu’il prétend avoir un énorme compte bancaire ou qu’une artiste de renom lui court après alors qu’il est issu d’un milieu très modeste et qu’il a une tête très ordinaire, il doit sûrement y avoir un hic ! Et ce qui est encore plus marquant chez ce genre de frimeurs, c’est qu’ils ne sont pas obligés de prétendre toutes ces choses. Ils le font de juste pour…épater. Mais ils ne récoltent que la dérision et les moqueries parce que nous ne sommes pas dupes pour « gober » des mensonges aussi flagrants », dit-il.
Sami, 20 ans, pense que les menteurs ont un problème d’intégration. « Je crois que les mythomanes ont du mal à s’intégrer aux autres. Ils ont peut-être été rejetés par leur entourage ou qu’ils n’ont pas de vrais amis et cela les tarabuste depuis la petite enfance. Alors, ils se mettent à inventer des histoires pour se faire…accepter ! Généralement, ces personnes-là ont des problèmes d’argent et croient qu’elles peuvent être aimées si elles se font passer pour des riches. Ces jeunes ont probablement aussi des problèmes affectifs. Ils compensent donc ce vide affectif à travers des histoires de conquêtes amoureuses tout à fait fictives. Dans tous les cas, il s’agit de personnes ratées et malheureuses. Leur mensonge pathologique explique leur besoin urgent de créer un monde fantastique et imaginaire qui les met dans une peau de quelqu’un de parfait et qui réussit bien sa vie. Au fond, ces personnes se sous-estiment. Et ce complexe d’infériorité les pousse au mensonge. Cela leur permet d’échapper à la réalité et se faire apprécier, croiraient-ils. Or, le mensonge leur voue le mépris ou, au meilleur des cas, la pitié et la compassion de la part des autres. En ce qui me concerne, je trouve cela assez drôle ! En fait, lorsque je m’ennuie, je fais appel à l’un de ces mythomanes pour l’écouter fabuler. Et ce qui est encore plus drôle, c’est qu’à force de mentir, ils finissent par croire à leurs mensonges. Et franchement…cela m’amuse, même si parfois, ils me font vraiment de la peine !», dit-il.
Mohamed,  18 ans, pense que les mythomanes vivent une grande illusion. « Je ne peux pas du tout croire à ce que le mensonge ait une origine pathologique ! Si l’on va croire que les mégalomanes, les mythomanes et les cleptomanes existent réellement, ils doivent souffrir d’une défaillance mentale. Or la majorité de ces « cas » que j’ai croisés ne montrent aucun déficit mental. Ils sont juste…complexés ! Je n’admets pas que quelqu’un arrive à croire à un mensonge qu’il a lui-même inventé ! Les soi-disant mythomanes préparent leur mensonge à l’avance. Lorsqu’on leur prête une ouïe attentive, ils improvisent et laissent libre cours à leur imagination. Ils rapportent des images qui ne se passent que dans leur tête et les balancent en tant que faits réels. Pourquoi ? A mon avis, cela est dû à leur complexe d’infériorité engendré par leurs conditions matérielles défavorables ou par un choc affectif. S’ils ont souffert suite à un amour non consommé ou un rejet des autres, ils trouvent refuge dans le mensonge », dit-il.


Abir CHEMLI 




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com