Les jeunes et le manque de respect : Education et contagion à l’index





Nombre de jeunes semblent n’avoir aucune limite. Il suffit qu’ils dépassent le seuil du foyer familial pour qu’ils dérapent. Sans gêne, ils sont capables de commettre des dépassements au vu et au su de tous. Ces jeunes-là font-ils fi de la notion de respect ? Comment s’explique justement ce comportement ?

Tunis-Le Quotidien
En classe, ils font preuve d’arrogance et d’indiscipline. Sans aucune gêne, ils tournent en dérision leurs enseignants et professeurs… Dans les lieux publics, ils profèrent des propos grossiers et agissent de manière désobligeante. Dans les moyens de transport en commun, ils ne cèdent pas leurs places aux plus âgés, aux femmes enceintes et saccagent les biens publics… Nombreux sont les jeunes qui ne semblent avoir aucune limite. Leur rébellion est poussée à l’extrême… En revanche, certains autres savent respecter les normes de notre société arabo-musulmane. Ils sont incapables d’agir à l’encontre des valeurs. Les uns disent que les comportements des jeunes sont toujours tributaires de l’éducation qu’ils ont reçue, de l’entourage dans lequel ils vivent et des normes qui leur ont été inculquées en bas âge. Les autres trouvent que l’adolescence pousse certains à dérailler, juste pour se faire admettre en tant qu’affranchis ! Et entre les uns et les autres il y a ceux qui allient ce manque de respect envers autrui à une éducation trop libérale. Ils disent que les parents permissifs donnent automatiquement naissance à des enfants mal éduqués et manquant de repères…
Hayfa, 15 ans, n’arrive pas à admettre ce genre de comportement irrespectueux. Pour elle, le manque de respect ne peut en aucun cas avoir une légitimité. «Si un jeune a reçu une bonne éducation de base, il finit par retrouver le droit chemin plus tard. Or, grand nombre de jeunes continuent à avoir des comportements excessifs. Et personne n’ose les arrêter tellement on craint leur réaction, leur insolence et leur manque de respect. Malheureusement, les jeunes pensent que l’insolence et le manque de respect envers les autres pousse leurs pairs à les respecter. Et le comble, c’est que ce n’est pas totalement faux ! Il existe chez les jeunes un effet de contagion qui les pousse à adopter le même comportement que ceux qu’ils fréquentent. Cela est probablement compréhensible chez les adolescents qui cherchent encore leur identité et qui peuvent s’influencer négativement. Mais Je ne pense pas que ce problème puisse avoir une solution ! Les parents sont les seuls à pouvoir y remédier, mais une fois que leurs enfants dépassent l’âge de l’adolescence, même les géniteurs ne peuvent plus rien contre cela. Il fallait intervenir bien avant, hélas ! En tous cas, l’irrespect ne peut traduire qu’une éducation erronée. Seule une personne mal élevée peut manquer de respect aux autres. Et je pense que l’entourage familial est le premier responsable. Les jeunes sont à la recherche de repères et ils sont facilement influençables. S’ils trouvent un bon encadrement, ils vont pouvoir suivre le chemin adéquat et seront corrects et respectueux. Par contre, s’ils évoluent dans un environnement malsain, ils seront impolis, c’est un fait», dit-elle.
Ghada, 18 ans, a dépassé l’âge de commettre de telles… bêtises. «Lorsque j’étais très jeune, il m’arrivait de répondre avec un certain manque de respect. Cela dit, même si j’avais mes raisons, je regrette d’avoir agi de la sorte ! Je pense que nous sommes redevables de respecter les personnes plus âgées indépendamment de qui a tort ou raison. Ce n’est pas en répliquant de manière irrespectueuse et insolente qu’on va prouver que nous avons raison ou que nous sommes des durs. Au contraire, les personnes qui ne se laissent pas abattre tout en restant polies et respectueuses sont les plus mûres. Malheureusement certains parents gâtent trop leurs enfants et leur apprennent de très mauvais réflexes. Parfois aussi, les géniteurs sont tellement accaparés par leurs responsabilités professionnelles qu’ils n’ont plus la force d’imposer des limites à leurs enfants. Peu à peu, ils perdront totalement le contrôle et ce sont les enfants qui imposeront leurs règles. En outre, un enfant qui n’a pas été contrecarré et qui a été trop cajolé ne connaît pas la discipline et ne saura donc jamais respecter les autres. Dans le glossaire des jeunes le fait d’être poli et déférent veut dire qu’on manque de caractère et il est considéré en tant qu’être niais et chétif. C’est de là que le problème prend naissance», dit-elle.
Ahlem, 17 ans, pense que certains adultes ne méritent pas le respect. Mais elle dit être obligée de les respecter ne serait-ce que parce qu’ils sont plus âgés. «Il ne faut pas imputer toute la responsabilité aux jeunes ! Ce sera injuste ! Les adultes aussi ont des choses à se reprocher. Parfois, un enseignant nous provoque à tel point qu’on peut perdre notre lucidité. De plus, plusieurs adultes qu’on ne connaît même pas, viennent s’immiscer de manière très indiscrète et blessante dans nos affaires personnelles. Parfois, on riposte de façon arrogante et irrespectueuse, mais cela échappe à notre contrôle. Bref, je ne suis pas pour le manque de respect, mais je tenais à expliquer les raisons. Au contraire, je fais en sorte de ne jamais manquer de respect aux autres. Surtout pas aux personnes âgées», dit-elle.
Ahmed, 20 ans, a un comportement qui dénote une grande politesse. «Lorsqu’on est en groupe ou en classe et qu’on ne répond pas à un professeur ou un passant qui essaye de nous intimider, nous sommes aussitôt traités de dégonflés et de trouillards. Certains se rebellent donc contre toute remarque déplacée de la part des adultes, seulement pour ne pas être sujet aux dérisions sans merci par leurs pairs. Et comme l’effet de contagion est une règle chez les jeunes, le phénomène se propage. Tous ceux qui craignent d’être ridiculisés par les « copains », se voient obligés de faire preuve d’arrogance et d’irrespect pour que, paradoxalement, leurs « amis », les respectent ! En ce qui me concerne, lorsque je suis dans un lieu public, je me montre très déférent et serviable avec les grandes personnes. Je cède ma place aux personnes âgées. Et je contrôle mes actes et mes paroles pour ne pas être perçu en tant que quelqu’un de mal élevé. Je veux dire aussi que le manque de respect n’est pas l’apanage des garçons. Plusieurs filles s’y mettent. Elles sont insolentes et vraiment impolies et peuvent ridiculiser les personnes âgées sans le moindre remord. Généralement, ce sont des filles vulgaires et qui manquent de finesse, qui ont une allure de garçonne qui le font. L’insolence leur permet d’être bien admises dans le…« club des mecs ». Les filles normalement conçues les considèrent vulgaires et les rejettent. Elles doivent donc faire leurs preuves et manquer de respect aux autres pour se trouver une place auprès des garçons», dit-il.
Atef, 17 ans, dit qu’il n’a jamais commis des actes regrettables et qu’il n’en sera jamais capable. «Heureusement, je n’ai jamais été tenté par ces rébellions et ces révoltes qui ne traduisent qu’un manque de personnalité et une grande faiblesse du caractère. Je suis très bien élevé et le fait d’être poli prouve bien que je suis sur le droit chemin. Si un ramassis de mal élevés refuse pour autant de faire partie de mes amis, cela ne peut qu’être un grand acquis pour moi ! Je ne saurai être fier de moi s’ils m’apprécient. En fin de compte, c’est moi qui ai raison et ce sont eux qui ont tort. Mes parents m’ont appris à être discipliné, de respecter mes professeurs et toutes les personnes âgées. L’environnement social et familial joue un grand rôle dans ce genre de comportements. Si l’on naît dans une atmosphère où la mère traite mal sa belle-mère, qu’elle a l’habitude de se disputer avec les voisines et de créer des scandales et que le père apprend à son fils à dire « de gros mots à tonton » et de « gifler tata » pour être considéré comme un “homme“, il est tout à fait normal que l’enfant en question sera insolent et mal élevé», dit-il.


Abir CHEMLI




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com