Les jeunes et l’école buissonnière : Les élèves, seuls perdants





L’école buissonnière gagne de plus en plus de terrain et grand nombre d’élèves sèchent les cours. Ils passent des heures « creuses » au lit, devant les lycées, au café ou tout simplement à déambuler par-ci et par-là. Pourquoi les élèvent font-ils justement l’école buissonnière ?

Tunis-Le Quotidien
Un élève qui fait l’école buissonnière manque ses cours sciemment. Cependant, contrairement à ce que l’on a tendance à croire, le fait de sécher les cours n’est pas seulement l’apanage des cancres et des élèves paresseux. Le phénomène a tellement un effet de contagion qu’il a pris beaucoup d’ampleur. Même les élèves brillants semblent sécher les cours de temps à autre. Un élève studieux et assidu se voit parfois contraint de suivre la tendance pour ne pas être marginalisé ou ridiculisé  par ses camarades. Celui qui n’a pas le « courage » de sécher les cours est traité de peureux et de couard. Cependant, il ne faut pas mettre tous les élèves qui s’absentent sur le banc d’accusation. Certes, généralement, les jeunes sèchent un cours parce qu’ils n’ont tout simplement aucune envie d’aller étudier ! Certains s’absentent parce qu’ils manquent de sommeil, parce qu’ils ont un rendez-vous galant ou encore parce qu’ils n’ont pas fait leurs devoirs. Il arrive également que toute la classe se mette d’accord pour bouder tel ou tel cours souvent en fonction des coefficients appliqués aux matières. Certains peuvent aussi sécher les cours pour… réviser le devoir du lendemain ou parce qu’ils n’aiment pas le prof ! Mais parfois, ce comportement que l’on considère, a priori, comme un acte d’irresponsabilité et de paresse, peut cacher des problèmes personnels, physiques ou psychiques parfois graves. Une tendance à sécher les cours peut cacher des dépressions, une grande souffrance ou encore de l’ennui chez un élève intellectuellement précoce. Il faut chercher les causes pour pouvoir résoudre le problème avant de juger, sanctionner et punir.
Sahar, 16 ans, pense que l’élève est le seul perdant s’il fait l’école buissonnière. «La majorité des élèves qui sèchent les cours pensent qu’ils n’ont rien à perdre. Or, lorsqu’on n’assiste pas aux cours, on ne peut pas assimiler nos leçons comme il se doit. D’ailleurs lors des examens, ce sont toujours les élèves qui ne s’absentent pas  qui ont les meilleures notes. Il faut comprendre que la présence et l’assiduité nous sont profitables. Le fait de s’absenter n’empêchera pas l’enseignant de donner son cours. Ceux qui déambulent par-ci et par-là ratent l’explication du professeur et n’arriveront pas à assimiler bien leurs cours. L’on doit comprendre que si l’on est assidu et sérieux, cela ne peut qu’être bénéfique pour nous et si l’on s’absente, nous serons les seuls perdants. Et ce qui rend le phénomène inquiétant, c’est que l’absentéisme est parfois cautionné par les parents. Ils permettent parfois à leurs enfants de privilégier tel ou tel cours ou encore de ne pas aller tel jour pour réviser davantage le test du lendemain. «Négliger des matières considérées comme «secondaires» n'est pas un problème si c’est pour se consacrer aux matières principales», tel est le raisonnement sous-jacent chez certains élèves et leurs parents ! Or, chaque matière est utile au bon déroulement de la scolarité des élèves et à leur culture générale. Mais pour être juste, je dois dire que certains élèves connaissent de vrais passages à vide. Ils voient dans l’école buissonnière une occasion pour se ressourcer et se remettre sur pieds », dit-elle.
Chayma, 17 ans, ne s’est jamais absentée sans raison vraiment valable. «La moitié du travail se fait en classe. J’en suis bien consciente. Si on assiste à un cours et que l’on est attentif aux explications des professeurs, on assimile beaucoup plus rapidement et beaucoup plus facilement nos cours. Tout ce qui nous reste à faire ensuite, c’est de réviser. Or, si un élève est absent la moitié du temps, il devra doubler de travail et d’efforts pour pouvoir réussir et il perdra donc beaucoup de temps en vain. De plus, les enseignants peuvent, à travers nos écrits, savoir qui a été présent et attentif et qui ne l’a pas été. Les seules fois où je me suis absentée, j’étais malade et mes absences étaient justifiées. Et puis je trouve vraiment irresponsable de la part d’un élève de s’absenter juste pour errer devant le lycée ! Si nous étudions et si on se montre assidu et appliqué, c’est pour nous. Nous serons les seules à récolter les fruits en fin de compte. Certes, certains enseignants sont sévères, mais un élève brillant et sérieux n’aura aucun problème à suivre le rythme. De plus, les enseignants se font toujours une très mauvaise impression d’un élève qui s’absente, ce qui n’arrange pas les choses», dit-elle.
Arbi, 17 ans, dit que les causes de l’école buissonnière sont aussi variées que multiples. Le jeune homme ne nie pas que le manque de volonté de l’élève figure généralement en tête de liste, mais il dit également que l’élève n’est pas le seul à blâmer. «La majorité des élèves sèchent les cours pour des raisons purement personnelles. Ils sont mal au point et n’éprouvent aucune envie d’assister aux cours. Et même s’ils s’y rendent, ils ont la tête ailleurs et n’assimilent presque rien de ce que dira le professeur. Toutefois, ce n’est pas l’unique raison des absences, il faut dire aussi que certains professeurs compliquent les choses lorsqu’ils ne nous acceptent pas en classe à cause des retards. Le matin, l’on peut être pris au piège dans un embouteillage terrible et on arrive en retard en classe. Le professeur nous demande un billet d’entrée et l’administration refuse de nous en donner un. Résultat : les retardataires sont obligés de s’absenter durant toute la journée afin de pouvoir reprendre les cours  le lendemain. Il arrive aussi qu’un professeur soit tellement sévère et intraitable, que les élèves préfèrent fuir son cours tout en encourant le risque d’avoir une punition ! Je dois toutefois préciser qu’aucun élève ne le fait avec gaieté de cœur. Nous voulons tous réussir nos études brillamment, mais certains imprévus, certaines conditions psychiques ou matérielles nous poussent à bouder l’école», dit-il.
Marouane, 17 ans, pense que les raisons de sécher les cours diffèrent d’un élève à un autre. «Si l’on aborde le phénomène de manière objective, l’on va automatiquement imputer la responsabilité toute entière aux élèves dans la mesure où ils s’absentent volontairement de leurs cours. Je ne nie pas que bon nombre d’élèves n’aient aucune raison valable de bouder les cours. Ils le font juste pour se faire valoir en tant que personnes marginales qui n’ont aucune crainte de fouler aux pieds les règlements de l’école. Toutefois, certains ne le font pas avec gaieté de cœur. Lorsqu’un grand nombre de camarades décident de ne pas assister à tel ou tel cours, on est obligé de suivre sinon l’on risque d’être considéré comme un mouchard. Cela dit, d’autres élèves prennent individuellement la décision de sécher l’école ! Mais je voudrais également dire que les professeurs et l’administration ont leur part de responsabilité dans cette désaffection. Certains enseignants nous accablent avec un volume de travail très important alors que la matière qu’il enseigne est secondaire. Doit-on oublier les matières de base pour nous consacrer entièrement à faire ces devoirs ? De plus, si l’on assiste à ce cours sans avoir appris ses leçons, on va avoir des points en moins. Cette manière de procéder chez certains professeurs pousse les élèves à sécher son cours. Il arrive également que l’administration refuse de nous donner un billet d’entrée alors qu’on n’a que dix minutes de retard. Cela nous pousse à nous absenter pour pouvoir avoir un billet le lendemain», dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com