Les jeunes et les corrections parentales : Non à l’exclusion!





Certains parents optent pour une discipline stricte. Ils misent sur les sanctions et les punitions et administrent des corrections sévères à leur enfant afin de le remettre à «sa vraie place». Ils recourent parfois même à la violence ou le chassent carrément de la maison… Que pensent les jeunes de ces châtiments ?

Tunis-Le Quotidien
Un adolescent a besoin de chercher de nouveaux modèles à suivre et veut nouer des relations sociales plus élargies. Il cherche des relations amicales capables de lui procurer un sentiment de confiance réciproque. Ses parents ne sont plus sa seule valeur-refuge. Les relations amicales prennent une place prépondérante dans sa vie, même s’il reste bien intégré à sa cellule familiale. Toutefois, ces nouvelles fréquentations peuvent initier l’adolescent à des comportements à risque : tabac, drogues, alcool et, au pire des cas, délinquance… Les parents en sont conscients. Ils essayent donc de garder la mainmise sur leurs enfants histoire de prévenir ces dangers. Certains, tout en respectant cette phase d’indépendance par laquelle passent leurs enfants, tentent de maintenir le dialogue. D’autres parents ne savent pas comment se comporter. La révolte de leur enfant est telle, qu’ils perdent totalement le contrôle de la situation. Ils misent donc sur les sermons, les leçons de morale et, s’il le faut, sur les punitions et les châtiments. Et, entre les uns et les autres, certains parents, croyant bien faire, chassent leur petit du domicile familial… Ils savent que leur enfant dépend financièrement d’eux et pensent que ce genre de comportement le poussera à se remettre sur les rails… Or, la rue est l’antre du danger par excellence et si on pousse un enfant à sortir, on peut le pousser aussi à tous les risques qui s’ensuivent…
Marouane, 17 ans, a une relation assez souple avec ses géniteurs. Il a oublié le langage agressif et les raclées depuis son enfance. «C’est sur le dialogue que repose ma relation avec les géniteurs. Il est vrai que j’avais droit à quelques raclées de la part de mon père lorsque j’avais des résultats scolaires insatisfaisants ou lorsque je commettais des impairs. Mais cela a cessé lorsque j’ai atteint l’âge de dix ou douze ans. Mon père tenait fréquemment de longues discussions avec moi. Il me donnait l’occasion de m’exprimer et me faisait comprendre mes failles. Aujourd’hui nous entretenons une relation basée sur la souplesse, les discussions et la compréhension. Certes, lorsque je commets une erreur, il me fait une leçon de morale, mais sans plus. Nombre de parents utilisent, hélas, des méthodes incorrectes. Leurs enfants sont arrogants et se montrent irrespectueux à leur égard et à chaque fois, ils doivent les frapper ou encore les renvoyer de la maison pour les remettre sur place. Sauf que ça ne marche pas, puisqu’ils recommencent à chaque fois. Pis encore, cela retentit négativement sur la santé mentale des adolescents. Je pense que la responsabilité revient essentiellement aux parents parce qu’ils n’ont pas donné à leurs descendants l’éducation de base et le temps qu’il faut depuis l’enfance», explique-t-il.
Amine, 19 ans, recevait quelques raclées jusqu’à l’âge de quinze ans. Il a également eu droit à quelques exclusions. «C’est trop humiliant d’être agressé par ses parents à notre âge ! Nous aimons que nos parents soient à notre écoute et qu’ils comprennent nos besoins. Malheureusement, plusieurs géniteurs pensent qu’ils ont le droit de malmener leurs enfants juste parce qu’ils sont des…parents ! Je me souviens que les miens m’ont mis dehors parce que j’ai commis quelques erreurs. J’ai fait un tour, je suis resté dans le café du coin. Et lorsqu’ils se sont endormis, je suis rentré. Les exclusions et l’agression n’ont jamais résolu les problèmes ! Lorsqu’on dépasse l’âge de l’enfance, on ne peut plus accepter d’être traité de la sorte. D’ailleurs les sanctions sévères, les renvois et les raclées ne peuvent que rendre une jeune personne encore plus entêtée et probablement complexée. Cela ne veut pas dire que je cautionne l’éducation permissive parce que l’enfant n’aura plus aucune limite, mais il faut agir avec beaucoup de tact et de délicatesse. Il faut qu’un jeune ait le sens du discernement, il faut qu’il sache qu’il y a des limites à ne pas franchir, mais il est crucial également qu’il se sente en sécurité chez lui et qu’il ne soit pas menacé à chaque instant d’être agressé ou chassé de lui», dit-il.
Safouane, 15 ans, est rudoyé par son père lorsqu’il rentre tard. «Chez moi, il y a une sorte de couvre-feu. Si je dépasse une certaine heure, mon père se met à hurler et il me traite rudement. Des leçons de morale aux baffes en passant par la privation d’argent, j’en vois des sanctions… Certes, nous sommes redevables de respecter nos parents et de prendre en considération leurs conseils. Mais les parents doivent aussi comprendre que nous sommes des êtres humains à part entière et que nous avons des droits, tout comme nous avons des devoirs. Certains parents vont jusqu’à chasser leurs enfants de la maison parce qu’ils ont eu une mauvaise note ou parce qu’ils n’ont pas suivi leurs ordres à la lettre. Or, leurs enfants dépendent totalement d’eux et ils n’ont pas le droit de les mettre dehors. Un enfant a le droit d’avoir un foyer et une famille. Et c’est du devoir parental que de nous fournir un toit!! Ce qui les attend dans la rue, c’est la perdition totale. Heureusement que mon père se contente de me donner quelques baffes», dit-il.
Anis, 18 ans, n’a rien à reprocher à ses parents. Il a eu droit à des fessées, à des sanctions plutôt sévères lorsqu’il était petit. Mais aujourd’hui, sa relation avec ses parents s’inscrit plutôt dans le cadre du respect mutuel. «Lorsque j’étais enfant, j’ai eu droit à des corrections assez sévères. Mais au fur et à mesure que je grandissais, mes parents ne me battaient plus. D’ailleurs, c’est inconcevable que cela arrive encore alors que j’ai dépassé la puberté. Ce que je veux dire, c’est que nous comprenons que les parents essayent par tous les moyens de nous voir réussir dans notre vie. Mais le problème, c’est que certains parents ne veulent pas admettre que leur enfant ne soit pas totalement conforme à l’image qu’ils ont tant idéalisée, probablement bien avant de le mettre au monde ! Un parent pense avoir tous les droits de rendre son enfant identique à ce qu’il a tracé pour lui. Et pour y arriver, il est capable de le battre et de le jeter dehors. Or, à un âge jeune, l’on va considérer cela comme une marque de désintérêt. L’adolescent ne se sentira pas aimé, il se sentira frustré et cela le poussera, dans la majorité des cas, à redoubler ses bêtises. C’est le seul moyen qu’il trouve pour «punir» ses parents de leurs sanctions qu’il juge abusives. En tout cas, moi je n’ai jamais senti ce genre de menace. J’ai juste droit à des sermons, mais on arrive toujours à trouver un compromis», dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com