Les jeunes et les traditions : Arabo-musulmans jusqu’à la moelle !





A cause de leur paraître un peu trop occidentalisé et de leur mode de vie « in » et branché, plusieurs jeunes gens sont accusés de manquer de repères. Si on se laisse aller à ce constat, on pensera que les traditions, l’entité et les conceptions morales et sociales ne figureraient pas, a priori, dans le glossaire des jeunes ! Est-ce vrai ? Qu’inspirent justement les traditions aux jeunes ?

Tunis-Le Quotidien
Les traditions s’héritent de génération en génération. Nombre de personnes s’y attachent. Toujours. C’est à travers ces valeurs transmises par nos ancêtres qu’on se fixe une identité. Bon nombre de familles tunisiennes font d’ailleurs tout un rituel immuable à nos habitudes d’antan. Elles inculquent à leurs enfants l’ensemble de rites remontant au passé. Pour préserver ce patrimoine familial, les enfants s’accrochent aux us et coutumes qui leur sont légués. Ils essayent, autant que faire se peut, de concilier entre modernisme et legs traditionnels. Toutefois, nous voyons de plus en plus de jeunes célébrer des fêtes étrangères, écouter de la musique étrangère et mener une vie à l’européenne. Ils ont un penchant pour le « way of life » occidental. Cependant, ils disent que leur apparence et même leur façon de vivre, empreints d’un brin d’occidentalisation, ne remettent pas en cause leur enracinement. Ils confirment être capables de suivre la tendance moderne sans renier les racines.
Emna, 16 ans, fait partie de ceux qui concilient entre modernisme et traditions. « L’être humain est toujours nostalgique à son passé, à son enfance et à tout ce qui lui rappelle « le bon vieux temps ». Si on essaye de se détacher totalement de nos racines, nous ressemblerons à des personnes sans entité homogène et donc sans identité ! Notre passé demeurera notre valeur refuge. Il nous permet d’avoir une spécificité. Certes, il est difficile pour nous de tourner le dos au modernisme. D’ailleurs, je pense que le progrès impose que l’on suive la tendance. Mais nous gardons encore certaines habitudes et nous revenons toujours à notre source ne serait-ce que durant les occasions et les fêtes. Si l’on aime célébrer les fêtes étrangères ? Oui ! Mais cela est juste lié à notre besoin de faire la fête ! En outre, à présent, rares sont les mamans qui peuvent tout préparer à la maison et gérer leur foyer suivant les règles des ancêtres. Mais même si elles s’imprègnent d’un brin de modernisme, les mères tunisiennes continuent de respecter certains rituels. Par exemple, pour Ras-El-Am d’El Hégire, toutes les familles tunisiennes tiennent à se réunir la veille autour d’un couscous au « kadid » et le lendemain, pratiquement toutes les familles préparent une « mloukhya » et des douceurs tunisiennes. Nombreux sont ceux qui gardent et appliquent les mêmes habitudes pratiquées autrefois par nos aïeux. Mais nous sommes incapables de nous opposer aux évolutions et de faire preuve de conformisme rétrograde », dit-elle.
Myriam, 17 ans, adore l’atmosphère traditionnelle, la bouffe faite à la maison et les réunions familiales. « Le mode de vie accéléré impose sa loi sur la majorité d’entre nous. Nous sommes en pleine ère de consommation. Nous sommes en course contre la montre. La modernisation nous pousse à mettre entre parenthèses nos us et coutumes du moins en temps normal. Mais nous sommes tous bien ancrés, en dépit des apparences. Je suis très fière de notre origine arabo-musulmane et des habitudes que l’on a acquises à partir de notre sunna et que nous considérons comme normatives à notre entité musulmane. Je suis fière également de mes racines arabes qui nous attachent à nos origines. Contrairement aux américains, nous avons une Histoire et une grande civilisation qui font notre fierté. Les jeunes en sont conscients. Et même s’ils ont une apparence occidentalisée, ils tiennent à ces racines. Cela fait notre spécificité, notre originalité et notre identité. Rien ne vaut nos épices aux arômes traditionnels, aucune pizza et aucun hamburger ne valent nos traditionnels « lablabi », couscous et “mloukhia“ et aucun décor moderne ne vaut les griffes typiquement arabesques. Sauf que le rythme de vie nous pousse parfois à suivre la tendance et à marcher sur les pas des occidentaux. Mais nous sommes et resterons arabes et musulmans jusqu’à la moelle», dit-elle.
Zied , 18 ans, pense que si l’on vit en marge des traditions et des habitudes des nôtres, on s’égarera. « Quasiment tous les tunisiens, jeunes et moins jeunes, continuent de respecter nos rituels d’antan. Cela prouve que nous sommes un peuple qui a une entité bien ancrée. Certes, il est impossible qu’un jeune homme se vête de “djebba“ ou que de jeunes filles continuent à porter le “sefsari“ de nos jours, mais cela ne prouve en rien que nous soyons déracinés ou que nous nions nos origines ! Nous sommes en train d’évoluer. Mais cela ne touche pas notre identité, nos racines et nos croyances. L’évolution est applicable sur la forme mais elle ne touche pas notre fond. Les jeunes savent que ce sont eux qui porteront le flambeau demain et je crois que nous sommes vraiment à la hauteur de cette tâche. Parce qu’en dépit de nos apparences modernes, nous serons en mesure de restituer nos traditions au bon milieu de ce concept de mondialisation. Comment peut-on renier une civilisation qui date de milliers d’années en faveur d’une civilisation américaine âgée de deux cents ans ! », se demande-t-il.
Nidhal, 15 ans, est également attaché à nos traditions dans la mesure où elles représentent notre identité. « Si nous oublions nos traditions, nous n’aurons pas grand-chose à transmettre à nos enfants ! Les traditions sont l’héritage de tout un peuple. Elles font sa spécificité et son identité. Mais il est impossible qu’on continue de vivre à l’instar des ancêtres, juste pour prouver notre enracinement ! Nous pouvons très bien suivre la tendance sans changer de croyances et d’habitudes ! En ce qui me concerne, j’adore déambuler entre les ruelles de la médina. Là où on peut toujours admirer une architecture purement tunisienne et sentir les arômes typiquement tunisiens. J’adore l’antiquité tout en suivant l’évolution et le modernisme. Chacun d’entre nous porte en lui la graine de notre civilisation ancienne. Les fêtes arabes nous permettent un retour aux sources et je pense que tous les jeunes adorent renouer avec nos traditions et nos us au moins lors de ces occasions », dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com