Les jeunes et le favoritisme parental : S’ils sèment la justice, ils récoltent amour et entente





Les parents souhaitent que tous leurs enfants s’aiment et s’entendent. Mais si la fraternité rime généralement avec amour, elle peut également être le théâtre de la rancœur et des ressentiments. La cause ? C’est que certains parents sont parfois contraints de s’occuper de l’un de leurs enfants plus que les autres. Et cet acte est considéré par les petits comme du favoritisme pur et simple… Qu’en disent les jeunes à ce sujet ?

Tunis-Le Quotidien
C’est du devoir et de la responsabilité de tout parent de veiller à ce que la relation de fratrie réussisse. Les géniteurs doivent cultiver l’amour entre leurs enfants. Ils doivent également leur inculquer les valeurs fondamentales du respect mutuel. Et pour ce faire, ils doivent agir équitablement avec tous leurs enfants. Toutefois, lorsque les parents décident d’avoir un deuxième bébé, l’aîné, qui accaparait jusque-là l’amour parental à lui seul, acceptera mal l’arrivée d’un nouveau venu qui lui disputera l’amour de ses parents. Pour éviter ce sentiment de jalousie, les parents restent parfois perplexes. Certains, croyant bien faire, accordent plus d’intérêt à l’aîné afin de lui montrer que personne ne prendra sa place… Or cela se fait généralement au détriment du nouveau venu qui risque de se sentir… non désiré ! Ils peuvent, au contraire, «surprotéger» ce petit pour le mettre à l’abri de la jalousie de son aîné. Ce qui risque également de créer des ressentiments chez le premier enfant. Il se sentira délaissé et marginalisé. Le même problème peut se poser entre les deux frères de sexe opposé. On peut demander à la fille de suivre les instructions de son frère puisque c’est lui «l’homme». Ou au contraire de trop gâter la fille au point de rapetisser le garçon… Tous ces cas ne peuvent que «jeter de l’huile sur le feu». Parce que les querelles qui éclatent entre frères et sœurs nous renvoient directement à une ambiance familiale non stable qu’ont endurée ces petits en bas âge et qui font irruption de manière plutôt violente une fois à l’âge de la jeunesse… Parce que même si un enfant ne montre pas qu’il en veut à ses parents et ses frères et sœurs, un adolescent, lui, en sera capable et de la manière la plus rebelle qui soit!
Ahmed, 17 ans, dit que ses parents défendent en tout état de cause son frère aîné. Et cela semble dépiter le jeune homme et affecter sa relation avec son frère unique ! «Etant le premier bébé, mon frère aîné a été vraiment gâté par mes géniteurs. Après ma naissance, rien n’a changé. Il a toujours eu droit au… meilleur. Je n’ai jamais senti une attention particulière de la part des miens. Cela me faisait un peu mal, étant enfant. Mais actuellement, cela me dépite. Totalement! J’en ai ras-le-bol d’écouter toujours la même phrase : «tais-toi, c’est ton grand frère et tu lui dois du respect !» Que je sois coupable ou innocent, c’est moi que les parents inculpent à tous les coups! Je ne me sens pas assez aimé et c’est vraiment injuste… Mon frère et moi n’arrivons pas à trouver un terrain d’entente, par moments, je sens même que je le déteste. Je ne peux que lui en vouloir. Je porte en moi une rancœur envers lui et envers mes parents. Ils auraient pu être plus équitables et ne pas faire preuve de favoritisme aussi flagrant. De plus, c’est toujours lui qui a le droit à plus de fringues et à plus de gâteries. Moi, je suis censé être ce second qui doit suivre à la lettre les instructions de son aîné ! Si mes parents étaient plus équitables, notre relation aurait été nettement meilleure», dit-il.
Yacine, 18 ans, juge ses parents équitables. Cela a créé une ambiance saine et solidaire entre les frères et sœurs. «Je crois que toute métamorphose dans notre société actuelle relève des antécédents qui ont laissé des traces chez la génération passée dont notamment nos parents. Autrefois, c’étaient les garçons qui jouissaient de plus de droits et de liberté. Il semble que cela a été difficile à digérer surtout pour les mamans d’aujourd’hui. Cela a eu un effet boomerang et la majorité des parents d’aujourd’hui privilégient les filles ! Ils ont dû comprendre, au fil du temps, que ce sont justement les filles qui ont besoin de plus de protection et de cajoleries. Les géniteurs mettent donc leurs filles sous leurs ailes pour rendre justice à la gent féminine qui semble avoir assez enduré autrefois… Moi, je comprends les raisons de cette gâterie. D’ailleurs, je chouchoute à mon tour mes sœurettes et je n’ai aucun problème si les parents soient plus souples avec elles d’autant plus que nous avons tous les mêmes droits. Nous avons également droit à la même dose d’amour. Je n’ai donc pas à me plaindre de ce côté. Mais il faut dire que nombre de jeunes souffrent à cause de l’injustice parentale. Et je dois m’estimer heureux de ne pas avoir ce genre de problème», dit-il.
Moëz, 18 ans, vit également dans une ambiance d’amour et d’équité au sein de sa famille. «J’ai un frère et une sœur. Dieu merci, je n’ai jamais eu de problèmes avec eux. Nous avons eu tous droit à la même dose d’amour et nous avons appris à nous respecter mutuellement. Chacun d’entre nous connaît ses droits et ses limites. Aucun d’entre nous ne s’est jamais senti à l’écart. Nous sommes une famille unie et sans problèmes. Certes, lorsque l’un d’entre nous est absent, malade ou a de grands soucis, c’est lui qui a droit à une attention particulière de la part des parents. Mais nous savons tous les trois que cela reste passager et tributaire des conditions par lesquelles son frère ou sa sœur passe. D’ailleurs moi-même je peux entourer ma sœur ou mon frère d’attention s’il est en mauvaise passe», dit-il.
Zied, 18 ans, est le benjamin. Il semble être le chouchou de ses parents. Cela n’affecte pas sa sœur aînée pour autant. «Je suis le plus petit, mes parents m’ont toujours donné ce dont à quoi je m’attends ! Ma sœur a eu droit à son tour à une grande attention avant ma naissance. Si on sème la justice on ne peut récolter que l’amour et la reconnaissance. Nos parents instaurent les règles. Ma sœur n’a pas un droit de regard sur ma vie et je n’ai de comptes à rendre qu’aux parents. Idem pour moi. Ils m’interdisent de m’immiscer dans ses affaires. Donc chacun de nous connaît ses limites. Mais comme je suis le benjamin, j’ai le droit à un peu plus de gâterie. Je ne considère pas cela en tant que preuve de favoritisme et ma sœur non plus, d’ailleurs. Elle a été bien gâtée elle aussi avant ma naissance. Et puis, j’aime énormément ma sœur, ce qui ne lui laisse pas «l’occasion» de m’en vouloir ! Oui, nous sommes très unis et nous devons cette union à l’éducation de nos parents. A mon sens, c’est lorsqu’il y a du vrai favoritisme que cela risque de dégénérer. Parfois, les parents se montrent vraiment inéquitables et préfèrent nettement l’un de leurs enfants. Ce n’est pas le cas chez nous, Dieu merci», dit-il.


Abir CHEMLI  




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com