Les jeunes et la direction du couple : Le «mâle» nécessaire!…





Certains jeunes prévoient, aujourd’hui encore, d’interpréter fidèlement le rôle du légendaire «Si Saïd» une fois qu’ils seront mariés. D’autres feront semblant d’être cools, en attendant un statut officiel… Oui, même si les jeunes hommes d’aujourd’hui paraissent souples d’esprit, nombre d’entre eux continuent de croire à la suprématie de l’homme. «Pas question de lâcher les rênes aux femmes», penseraient-ils ! Etat des lieux…

Tunis-Le Quotidien
Que l’homme soit considéré comme l’unique maître dans le couple est certes une réalité presque révolue. A présent, la femme n’occupe plus le second rang. Elle est de plus en plus considérée en tant que partenaire à part entière. Chez les jeunes, l’égalité entre les deux sexes est une vérité qui se confirme jour après jour. Progressistes et modernes, les jeunes gens savent que la réussite d’une relation à deux est tributaire d’un équilibre et d’une équivalence entre les deux partenaires. Toutefois, dans tous les subconscients masculins, il est difficile de renoncer à une suprématie masculine qui a tant duré. Oui, il est difficile pour la gent masculine d’accepter de ne pas avoir le dernier mot. Dans une société patriarcale comme la nôtre, la prééminence des hommes est un «précieux» héritage qui se transmet de père en fils et de génération en génération. L’homme adopte ainsi une attitude dominatrice envers la femme. Autoritaire et phallocrate, il refuse de rendre des comptes à sa conjointe. Il juge indiscret, voire interdit qu’elle s’avise de lui poser des questions : Une idéologie fondée sur la supériorité sociale de l’homme. D’ailleurs, celui qui «ose» faire part de ses projets à sa partenaire et qui s’avise de la considérer comme un véritable associé est aussitôt considéré comme indigne par ses pairs. Si l’homme pense que sa femme a autant de droits que lui, s’il demande son avis ou qu’il lui laisse une marge de liberté, sa famille s’en sent indignée et le juge en tant que quelqu’un qui manque de virilité…
Saïf, 19 ans, est prêt à accorder le plaisir de «porter le pantalon» à sa future épouse.  Je pense qu’il est impossible pour un homme de jouer aux rétrogrades de nos jours. L’époque de la suprématie totale de l’homme est révolue depuis belle lurette. D’ailleurs, aucune fille ne se laissera faire aujourd’hui. Et si l’on s’aventure à jouer aux réactionnaires, on risque de rester toujours célibataires. Tous les hommes adhèrent à ce constat et surtout les jeunes. L’on assiste même à un renversement total des rôles et je passerai volontiers au second rang ! Oui, je suis prêt à laisser ma future épouse prendre les dessus si elle accepte à son tour d’assumer toutes les responsabilités normalement accordées aux hommes ! Les filles tiennent à travailler, à avoir leur autonomie, à prendre les rênes du couple, soit !, Qu’elles montrent de quoi elles sont capables ! Je serai même prêt à rester à la maison pour laver les piles de vaisselles et donner le biberon aux bébés… Mais c’est à elle de subvenir aux besoins de la famille ! N’est-ce pas ce qu’elles veulent et réclament depuis un bon bout de temps ? Qu’elle assument alors», dit-il.
Bilel, 20 ans, dit qu’il laissera sa future épouse partager avec lui les frais du ménage parce qu’il ne saura pas s’en sortir seul. Toutefois, le jeune homme ne cédera jamais son rôle de chef de famille à sa future épouse. «Je ne suis pas un dictateur qui veut imposer sa volonté quelles que soient les conditions, mais je pense que certaines choses doivent se faire dans les règles de l’art. L’homme a plus d’aptitudes et de facultés à gérer un couple que la femme. C’est dans la nature humaine et quoique les femmes protestent, cela reste une vérité. Le côté machiste existe chez tous les hommes orientaux indépendamment de leur niveau social et intellectuel. Je dois absolument garder mon côté dominateur et intransigeant dès le début, sinon je risque d’en pâtir ! Il faut fixer les règles dès le départ et puis je suis foncièrement convaincu qu’aucune entreprise ne peut fonctionner correctement si elle est sous la direction de plusieurs gérants. Il y aura sûrement des heurts de pouvoirs et la vie de couple se transformera à une guerre de tranchées ! Certes, on peut considérer ma vision en tant que phallocrate et machiste puisque je me permettrais de la laisser ma future épouse dépenser de l’argent, mais je crois que je suis réaliste», dit-il.
Ahmed, 19 ans, a eu beaucoup de mal à se prononcer. Après réflexion, il a dit être incapable de jouer le rôle de Si Saïd, mais qu’il est également incapable de se laisser influencer par une…fille ! Le jeune homme reste conservateur. «Je n’accepterai jamais qu’une femme “mène la danse“. J’ai un tempérament assez rude et je suis intraitable sur certains points. Je ne peux pas tolérer qu’une femme impose son avis surtout si elle a tort ou si elle le fait juste par caprice. Je suis loin d’être le genre d’homme à me soumettre facilement à la volonté d’une femme et je ne suis pas un sadique pour autant. Je suis très transparent et ma future femme doit savoir à qui elle a affaire ! Je n’aime pas qu’elle agisse sans prendre ma permission surtout si elle sait d’avance que cela va m’énerver. Une femme, même si elle se montre forte et indépendante, aura toujours besoin de la virilité et de la force d’un homme pour se sentir épaulée et protégée. Et puis selon ma petite expérience, je peux jurer que toutes les femmes préfèrent les hommes de forte personnalité ayant un bon dosage de virilité et un fort caractère. D’ailleurs si ma future femme s’avise d’agir contrairement à notre convention, je suis capable de la laisser tomber sans la moindre hésitation», dit-il.
Salim, 18 ans, est d’emblée contre le mot domination. Le jeune homme pense qu’une vie de couple comprend deux personnes et il faut que les deux soient en parfaite harmonie. «La suprématie de l’homme relève d’un esprit machiste et rétrograde qui altérera l’évolution de toute vie de couple. Je suis pertinemment convaincu que les deux partenaires doivent se connaître en profondeur et trouver un plan d’entente dès le départ pour qu’une vie commune soit envisageable. Il est impossible de tomber sur une personne qui partage exactement ma façon de voir les choses et la compatibilité totale est utopique. Il faut qu’on ait des principes de base en commun et ce n’est pas parce que c’est moi l’homme que je dois toujours avoir raison ! Ce n’est pas après le mariage que nous devons nous aventurer à nous démasquer, les dégâts risquent d’être grands. Il vaut mieux qu’on trouve un plan d’entente bien avant que les choses sérieuses ne commencent. D’ailleurs, j’ai une petite amie que j’aime et nous nous sommes mis d’accord à ce que nous dirigerons tous deux ensemble notre couple et que nous partagerons tout à parts égales», conclue-t-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com