Les jeunes au volant : Zéro de conduite chez les casse-cous





Suite aux violations du code de la route, plusieurs personnes trouvent la mort et d’autres se retrouvent avec un handicap. Les accidents de la route ne cessent d’augmenter et plusieurs vies humaines sont sacrifiées pour un infime et éphémère moment de… plaisir et de sensation forte ! Avec ou sans permis de conduire, le fait d’être au volant semble être le caprice de bon nombre de jeunes hommes. La majorité d’entre eux appuient à fond sur le champignon à leurs risques et périls… Comment expliquer cette fureur ? Que cherchent-ils à prouver ?

Tunis-Le Quotidien
Tel un oisillon qui bat des ailes pour tenter de voler prématurément, un adolescent choisirait les plus rudes des situations pour les surmonter. Le sens du défi peut l’obséder. Il cherche à triompher, à se surpasser et refuse de s’incliner devant les obstacles pour prouver qu’il n’est plus le petit enfant dépendant et faible qu’il était. C’est ce qu’un jeune cherche à prouver, entre autres, lorsqu’il est au volant. Il fait ronronner le moteur de sa voiture, le met à plein régime avant de prendre de la vitesse. Il fait des démarrages foudroyants pour attirer le regard des passants. Et choisit les rues et les voies les plus incommodes pour mettre à l’épreuve sa maîtrise des cascades. Toutefois, en agissant de la sorte, un jeune est regardé comme quelqu’un d’irresponsable puisqu’il met en danger sa vie et celle de tous ceux qui, par malheur, peuvent être sur le même chemin… Certains disent que la conduite anarchique et à grande vitesse chez les jeunes est le fruit d’une certaine frustration, de l’irresponsabilité et de la puérilité. D’autres croient que cette fureur finit par s’éteindre au fur et à mesure qu’un jeune grandit. Mais entre-temps, la vitesse semble être le meilleur stimulant de l’adrénaline chez les jeunes. Elle est en plus intimement liée à l’interdit. Et comme on dit, le plaisir de l’interdit attire systématiquement la jeunesse.
A ce propos, Mohamed, 15 ans, se déclare être un fou de la mécanique. Le jeune homme a joué aux casse-cous alors qu’il avait à peine… six ans ! «J’avais six ans, la première fois que je me suis mis au volant. Oui, à tout juste six ans, j’ai pris les clés de la voiture de mon père en douce et je suis monté à bord. Lorsque la voiture s’est mise en marche et qu’elle a commencé à avancer, j’ai eu la frousse de ma vie ! Je voulais juste que la voiture se mette en marche. Mais une fois devant le fait accompli, je me suis senti terrifié à tel point que j’ai sauté par la fenêtre. Toutefois, cette mésaventure ne m’a pas dissuadé ! Plus tard, lorsque j’ai gagné un peu plus en maturité, j’ai tenté de nouveau le même coup. En voiture ou en moto, pour moi, le bonheur extrême est d’appuyer sur l’accélérateur et de passer à plus de 100 km à l’heure. Je prends toujours les clés de la voiture de mon père et je fais un tour dans le quartier. Cela me procure un plaisir énorme. J’adore conduire. Rien ne me fait plus plaisir que de rouler avec une vitesse vertigineuse. C’est sensationnel de frôler le danger ! La vitesse me permet de rentrer dans un état second où rien ne compte plus que la sensation de la montée de l’adrénaline. Les rodéos, les cascades, les sens interdits, les dépassements interdits, bref tout ce qui est «interdit» me procure un énorme plaisir. Le fait de ne pas avoir mon permis de conduire ne me dissuade pas de toucher le volant. L’obtention d’un permis n’est qu’une formalité ! Il suffit juste de savoir conduire et c’est le cas pour moi», dit-il.
Mohamed Zedini, 20 ans, a un permis de conduire. Le jeune homme essaye autant que faire se peut de garder une bonne conduite. «Conduire nous apprend à maîtriser un véhicule, nous permet d’aller faire des courses et nous facilite tellement la vie. Or la majorité des jeunes, encore immatures, considèrent la conduite comme… un jeu. Ils croient qu’en appuyant à fond sur le champignon, ils vont prouver à tous qu’ils… maîtrisent la conduite. Pis encore, certains considèrent la conduite comme un défi où seuls ceux qui se surpassent et violent le code de la route méritent d’être considérés comme des pros du volant ! Ils ont totalement tort parce que, à mon avis, une conduite anarchique et les excès de vitesse ne peuvent prouver que l’immaturité et l’irresponsabilité du conducteur. Pour ma part, je suis très vigilant sur la route. Je fais en sorte de respecter le code et de ne jamais faire d’excès de vitesse. Je n’ai pas besoin de me surpasser pour prouver que j’ai grandi ! C’est mon sens de la responsabilité qui va prouver que je fais partie du monde des adultes. En tout cas, moi, je suis conscient des risques qu’on encoure. Je ne roule vite que lorsque la vitesse est permise et que je suis sur l’autoroute. De plus, une telle façon folle de conduire peut mettre ma vie et celle des autres en danger. Et franchement, je ne veux pas me suicider ! Encore moins tuer un être humain ! De plus, la voiture a une durée de vie assez courte. Si on conduit de manière aussi désastreuse, le véhicule s’usera beaucoup plus vite que prévu. Le jeu n’en vaut donc pas la chandelle ! Si l’on veut frimer, autant adopter un comportement vraiment épatant ! Mais la conduite anarchique à la «m’as-tu-vu» ne me dit rien du tout», dit-il.
Wajdi, 18 ans, collectionne aussi les cascades en quête de fortes sensations… «Je n’ai pas le permis de conduire. Ce n’est pas ce qui va m’empêcher de prendre le volant ! Je suis un vrai cascadeur. Toutefois, je ne roule vite que lorsque je conduis une moto et je ne le fais qu’après avoir porté un casque. Par contre, lorsque je pique la voiture de mes parents, je fais en sorte de ne pas appuyer à fond sur le champignon. Je ne suis pas prêt à mettre ma vie et celle des autres en danger. Certes, je cours un risque en conduisant sans permis, mais je ne vais pas jusqu’à m’offrir à la mort ! Cependant, la conduite me permet de me sentir libre… J’ai l’impression que je contrôle la situation et que je suis le seul maître à bord. Dès que mes parents ont le dos tourné, je pique les clés et je me lance dans l’aventure. La sensation que me procure la conduite à grande vitesse est indéfinissable… J’ai l’impression que je vole, que je maîtrise le jeu et que je me débarrasse de toute l’anxiété et les craintes qui sont en moi. Lorsque mes parents se rendent compte, j’ai certes droit à un sermon. Ils me font une leçon de morale sur la vie, la mort, les dangers du risque que j’encours… d’autant plus que j’ai occasionné des dégâts à la voiture il y a deux ans. J’ai amoché la voiture de mon père et depuis, je me montre beaucoup plus vigilant et lucide ! Le problème, c’est que je suis bien conscient du risque que je suis en train de courir et qu’il suffit d’un coup de volant pour que je mette ma vie en péril… Je le sais, mais la tentation est trop forte», dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com