Les jeunes et la rupture des études : Un désintérêt injustifié





Subitement, certains élèves décident de rompre avec les études. A mi-chemin, ils laissent tout tomber… Une décision cruciale à plus d’un titre et qui représente un vrai tournant dans leur vie. Pourquoi les jeunes arrêtent-ils d’étudier ? Quelles sont justement les perspectives pour un jeune qui n’est pas arrivé au terme de son parcours scolaire ?

Tunis Le Quotidien
Certains jeunes choisissent de suivre une formation professionnelle. Ce secteur leur offre de nouvelles perspectives et de plus larges horizons, semble-t-il. D’autres sont «contraints» d’aller à l’école puisqu’ils n’ont aucun penchant pour les arts ou les métiers. Et entre les uns et les autres, nombre d’élèves quittent délibérément l’école sans avoir d’autre alternative… Toutefois, nombreux sont ceux, qui même s’ils ne quittent pas l’école, continuent de sécher les cours et ne font aucun effort pour améliorer leur rendement. Les études représentent une vraie corvée pour eux. Ils y restent seulement parce que leurs parents les y obligent.  Pourtant, les études sont censées être le moyen le plus sûr pour se garantir un avenir professionnel assez serein et une culture générale respectable ! Ce désintéressement à l’égard des études peut toutefois cacher une grande amertume, une souffrance et une grande inquiétude…même s’il nous semble dénué de tout bon sens, 
Aman Allah, 17 ans, n’a pas quitté l’école. Toutefois le jeune homme y reste seulement en attendant Godot… «Je ne suis pas spécialement doué pour les études. Mais ce n’est pas une raison pour quitter l’école ! En ce qui me concerne, je n’ai aucune autre alternative ! Je compte au moins continuer à étudier jusqu’au bac. J’aurais au moins la conscience tranquille. Ensuite, je vais décider si je dois continuer ou non. Toutefois, des élèves commencent à sentir subitement qu’ils sont en train de gâcher leur temps et leur énergie en vain lorsqu’ils vont en classe. Ils ne croient pas que les études aient des aboutissements vraiment sûrs. Ce qui n’est pas totalement faux, je l’avoue ! Les études ne garantissent plus rien de nos jours d’autant plus que plusieurs maîtrisards ont du mal à trouver un job. Le marché de l’emploi est saturé et les élèves et étudiants n’ont aucune garantie de dénicher un travail. Certains élèves rompent donc totalement avec les études. Ils préfèrent le farniente aux études. Pourquoi? Je ne saurais trop le dire ! Mais ils doivent avoir la tête ailleurs! Pour eux, les études sont un casse-tête. Pourtant je sais qu’il suffit de faire quelques efforts pour réussir», dit-il.
Ahmed, 17 ans n’est pas tenté par l’idée de rompre les études. «Je connais beaucoup de personnes qui ont rompu leurs études. Les uns ont suivi une formation professionnelle ensuite et ont obtenu des crédits. Ils vivent aisément aujourd’hui ! Mais d’autres sont devenus de vrais délinquants ! Les études n’ont aucun aboutissement sûr, soit ! Mais le fait d’arrêter d’étudier ne fera qu’aggraver les choses ! Nous devons continuer à étudier pour ne pas rester les bras croisés ! Il ne faut pas prendre de décisions hâtives d’autant plus qu’il s’agit de tout l’avenir. La rupture des études est une alternative qui ne m’effleure même pas l’esprit. Mais pour être juste, parfois, certains élèves sont contraints de le faire. Certaines ont de grandes difficultés financières et familiales. Ils se retrouvent obligés de quitter l’école pour trouver un emploi. D’autres sont carrément incapables d’étudier. Nous les traitons de cancres, de paresseux et ils font l’objet d’une rude dérision…  Or, au fond, ils doivent souffrir de ne pas pouvoir réussir ! Ce n’est pas une fierté que d’être un loseur !  Et je suis sûr qu’ils ne quittent pas l’école avec gaieté de cœur», dit-il.
Zied, 17 ans, pense que les élèves qui quittent l’école finiront par le regretter tôt ou tard. «Soyons francs, on ne peut déjà pas se garantir un avenir serein tout en ayant les plus hauts diplômes ! Que dire alors de ceux qui n’ont aucun bagage ?! Je suis foncièrement contre le fait de rompre les études. Parfois, certains adolescents se révoltent contre tout et ils perdent prématurément le goût d’étudier. Ils s’influencent par des copains qui sont au chômage. Ils trouvent dans le farniente un vrai plaisir ! Mais quelle alternative auront-ils si ce n’est de hanter les cafés, jouer au foot, ou passer la journée entière devant la télé ou la console de jeu ?! Un jour, ils verront leurs copains réussir et occuper des postes alors qu’ils sont au chômage avec zéro bagages en mains ! C’est la décision la plus débile et la plus insensée qui soit. Et le comble c’est qu’ils finissent toujours par le regretter, mais il est impossible de faire marche arrière», dit-il, dépité.
Helmi, 17 ans, partage le même avis. Le jeune homme est persuadé que tous ceux qui rompent leurs études finissent par le regretter. «D’abord, je dois dire que certains jeunes sont vraiment incapables d’étudier. Ils ont beau faire des efforts, leurs résultats ne s’améliorent pas. Ils collectionnent les échecs et finissent par être renvoyés. Ceux-là, doivent être ou bien très limités d’esprit, ou bien encore en train de souffrir. Oui, certains jeunes vivent de grandes difficultés psychiques à cause des problèmes de famille, de santé ou de difficultés financières. Je ne peux donc que compatir avec eux et je ne peux pas les juger mal. En revanche, je condamne les cancres. Ceux qui ne veulent pas étudier. Ces jeunes paresseux qui ont toutes les conditions favorables pour réussir mais qui continuent à faire l’école buissonnière soi-disant parce qu’ils ont marre d’étudier ou parce que l’aboutissement des études ne garantit pas l’avenir ! Un jour, ils se retrouveront totalement dépassés par les autres. Ceux qui ont cravaché dur pour réussir. Et là ils se mordront les doigts de remords», dit-il. 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com