Les jeunes et le mimétisme : Non coupables !





Les jeunes semblent stéréotypés. Leur allure et leur manière d’être nous donnent souvent l’impression du déjà vu… Ils ne sont pas très différents des jeunes que l’on voit dans les séries américaines. Un mimétisme et une standardisation qui prêtent à réfléchir… Qu’en disent les jeunes ?

Tunis-Le Quotidien   
Pratiquement tous les jeunes dansent sur le même rythme, écoutent les mêmes tubes et regardent le même genre de programmes télévisés. L’on a de plus en plus affaire à une «américanisation» des sociétés contemporaines. Ce qui standardise la culture juvénile. En effet, l’adoption d’une culture anglo-saxonne crée une certaine «addiction» à une culture américaine disparate très jeune et quasi «bâtarde», dont les éléments s’accordent mal. Et ce, aux dépens de notre civilisation arabo-musulmane riche de milliers d’années. Mais aussi jeune soit-elle, la culture «à l’américaine» semble instaurer une certaine homogénéisation. Le matraquage médiatique et publicitaire pousse les jeunes à se suivre comme des moutons de Panurge. Ils reproduisent, les yeux fermés, tout ce qui provient du pays des gratte-ciels. Certains disent que cela n’a rien de méchant ! Qu’il s’agit d’une innocente manière de suivre la tendance… Ils affirment que cette apparence ne touche en rien leur repère et leur idéologie.     
Nader, 17 ans, ne suit pas du tout ce qui provient d’ailleurs, mais il trouve toutefois  inconvenable qu’on mette tous les jeunes dans le même sac. «Il est toujours facile de condamner et de blâmer. Mais ce qui est difficile, c’est de puiser dans le fin fond du problème ! Si un grand nombre de jeunes se mettent à reproduire le mode de vie occidental, c’est qu’il doit y avoir une raison ! Le mode de vie à l’occidental met en avant des normes qui suscitent l’intérêt des jeunes dont essentiellement la liberté, l’égalité, la paix… Et comme les adolescents ont besoin d’un modèle à suivre, ils s’inspirent de ces modèles occidentaux. Ces ados n’ont pas encore les facultés qu’il faut pour comprendre et pour discerner le bien du mal. Mais une fois l’âge de l’adolescence dépassé, la majorité de ces jeunes retrouvent leurs premiers repères : ceux qui émanent de l’éducation qu’ils ont reçue. Toutefois, si l’on va puiser au fond du problème, il est clair que la première force mondiale cherche l’hégémonie totale et qu’elle adopte un système de matraquage soutenu pour avoir justement un impact immédiat et de masse. Il faut avoir un background culturel assez panaché et robuste pour pouvoir comprendre. Cette imitation inconsciente nous donne l’impression que la jeune génération est dénuée de tout sens de discernement. Et notre grande culture arabo-musulmane se laisse envahir. Toutefois, les jeunes ne miment que le côté apparent des choses. Mais ils restent, à mon sens, assez conscients des enjeux. En ce qui me concerne, je n’ai jamais été épaté par la culture anglo-saxonne. Je lis et je fais des recherches, juste pour élargir l’éventail de mon savoir. Et en fin de compte je ne suis pas influencé! Cela n’empêche pas les autres jeunes trop imprégnés de la culture étrangère de me regarder avec un air hautain ! Oui, aujourd’hui, si un jeune parle notre langue arabe avec éloquence, il est considéré comme un extra-terrestre. Et s’il « s’avise » d’écrire un poème en arabe, il est catalogué non civilisé ! En revanche, s’il porte des habits « in » et glisse quelques mots en français et en anglais dans ses discours, il est quasi idolâtré ! Mais moi, je reste arabe et fier de l’être», dit-il.
Ahmed, 17 ans, ne suit pas non plus ce qui provient de l’Occident. Le jeune homme est loin d’être une fashion’s victim ! «Les jeunes occidentaux ont beaucoup plus de chances pour créer parce qu’ils n’ont pas d’obstacles sociaux, traditionnels et surtout financiers. Lorsque nous avons les moyens et que nous n’avons pas de contraintes, cela nous permet d’aller jusqu’au bout de nos objectifs. Le niveau de vie chez les Occidentaux est très différent du nôtre et leur mentalité est également différente. Lorsqu’un enfant naît, il trouve toutes les commodités qu’il faut. Il a la chance d’être pris en charge sur tous les plans. Les parents l’inscrivent dans des clubs artistiques, scientifiques, ou autres. Ils lui fournissent le matériel et les moyens qu’il faut… Dans des conditions pareilles, il est normal qu’il ait plus de possibilités de devenir créatif. Nous n’avons pas ces mêmes chances ! Certes, nous vivons beaucoup mieux que d’autres pays arabes, mais la vie coûte cher et nos parents ne peuvent pas nous assurer tout ce dont on a besoin. De plus, les parents ne croient pas tous à l’importance de la culture. La mentalité qui règne chez nous implique que l’on ait un grand vide et les jeunes le comblent à travers le mimétisme. Cela crée chez plusieurs jeunes un certain complexe. Ils ont presque honte de s’attacher à notre mentalité surannée par rapport aux normes de la mondialisation ! Dès lors, ils se mettent à reproduire aveuglément tout ce qui provient de l’Occident. Mais je tiens à préciser aussi que les jeunes dits «in» et branchés sont majoritaires. On allie aujourd’hui la culture au modernisme. Celui qui garde une apparence «non branchée», qui tient aux principes   hérités de père en fils et qui reste attaché aux idées et à la culture arabo-musulmane, il est automatiquement considéré comme rétrograde, voire comme un aliéné par ses pairs ! Ceux qui ont une stature fragile finissent donc par suivre la tendance générale… Les autres sont hélas marginalisés et regardés de travers même s’ils ont un esprit éclairé», dit-il.
Badis, 22 ans, dit que son apparence branchée ne traduit pas un mimétisme. «Certes tous les jeunes se ressemblent. Nous portons des jeans et des baskets, mais cela n’a rien à voir avec le mimétisme ! Si l’on mettait une djebba et qu’on se coiffait d’une chéchia, on nous regardera de travers. Ce n’est pas que l’on ne reconnaît pas nos origines, mais ce genre d’habit est révolu et la mode actuelle impose ses «lois». D’ailleurs, je ne crois pas que les jeunes occidentaux puissent porter aujourd’hui encore des costumes traditionnels de leur pays ! C’est juste une question de tendance et de mode. Toutefois, l’on considère les Occidentaux comme une race suprême. Les Occidentaux font les choses bien. Ils s’investissent consciencieusement sans penser primordialement aux gains. Ce principe est pourtant censé être le nôtre puisque notre religion nous prône de travailler et de ne pas tricher. Les Arabes ont perdu leur place depuis que l’on a oublié les instructions de notre religion et que l’on s’est mis à courir après la richesse. Et ceux qui ont les moyens n’avaient qu’un seul souci en tête : faire fortune ! Au moment où les Arabes dilapidaient leur argent, les Occidentaux, eux, se sont mis à travailler et cela a changé toute la donne. Nous les jeunes, sommes en train de suivre aveuglément parce que nous n’avons pas les moyens de combattre une force industrielle, économique et artistique d’un aussi grand calibre d’autant plus que la société s’attache encore à des traditions et des croyances futiles qui représentent un obstacle de taille pour tous ceux qui essayent d’innover», dit-il.


Abir CHEMLI           




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com