Les jeunes et le sarcasme : Ils trouvent cela… drôle !





Certaines personnes possèdent «l'art» de la remarque perfide. Ils choisissent généralement leur victime auprès des personnes les plus dociles pour la brocarder et lui faire subir des sarcasmes répétitifs… Plus qu’une ingénue forme de sarcasme, ces messages négatifs sont de véritables poisons qui prennent la forme d’un harcèlement moral. Les persifleurs en ressentent du plaisir. Ils trouvent cela drôle ! Et les victimes en souffrent même si elles se montrent… cools !


Tunis-Le Quotidien
Généralement, un persifleur essaye de «gommer» toutes les qualités de sa victime. Il fait en sorte de lui répéter qu'il ne vaut pas grand-chose jusqu'à l'amener à le croire. Dans le monde juvénile, nombreux sont ceux qui font subir ce mal aux autres, sous le nom de la plaisanterie. Les persécuteurs se moquent des convictions de leur victime, se gaussent de leurs points faibles et mettent en doute leurs capacités. Ils peuvent aussi utiliser des regards méprisants ou des critiques dissimulées toujours sous une forme de plaisanterie. Cela donne naissance à une véritable souffrance intérieure d’autant plus si la «victime» est une jeune personne encore à la recherche de repères. Le persécuteur a la plupart du temps une intention perverse. En effet, si la «victime» se met à s’autocensurer et qu’elle finit par croire qu’elle manque réellement de potentialités, c’est que son «agresseur» a réussi à la déstabiliser et à la maintenir sous son emprise…Il pourra donc pérorer et rester en position dominante. Et la personne «harcelée» de se retrouver fréquemment prise au piège…
Aymen, 18 ans, pense que les dessous de ce phénomène sont vraiment complexes. «Il existe trois catégories de critiques à mon sens. Les parents et parfois les enseignants peuvent nous secouer juste parce qu’ils veulent nous voir réussir parfaitement notre vie. Ils nous remuent pour que nous donnions le meilleur de nous. Et il y a ceux qui agissent de la sorte pour se payer du bon temps… Le fait de railler les autres leur donne une certaine satisfaction. Certes, ils utilisent parfois un jargon provocateur et humiliant, mais ils peuvent avoir une innocente intention de… rigoler ! Mais chez la troisième catégorie, le sarcasme fait partie de tout un plan de harcèlement dont les intentions sont viles et perverses. Les persifleurs cherchent à briller aux dépens de leurs «victimes». Dans tous les cas, une critique négative et répétitive ne peut que nuire. Certes, l’on a parfois besoin d’une légère secousse pour s’améliorer, mais il arrive que cela ait un effet contraire. Les parents peuvent dire par exemple à leur enfant qu’il est nul et ne vaut rien : ce à quoi ils aspirent, c’est de voir leur enfant redoubler d’efforts. Or, cet enfant risque de se convaincre qu’il est vraiment nul. Il ne fera plus le moindre effort puisque, de toute façon, il ne vaut pas grand-chose ! Un ami peut aussi nous secouer pour qu’on s’améliore. Mais là aussi, cela risque d’avoir un effet contraire. Personne ne peut supporter d’être tout le temps critiqué ! C’est un supplice qu’on inflige aux autres et personne ne peut vivre avec ça. Quant aux persécuteurs, je crois, que si l’on fouille dans leur vie, on va en trouver des catastrophes ! Et c’est justement parce qu’ils reconnaissent au fond d’eux-mêmes que leur vie est une série d’échecs qu’ils cherchent à rapetisser les autres… Juste pour se valoriser», dit-il.
Hamza, 16 ans, s’adonne volontiers aux sarcasmes. Le jeune homme pense que toute personne qui se fait attaquer de manière aussi féroce et répétitive doit forcément… le mériter ! «Au départ, on peut hâtivement jeter notre dévolu sur quelqu’un pour le taquiner. S’il riposte, on va craindre son revers et on ne piétinera plus sur son territoire. En revanche, s’il se laisse faire, il sera considéré comme le souffre-douleur de tous. C’est un jeune un peu bébête qu’on tourne en dérision. Cela nous permet d’en rire parce qu’on sait d’avance qu’il va, l’air stupide, accepter de se faire malmener. Si c’est cruel ? Non ! S’il a l’air stupide et naïf, c’est bien parce que c’est vrai. Cela nous permet de rire et lui permettra peut-être un jour de se secouer un peu et faire preuve de moins de mollesse ! Mais ce qui est drôle, c’est que ces personnes entrent dans le jeu et se laissent faire. Je crois que leur apathie est due à une éducation draconienne et trop sévère. Si l’on doit en vouloir à quelqu’un, ce n’est sûrement pas à nous ! On le fait juste pour plaisanter. En revanche, il faut en vouloir à leurs parents qui les ont poussés à être aussi couards», dit-il.
Ahmed, 17 ans, peut aussi glisser quelques «flèches» aux autres, mais cela ne dépasse jamais le cadre de la plaisanterie. «Je dois d’abord préciser que je n’ai jamais eu l’intention de blesser quelqu’un. Je veux juste passer un bon moment. Les autres (ceux de qui on se moque) le savent et ils l’acceptent avec le sourire. Cela se passe entre copains, juste pour plaisanter. Si cela les dérange, ils n’ont qu’à riposter ! Or, ils ne rétorquent jamais. Ils savent qu’on ne leur veut aucun mal. Mais à vrai dire, ces personnes sont fragiles. Elles sont inoffensives et peu intelligentes et c’est ce qui encourage les autres à les tourner en bourrique», dit-il.
Saïfeddine, 18 ans, pense que si une personne ne met pas le holà dès la première remarque déplacée, elle portera l’étiquette de souffre-douleur pour toujours. «A mon sens, les personnes timides, trop sages et qui manquent de confiance en elles, sont les proies les plus faciles des persifleurs. Si l’on se montre sûr de soi, on nous laissera en paix ! Il suffit d’agir dès le début pour que plus personne ne nous dérange. En revanche, si on se laisse faire une seule fois, on est aussitôt pris au piège! Les autres ne nous rateront pas ou bien pour se payer du bon temps ou bien encore pour briller à nos dépens», dit-il.
Tahar, 18 ans, recherche continuellement quelqu’un pour le tourner en ridicule. «Je peux me moquer de la façon de parler, de s’habiller, ou même de la tête de quelqu’un. Cela me permet d’en tirer satisfaction. Et tous les copains en rient. Mais ce n’est pas vraiment méchant! La plupart du temps, celui qui se fait rouler est quelqu’un qui manque de confiance. On le secoue pour qu’il soit plus en harmonie avec lui-même. Mais, les victimes de sarcasme ne ripostent jamais. Leur attitude passive fait écho à une fragilité identitaire ou à un manque d'estime. En tout cas, à force de faire l’objet de raillerie, ils arrivent à en rire à leur tour. Je trouve que c’est un moyen de les rendre moins susceptibles. Et c’est déjà ça, non ?», Se demande-t-il…


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com