Les jeunes et la solidarité : Tant que les autres méritent





Bon nombre de jeunes ont le sens de la solidarité. Altruistes et dévoués, ils tendent la main aux personnes en détresse ou dans le besoin. Quitte à ce qu’ils se privent de certaines choses.
D’autres font passer leurs intérêts au premier plan.
Charité bien ordonnée commence par soi-même, croient-ils…
A quel rang appartiennent justement les jeunes ?
Tunis-Le Quotidien
Lorsqu’un camarade s’absente, ils demandent de ses nouvelles. Si l’un de leurs amis tombe malade, ils sont à son chevet. Et si un parent d’élève décède, ils se montrent compatissants… Certains sont même prêts à sacrifier une partie de leur argent de poche afin d’aider des amis ayant des difficultés financières. Sans aucun calcul de rentabilité, plusieurs jeunes font preuve d’une grande générosité rien que pour voir le sourire se dessiner sur les visages des autres. Ils agissent aussi avec altruisme. Ce qui prime pour eux, c’est d’aider, de rendre justice et de réparer les préjudices. Oui, la solidarité est de mise chez plusieurs jeunes ! L’attention prévenante à l’égard des autres prouve leur dévouement pour le bien et une grande bonté de cœur. Des qualités morales à louer surtout par ces temps où les intérêts priment. Toutefois, cette bienfaisance n’est pas un dénominateur commun chez les jeunes. Certains ont une nature égoïste et calculatrice et ne croient qu’au donnant-donnant…
Nabil, 19 ans, pense qu’il faut être solidaire avec les personnes qui le méritent. « Parfois, on aide un ami et on lui tend la main sans se lasser et pour nous récompenser…il nous poignarde à la première occasion et sans le moindre remords ! Lorsqu’une personne passe par des moments difficiles, je fais tout ce que je peux pour l’aider à s’en sortir mais il récompense le bien par le mal. A forcer d’en baver de ce genre d’histoires, je ne peux plus me montrer solidaire avec le premier venu. Certaines personnes le méritent et je suis prêt à tout pour les aider. Mais d’autres en revanche, peuvent nous mordre la main au moment même où on la tend pour les aider ! Certes on ne doit pas s’attendre à une récompense lorsqu’on aide quelqu’un. Mais certains sont tellement ingrats, que plus on leur fait du bien, plus ils nous font mal. Si je vois une bonne personne souffrir et que je suis en mesure de lui venir en aide, je me montrerais volontiers solidaire avec elle. Mais si la personne est en tort ou qu’elle est ingrate et mauvaise, je n’interviens pas ! Notre religion nous incite à récompenser le mal par le bien, mais ce qui se passe en réalité, c’est qu’on récompense le bien par le mal ! Si plusieurs sombres scénarios se reproduisent sans que personne n’y prête main-forte, c’est justement parce que l’on a peur d’aider ! Celui qui aide se retrouve trois fois sur quatre dans le pétrin », dit-il.
Haythem, 18 ans, se montrera volontiers solidaire avec quelqu’un tant qu’il le mérite. « Je ne peux pas être solidaire avec tous ! Il arrive que quelqu’un soit vraiment dans le tort, qu’il ait commis un délit, je ne peux pas le soutenir même si, dans le cas d’espèce, il s’agit d’un ami ! Si je suis sûr qu’il est en tort, je ne l’aiderai sûrement pas sinon je serai complice et je l’aiderai implicitement à continuer dans l’erreur. Certes je ferai en sorte de le conseiller pour avoir le cœur net et la conscience tranquille. Mais être solidaire et honnête de nos jours peut vraiment nous coûter cher. La solidarité peut nous causer du tort. Lorsqu’on essaye d’aider, on se retrouve souvent mêlé à de gros problèmes. Raison pour laquelle les gens n’interviennent plus pour rendre justice. On ne sait jamais comment les choses vont finir et il est très probable qu’on ait d’énormes difficultés à cause de notre altruisme. Cela dit, je fais en sorte de bien réfléchir avant d’aider. Si je ne risque vraiment rien, je suis prêt à le faire surtout s’il s’agit d’une aide financière ou morale sans répercussions. Mais je dois d’abord m’assurer que la personne qui sollicite l’aide le mérite vraiment», dit-il.
Saïf Eddine, 16 ans, partage le même avis. La jeune ne se montre solidaire que lorsque la situation ne risque pas de se retourner contre lui. «Parfois, je trouve un homme en parfaite santé en train de mendier. Franchement, je ne lui donne rien ! Parce que de l’autre côté, plusieurs vieilles personnes très pauvres, continuent d’exercer des travaux ingrats et peu payés parce qu’ils sont tellement dignes pour faire la manche. Il est évident que j’aide ces dernières et que je tourne le dos au premier ! Il faut que j’aide les personnes qui subissent de vrais préjudices et qui sont vraiment dans le besoin en dépit de leurs efforts. On ne peut pas être solidaire avec tout le monde et à tous les coups ! Certes j’aimerais tant aider, mais je ne peux pas risquer non plus de me faire biffer le visage parce que je veux jouer aux justiciers, je ne suis pas un superman ! Mais autant que faire se peut, j’essaye d’être le plus solidaire et altruiste possible tant que je suis en mesure de le faire », dit-il.
Saïf Eddine Balloumi, 16 ans, est du genre très solidaire avec les amis. « “Chacun pour“, telle est la « devise » de certaines jeunes personnes… Par ces temps, où la matière règne, il est de plus en plus rare de voir des personnes agir gratuitement pour le bien général ou pour l’intérêt d’autrui. Ils craignent que cela ne se heurte avec leurs propres intérêts. De mon côté, si je vois un de mes amis en détresse, je vais illico pour le soutenir. Si l’un de mes amis a besoin d’argent et que je suis en mesure de l’aider, je ne vais pas chercher les raisons, je le fais, un point, c’est tout. Je sais que si j’agis de cette manière, Dieu m’enverra quelqu’un pour m’aider en cas de besoin », dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com