Les jeunes élèves et la triche : Toujours prêts à courir le risque !





Plusieurs jeunes cultivent «l’art» de la triche. Ils ne cessent d’inventer des techniques sophistiquées et infaillibles de fausses copies. Cela leur sert non seulement pour garantir de bonnes notes, mais aussi pour se faire un «fonds de commerce». Les astuces de triche aux examens se vendent comme des petits pains. Etat des lieux.

Tunis-Le Quotidien
Qu’elles soient classiques ou « up to date », les techniques de la triche ne manquent pas… Du téléphone portable au lecteur MP3 et MP4 en passant par les feuilles classiques, les astuces pour tricher ne manquent pas. Les « tricheurs » incorrigibles croient que la fin justifie les moyens ! Même si les enseignants et les professeurs sont avisés, les élèves arrivent tout de même à les leurrer en faisant preuve d’une grande créativité dans le domaine. Oui, les jeunes sont de plus en plus « inventifs » en matière de… triche ! Avant d’entrer dans la salle d’examen, certains élèves rechargent leur téléphone portable et celui de leur interlocuteur, à l’autre bout du fil, pour obtenir les réponses grâce au kit mains libres placé dans les oreilles et caché sous une casquette ou un bob… Chez d’autres, le lecteur MP3 remplace le cellulaire, la leçon y est enregistrée et il suffit d’appuyer sur une touche pour que l’engin leur récite la réponse. Pour d’autres, la triche reste toujours possible même sans gadgets. Ils fourrent un petit bout de papier avec une écriture en miniature dans un paquet de mouchoirs, sous le carton d’une trousse, sur la ceinture, sous ou sur les vêtements… Certains élèves avouent qu’ils recourent à la triche parce qu’ils ne trouvent pas le temps qu’il faut pour réviser. D’autres pensent que la rigueur ne donne plus les résultats espérés ! Selon eux, celui qui ne triche pas aura moins de chances pour réussir…
Jalel, 16 ans, ne triche pas dans toutes les matières. Le jeune homme est incapable d’apprendre par cœur. Il se contente donc de réviser les matières de base et triche pour le reste. «Je dois dire que presque tous les élèves trichent. Seulement quelques filles s’abstiennent, non pas parce qu’elles ne le veulent pas, mais parce qu’elles ont peur de se faire prendre la main dans le sac. Mais la majorité des garçons trichent et utilisent des fausses copies. Ce n’est plus un secret ! Il nous est impossible de réviser toutes les matières. Les cours sont longs. Les matières qui doivent être apprises par cœur nous prennent beaucoup de temps alors que ce sont des matières secondaires et leur coefficient reste faible. Je privilégie donc les matières de base. Le peu de temps qui me reste je le consacre à préparer mes fausses copies. Ce sont l’histoire-géographie et l’éducation civique qui accaparent la part du lion en matière de triche. Il y a toujours un moyen pour que les enseignants ne s’en rendent pas compte. Un seul professeur est incapable de contrôler plusieurs élèves à la fois. Une fausse copie dans le papier mouchoir, dans la ceinture, sous les vêtements, écrite sur les manches d’un pull, sur le jean ou encore enregistrée sur le portable qu’on écoute ou qu’on lit en douce, font toujours l’affaire. Il est difficile que les professeurs prennent tous les élèves en flagrant délit. Mais, moi j’ai été pris sur le fait et cela m’a coûté quinze jours de renvoi. Si j’ai arrêté ? Oh que non ! Je continuerai à tricher tant qu’on nous donne de longs cours à apprendre par cœur», reconnaît-il.
Fekri, 18 ans, ne triche pas tout le temps. Le jeune homme n’arrive parfois pas à apprendre un cours ou à assimiler une matière. Donc, il triche ! «Nous avons plusieurs matières et nous n’avons pas assez de temps pour tout apprendre. Il est impossible de pouvoir tout assimiler ! J’écoule parfois un temps fou à essayer de comprendre quelque chose mais en vain. Je perds donc mon temps inutilement. Je ne peux pas m’empêcher de compter sur la triche pour m’en sortir à bon compte. Je consacre une bonne partie de mon temps pour préparer de fausses copies. C’est le moyen le plus sûr de garantir la réussite ! Et même si, à deux reprises, j’ai été pris la main dans le sac, je ne peux pas m’empêcher de continuer à tricher ! Il m’est impossible d’apprendre par cœur certaines leçons ! Et si je veux réussir, je suis obligé d’utiliser des fausses copies. D’ailleurs, je ne suis pas le seul, la majorité des élèves le font», dit-il.
Jihad, 18 ans, triche aussi. Il avoue qu’il aurait aimé ne pas avoir à recourir à la triche, sauf qu’il dit ne pas trouver d’autre alternative. «Certes, la triche est une mauvaise chose dans la mesure où l’élève ne retient rien en tête et que ses notes gonflées ne reflètent pas son niveau réel. Mais il faut dire que je n’utilise jamais de fausse copie pour les matières de base. Généralement ce sont les matières que l’on doit apprendre par cœur qui nous poussent à recourir à la fausse copie à l’instar de l’histoire-géographie, l’éducation religieuse et civique… Il est impossible qu’on arrive à tout retenir par cœur. Nous avons plusieurs matières et nous passons parfois deux devoirs le même jour. Cela nous oblige à privilégier certaines matières aux dépens d’autres. Nous optons pour les fausses copies pour rectifier le tir. Personne ne le fait de bon cœur, la triche est négative et nul ne peut prétendre le contraire, mais c’est un moyen d’accroître nos chances de réussir. Je dois dire également que je ne le fais que lorsque je ne trouve pas le temps qu’il faut pour réviser. Pour ma part, je photocopie le cours en version miniature que je cache quelque part dans mes vêtements. Je peux aussi écrire sur un mouchoir en papier ou faire un genre de « troc » avec les amis. Je me mets préalablement en accord avec certains camarades. Le plus brillant en sciences physiques, par exemple, me passe les réponses, et moi, je lui passe les solutions du devoir de mathématiques et ainsi de suite… Chacun trouve son compte et tout le monde arrive à dépasser ses lacunes sans gros problèmes », dit-il.
Oumaïma, 15 ans, n’utilise pas de fausses copies. La jeune fille pense que la triche ne mène qu’à une impasse. Sérieuse, assidue et également peureuse, la jeune fille ne peut pas tricher. «Rien que l’idée m’effraie ! Si je vais tricher, peu importe les moyens, je ne sentirai jamais la vraie joie de la réussite qu’on gagne à la sueur de notre front. Je suis incapable de courir un tel risque et de mettre tout mon avenir en jeu. La réussite doit absolument se mériter. Il m’est arrivé certes, de chuchoter un mot pour aider quelqu’un qui reste bloqué devant sa feuille blanche. C’est juste pour lui donner un coup de pouce et pour qu’il dépasse ses trous de mémoire. Il m’est arrivé d’en avoir à mon tour. Une seule fois. Et j’ai dû copier sur mon voisin. Mais je n’ai jamais triché au vrai sens du mot et, de toute ma vie, je n’ai jamais utilisé une fausse copie», dit-elle.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com