Les jeunes et les bonnes manières : Une question de nature et d’éducation





Certains jeunes font preuve de tact et de civilité. Ils sont polis et bien élevés. D’autres, en revanche, manquent de savoir-vivre et de délicatesse. Ils se permettent des écarts de conduite au vu et au su de tous. Qui en est responsable ? Est-ce que les jeunes connaissent justement le sens des bonnes manières ?


Tunis - Le Quotidien
Que du tapage du côté des jeunes ! Vrombissement des cylindrées, musique déchaînée qui dépasse le seuil de la tolérance auditive, fous rires… Et cela ne s’arrête pas là… En effet, nombre de dépassements sont à signaler dans les rangs juvéniles : Dans les salles de cinéma, les moquettes sont parsemées de déchets et de glibettes. Les rues sont fâcheusement décorées de papiers en mouchoirs, de cahiers déchirés, de boîtes de soda, de coques d’œufs et autres restes de sandwichs. Les stations de bus et les murs sont désagréablement maculés de graffitis et de saleté. Certains jeunes se laissent aller à des pratiques parfois outrées. Ils ne cèdent pas leurs places aux vieilles gens dans les transports en commun. Ils se permettent de répondre de manière effrontée aux personnes âgées. Ils tournent en dérision tous ceux qui ne sont pas…à leur goût. Ils osent prononcer des mots injurieux et incorrects sans avoir froid aux yeux. Ils peuvent se montrer insolents avec leurs professeurs… Et les bonnes manières dans tout cela ? Ils ne connaissent pas, tout simplement…
Tarek, 17 ans, pense que certains peuvent ignorer totalement ce dont leur enfant est capable une fois livré à lui-même. Le jeune homme trouve donc injuste que la responsabilité soit uniquement attribuée aux parents. «Certains jeunes, et spécialement des adolescents, n’incluent pas du tout les bonnes manières dans leur répertoire. On ne peut pas pour autant inculper la famille. Il est vrai, qu’en général, le comportement des jeunes reflète l’image de leur éducation. Mais ce qui est sûr, c’est que tous les parents souhaitent que leurs enfants soient polis et courtois. Donc à mon sens, c’est plutôt une question de nature. Ceux qui se montrent frustes et impolis le font parfois pour se forger un blindage et se protéger contre les agressions extérieures. Petit à petit, cette impolitesse devient partie prenante d’eux-mêmes. Ils croient que le langage de la force est le seul moyen qui poussera les autres à les repecter. En revanche, l’on allie toujours la bonne conduite à une certaine vulnérabilité. Ce qui n’est paradoxalement pas très faux ! Cela dit, ceux qui ont reçu une bonne éducation finiront tôt ou tard par retrouver le droit chemin même si, par moments, ils ont déraillé. Dans tous les cas, c’est toujours à la famille de suivre l’enfant et de ne jamais se fier à l’image qu’il donne lorsqu’il est à la maison. Parce qu’un géniteur est le seul à pouvoir y mettre bon ordre», dit-il
Yacine, 17 ans, pense que la famille est le premier responsable du manque de tact et de l’impolitesse chez l’enfant. «Si un jeune manque de bonnes manières, c’est aux parents que ce déficit doit être imputé. Croyant bien faire, certains misent sur la sécurité matérielle de leurs enfants, les gâtent et les couvrent d’affection tout en négligeant le côté éducatif ! Ils croient, à tort, que cela suffit pour que leurs petits soient de bonnes «graines» ! D’ailleurs, nombre de parents ne connaissent pas, eux-mêmes, les abc des bonnes valeurs. Comment peut-on donc inculquer des principes à un enfant si nous ne sommes pas capables de représenter le bon exemple à suivre ! En outre, certaines déchirures et certains problèmes familiaux donnent naissance à ce déficit. Les parents en désaccord oublient que leurs enfants ont le droit de vivre dans une atmosphère saine. Au lieu de leur apprendre les bonnes choses, chacun essaye de monter son fils contre l’autre parent «adversaire». Et cela ne peut que pousser cet enfant sur la mauvaise voie. Au lieu de l’aider à évoluer, de discuter avec lui et de lui inculquer les principes de la politesse, ils le font entrer dans une ambiance d’acharnement et de ressentiments. Il est tout à fait normal qu’il soit perdu ! De plus, certains parents sont beaucoup trop occupés pour donner du temps à leur enfant. Ils couvrent certes ses frais et le punissent quand il commet des erreurs mais sans trop prendre la peine de lui expliquer le pourquoi du comment. Ils croient avoir accompli leur rôle parental comme il se doit ! Or, un jeune peut frapper à la mauvaise porte s’il veut avoir des réponses à ses multiples questions et ce à ses risques et périls. Moi, je dois mon éducation à mes parents. Ils ont toujours été là pour m’apprendre les règles de la politesse et les principes de base», dit-il.
Ibrahim, 17 ans, pense que l’entourage externe et les médias influencent beaucoup les jeunes et causent une certaine dégradation des valeurs. «Un enfant est sous l’aile de ses parents jusqu’à l’âge de l’école. Si la mère travaille, il sera livré à la crèche précocement, ensuite il va à l’école qui rassemble différentes catégories sociales. La constitution de l’enfant ressemblera donc à une sorte de mosaïque où les pièces s’accordent mal. Les parents lui inculquent très peu de choses comparativement à ce qu’il va apprendre de la part de son nouvel entourage étant donné qu’il passe beaucoup plus de temps dehors que chez lui. S’il acquiert une bonne base éducative depuis la petite enfance, cela va permettre une certaine immunité. Par contre, si l’éducation boîte ou ne s’avère pas approfondie, il s’influencera par cet entourage extérieur. Une jeune personne est de stature fragile et manipulable. Et puisque les médias étrangers nous matraquent aujourd’hui de nouvelles normes très différentes des nôtres, les jeunes peuvent tomber dans le piège de l’imitation aveugle. En parallèle, ces jeunes peuvent être influencés par des fréquentations où l’insolence est reine. Oui, malheureusement, l’absence des bonnes manières est considérée en tant qu’une preuve de force et de virilité dans le monde juvénile. Il sera, malgré lui, «forcé» de suivre», dit-il.
Mohamed Nadhir, 19 ans, pense qu’il ne faut pas se montrer aussi sévère envers les jeunes. «Il ne faut pas être «sinistre» ! Il ne faut pas oublier qu’un adolescent passe naturellement par une période de rébellion et de révolte et cette phase est passagère. Ce n’est pas aussi sombre ! Si un jeune a reçu une bonne éducation, il finira sûrement par s’améliorer de lui-même. Il suffirait juste qu’il grandisse, qu’il mûrisse et qu’il sache faire la différence entre le bien et le mal. Certes quelques jeunes font preuve d’impolitesse, mais je crois qu’ils restent minoritaires ! Plusieurs en revanche cèdent leurs places dans les bus, jettent les restes dans les poubelles, s’abstiennent de dire des mots grossiers et tendent volontiers la main aux personnes dans le besoin», dit-il, optimiste.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com