Les jeunes et la lecture : Branchés sur les magazines people et les bandes dessinées !





Certains jeunes avouent ne pas lire un seul mot en dehors de leur scolarité. D’autres pensent que l’ère numérique et technologique a gagné de loin la bataille. Oui, rares sont les jeunes qui aiment lire… Ils peuvent trouver passionnant de rester scotchés devant la télé des heures durant. Ils vouent, semble-t-il, un véritable culte à la navigation sur le web et au chat… Quant à la lecture, ils peuvent s’en passer…volontiers ! Ce constat est-il vrai ? Et comment peut-on traduire ce désintéressement à l’égard de la lecture ?

Tunis-Le Quotidien
«Tout comme le verbe «aimer», le verbe «lire»ne se conjugue pas à l'impératif» dit Daniel Pennac, un romancier Français. On ne peut certes pas imposer la lecture à des jeunes personnes. Toutefois, on peut les préparer à aimer la lecture. De fait, chez une famille qui accorde aux livres toute leur sacralité, un enfant sera, a priori, prédisposé à aimer lire. Le fait de faire la lecture à un enfant avant de dormir est un rituel familial quotidien que plusieurs parents utilisent afin d’initier leurs enfants à l’amour de la lecture. Les livres illustrés d’images colorées, les bandes dessinées et la diversité des genres littéraires, familiarisent l’enfant à la lecture bien avant d’atteindre l’âge de l’école. Ceci est d’autant plus vrai s’il est habitué à voir son père lire son journal, sa mère absorbée dans la lecture de romans et ses frères aînés lire des livres et des magazines. Un enfant qui grandit dans une telle atmosphère aura à son tour, une soif de lire et un désir d'échanger ses idées avec les autres. En effet, la lecture enrichit le langage de l’enfant, nourrit son esprit, développe son intellect, le pousse à réfléchir, à décoder et à analyser. Elle l’éduque, l’encadre, l’instruit, stimule sa mémoire, élargit son savoir, affine ses goûts et l’aide à développer ses aptitudes. Impliquant calme et détente, la lecture est également un loisir dans la mesure où elle permet l’évasion dans un monde imaginaire. Toutefois, en dépit de tous ces bienfaits, la lecture ne semble pas faire partie des dadas et des priorités juvéniles. Témoignages.
Myriam, 15 ans, confirme ce constat. Elle n’a pas un grand penchant pour la littérature, la poésie et les romans. La jeune fille ne lit que quelques articles de magazines people. «Franchement, je ne pense pas qu’il y ait des personnes qui trouvent aujourd’hui du temps pour lire. C’est à peine si je trouve le temps de faire mes devoirs et de réviser. Lorsque j’ai un peu de temps libre, je ne pourrai sûrement pas le consacrer à la lecture parce que cela me donne l’impression de ne pas finir avec les devoirs scolaires ! D’ailleurs, à chaque fois que je suis en vacances, je n’éprouve vraiment plus l’envie d’ouvrir un seul livre. Cela dit, j’aime bien lire des articles de magazine. Les potins des stars, les tendances, les tests et les quizz. Ce sont des choses qui me relaxent et qui attisent ma curiosité, mais la lecture des livres ou des romans, cela me stresse. Pour le genre littéraire, j’avoue ne pas brancher. Du tout».
Mohamed Amine, 15 ans, aime lire. Le jeune homme croit aux bienfaits de la lecture. «Lorsque je trouve un livre, je le feuillette et si je tombe sur un passage qui capte mon attention, je peux même l’apprendre par cœur. Mais cela fait un bail que je n’ai pas lu un livre de façon intégrale. A vrai dire, je préfère lire quelques articles courts sans trop de verbiage lorsque je ne suis pas en vacances. Le genre concis, précis et descriptif me plaît le plus. J’aime aussi les écrits qui me seront utiles : les magazines d’informatique à titre d’exemple. J’aime aussi lire les informations sportives, les articles des faits divers, des crimes et des problèmes des gens. N’empêche que je peux aussi être absorbé par le genre imaginaire et poétique. Dernièrement, j’ai lu les misérables parce que des écrivains de renom comme Victor Hugo, doivent être lus ne serait-ce que pour enrichir ma culture générale ! Je crois à la sacralité des livres. D’ailleurs cela m’a été d’un grand apport. Je fais toujours partie des premiers de la classe, justement grâce à ma soif de lire», dit-il.
Contrairement à Mohamed Amine, Slah, 15 ans, n’est pas très branché sur la lecture. Lire ne figure pas sur sa liste de hobbies. Le jeune homme a arrêté de lire des livres depuis les études primaires. «Je ne crois pas que les parents soient vraiment responsables de nos aspirations. Chacun a ses propres penchants et ses propres tendances. La lecture était certes le passe-temps favori à une certaine époque, mais ceci était essentiellement dû à l’absence d’autres moyens de loisirs. Aujourd’hui, il y a la télé, l’internet et les plusieurs autres choses qui ne nécessitent pas un effort de notre part. Lorsque j’étais petit, mes parents m’achetaient tout le temps des livres de plusieurs genres et ils m’incitaient tout le temps à lire. Mais actuellement, je suis en mesure de choisir moi-même comment écouler mon temps libre ! Franchement la lecture ne me passionne pas. Cela ne veut pas dire que je ne lis pas du tout, il m’arrive de jeter un coup d’œil sur les journaux, il m’arrive également de lire des séries policières et quelques courts romains, mais les livres de poche, les écrits trop compliqués et la littérature assommante sont carrément un casse-tête pour moi. D’ailleurs, je suis sûr que la majorité des jeunes partagent le même avis que moi», dit-il.
Cyrine, élève de 14 ans, n’est pas non plus une grande lectrice. La jeune fille pense que l’amour de la lecture se cultive depuis l’enfance. Une chance à laquelle, elle n’a pas eu droit. «Chez moi, on peut trouver quelques magazines et journaux traîner par-ci et par-là, mais les livres n’ont aucune place spécifique. Mes parents m’achetaient des livres à la demande quand j’étais petite. Mais c’est un temps révolu ! Mis à part les livres scolaires ou, à la limite, les parascolaires, on ne m’achète pas des trucs à lire tant que ce n’est pas imposé par les enseignants. Et puis, franchement, je n’ai jamais senti à mon tour le besoin de me procurer des livres. Ce que j’aimais le plus dans mes livres d’enfants c’était le côté esthétique, les belles photos et les histoires romanesques qui nous permettent de nous évader dans le monde subtil, joyeux et magnifique de l’imagination. Aujourd’hui je n’ai plus vraiment ce côté fleur bleue. Je préfère lire quelques potins de stars, quelques articles de journaux portant sur la souffrance et les problèmes des êtres humains ou encore quelques bouquins vraiment courts. La lecture ? Je dois dire que ce n’est pas vraiment mon occupation favorite», dit-elle.
Meïs, 14 ans, Dit que ce sont les lectures difficiles imposées en classe qui poussent les jeunes à détester lire. «On se plaint que les jeunes ne lisent plus, qu’ils ne savent plus écrire et que leur orthographe est déplorable… Pourtant, le succès mondial d'Harry Potter, des Winx et des Witchs, prouve au contraire que la jeunesse peut avoir un engouement pour la lecture ! Mais quand on fait lire du Balzac et du Hugo à un lycéen ou un collégien, c’est comme si on le vaccinait contre la lecture ! Un jeune n’a pas le souffle de patienter trois pages entières pour lire une description d’une porte, de la misère et de la détresse.... Ce genre de lecture ne s’apprécie qu’à l’âge adulte. Si les héros d’un roman évoluent dans un monde sans téléphones, sans ordinateurs, où des femmes restent cantonnées au foyer pour s’occuper de leur intérieur et qu’elles expriment leur amour via des lettres et de la poésie, les jeunes ne s’y accrocheront sûrement pas ! Il faut d'abord nous proposer une lecture facile, des histoires simples et des contes de fées au vingt et unième siècle ! Plus tard, nous nous dirigerons tout bonnement vers des auteurs renommés. Mais à lire des livres qui ne collent pas du tout avec notre réalité et notre quotidien, on va se sentir totalement dépaysés et c’est normal ! Moi, j’adore lire les histoires de superhéros avec des superpouvoirs, c’est la tendance», dit-elle.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com