Trois questions à M. Mansour Ben Saied, président de l’ATAI





Trois questions à un patron M. Mansour Ben Saied, président de l’ATAI (Tunis) “L’audit interne est un facteur d’attrait de l’investissement étranger” “Gouverner une entreprise” est de nos jours un peu comparable à “Gouverner un Etat”. La gestion de ses différents organes et structures nécessite un système d’analyse solide et fiable, mais surtout polyvalent et qui tient compte de la spécificité de chaque organe. Dans l’entreprise, le système “audit interne” est un système de gouvernance. Dans cet ordre d’idées, l’audit tunisien manque d’après M. Mansour Ben Saied, président de l’Association tunisienne des auditeurs internes, de maintes choses pour être le bon “partenaire” pour l’entrepreneur. Le Quotidien: Qu’est-ce que l’audit interne et en quoi est-il utile pour l’entreprise? M. Mansour Ben Saied: Il faut dire que, pour une entreprise de biens ou de services qui a une multitude de structures gérant d’innombrables fonctions, il faut absolument qu’il y ait un système de surveillance et de suivi qui assure en quelque sorte la sécurisation de son investissement. Cette entreprise, généralement de grande taille, a besoin d’une information financière fiable pour pouvoir progresser sans risques de faillite. L’audit interne se charge de l’analyse des risques dans un environnement caractérisé par un perpétuel changement. Dans ce contexte, une erreur peut provoquer des dégâts imprévisibles qui risquent de menacer la survie même de l’entreprise. L’intervention de l’auditeur interne, qui accompagne les différentes étapes du fonctionnement de l’entreprise, consiste à proposer le conseil et faire une analyse anticipée et futuriste pour, enfin, préconiser les orientations, aussi bien pour le futur que pour le présent. Les entreprises se sont habituées à se plaindre de la qualité de l’environnement alors que le dysfonctionnement est dans la plupart du temps tributaire d’une fausse manœuvre ou d’une information erronée. Le Quotidien: Le modèle tunisien d’audit est-il assez performant pour assurer le bon fonctionnement d’une entreprise? M. B.S: Il existe une structure universelle d’audit qui gère et contrôle tous les systèmes de cette fonction dans les différents pays du monde. Cet organisme, en l’occurrence “The Institute of Internal Auditors” (IIA), chapeaute plus de 80 mille auditeurs internes dans le monde. L’Association Tunisienne des Auditeurs Internes (ATAI) qui rassemble les auditeurs tunisiens et œuvre bien évidemment sous la tutelle de l’IIA, appartient par ailleurs au modèle des pays francophones et fait aussi partie de la confédération méditerranéenne des auditeurs internes. Pour l’expérience tunisienne, l’environnement économique a connu l’audit depuis les années 70 quand les services de la STEG, la SONEDE et autres ont incorporé l’audit interne dans leurs structures. La liste s’est élargie, ensuite, pour voir l’engagement des banques avec un système joignant inspection et audit. Actuellement, j’ose dire qu’on a enregistré une bonne évolution de la pratique de l’audit dans les entreprises tunisiennes. De ce fait, une étude est faite tous les 3 à 4 ans pour évaluer l’efficacité de nos auditeurs et détecter les lacunes qui peuvent entraver l’action. L’ATAI participe dans ce chapitre à hisser les capacités des auditeurs tunisiens à travers l’organisation régulière de cycles de formation et de séminaires internationaux pour encourager les auditeurs à s’approprier les dernières nouveautés de la profession. Il faut signaler, de même, la participation des dirigeants d’entreprises qui est de plus en plus grandissante. Grand nombre de directions générales veillent, dans ce sens, à faire participer leurs corps d’audit interne à des conférences internationales à l’étranger, et ceci témoigne de leur confiance en notre association. Le Quotidien: Dans la pratique de l’audit au sein de l’entreprise, quelles sont les éventuelles lacunes qui ralentissent le fonctionnement normal de l’audit interne? M. B.S: Si on a franchi des pas considérables dans le domaine de l’audit d’entreprise, il reste cependant beaucoup de travail à faire. L’entreprise, qui se compose de diverses fonctions se chargeant de nombreuses tâches (financières, juridiques, informatiques…), nécessite en effet une spécialisation appropriée d’auditeurs. Aujourd’hui, très peu d’entreprises disposent d’auditeur-informaticien, auditeur-financier ou bien auditeur-juriste. Cette faille fait que la pratique de l’audit interne, jusque-là appliquée dans les entreprises, est en deça des objectifs finaux de l’entreprise consistant à localiser les dysfonctionnements spécifiques à chaque service. Ce que ne permet pas un audit non-ciblé. D’un autre côté, on peut constater que les PME qui peinent à se développer et à atteindre la phase de maturité souffrent, en réalité, de problèmes de gestion liés directement à son environnement intra-entreprise. A ce stade, l’audit serait incontestablement “le partenaire” pour franchir le pas et réduire les risques. Nous déplorons également l’absence, jusqu’à ce jour, d’un travail en commun entre le corps patronal représenté par l’UTICA et notre Association d’auditeurs internes (ATAI), sauf quelques correspondances en attendant qu’on établisse un planning de travail impliquant les diverses parties concernées. Toujours dans le souhait de voir toutes nos structures et institutions fonctionner de la manière la plus performante, on doit penser à instaurer l’audit dans l’administration, car cela aura pour objectif d’aboutir à une meilleure gestion du travail avec la délimitation des pouvoirs à travers un système de surveillance continue. Pour récapituler l’importance de l’audit, disons que l’investisseur étranger exige, en premier lieu, une information transparente et fiable sur l’environnement où il entend investir; et si néanmoins, l’information diffusée est erronée faute de manque d’audit , il n’y aura pas, par conséquent, d’investissement étranger. Hassen GHEDIRI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com