Les jeunes et l’amour du risque : Avec modération





Nous avons tous, à un moment donné, été tentés par l’envie de chatouiller nos peurs et de savourer la montée d’adrénaline fulgurante suite à une situation difficile ou risquée qu’on réussit à surmonter. Certes, les petites frayeurs donnent parfois les plaisirs. Mais, quand la prise de risque devient un passage obligé pour donner un sens à sa vie, cela peut être révélateur d’un véritable problème… C’est le cas chez grand nombre de jeunes gens…


Tunis-Le Quotidien
L’adolescence est une période trouble et troublante. Pour passer ce cap, une jeune personne sent la nécessité de se surpasser et de vivre certaines expériences extrêmes. Cela lui donne l’occasion de s’éloigner de ses parents et de façonner son identité propre. Plusieurs adolescents cherchent sciemment à vivre des dangers pour donner un sens à leur vie, pour échapper à la tristesse ou à des états d’exclusion. En effet, en testant son courage, un adolescent tente également de briser les barrières et l’indépendance de l’enfance. La prise de risque lui donne l’impression d’accéder à un statut d’adulte. Sur le plan psychique, ces conduites à risque expriment ses difficultés passagères. Sauf que certains adoptent des conduites excessives où le danger est ardemment recherché : excès de vitesse, alcoolisme, drogue… En général, un adolescent n’a nullement l’intention de mourir, ni de mettre sa santé en danger, mais de s’assurer de la valeur de son existence. Toutefois, la répétition délibérée de ces risques ne suffit pas à lui apporter la sérénité souhaitée. Elle peut même traduire une pathologie grave. Car cette recherche d’émotions fortes peut devenir un catalyseur dangereux allant des actes de vandalisme à la délinquance en passant par des accès de violence…
Wajdi, 17 ans, affirme qu’il doit se surpasser de temps à autre. Cela lui permet d’atteindre un certain degré d’autosatisfaction. « Tout ce qui incommode attise ma curiosité. Les difficultés me permettent de me surpasser, de relever le défi et de me former. Normalement, on doit apprendre les choses sur le plan théorique avant de passer à la réalisation. Chez moi, comme chez la majorité des jeunes, le processus d’apprentissage est inversé. C’est grâce à la pratique et à l’action qu’on apprend. Et puis un peu de zèle me permet de combattre la monotonie. La jeunesse est l’âge de toutes les folies. Et c’est le moment où jamais pour se permettre quelques risques. Lorsqu’on devient adulte, nous sommes tenus de faire preuve de beaucoup de sagesse et de responsabilité. Je crois qu’il est absolument nécessaire de tout tenter et de profiter à fond de notre jeunesse. D’ailleurs, la vie sans risques, sans interdits et sans quelques excès est vraiment trop plate et monotone. Le fait de relever un défi ou de courir un risque me rend tout excité. Rien ne vaut la montée d’adrénaline qui me donne l’impression d’être bien vivant. Le fait de transgresser quelques règles de temps à autre me fait vraiment plaisir. Toutefois, même si certains interdits attisent ma curiosité, je n’irais pas jusqu’à la déraison. Je sais qu’il faut se fixer des limites sinon les risques seront vraiment très gros», dit-il.
Farid, 17 ans, aime courir des risques de temps à autre. Mais, assez lucide, le jeune homme laisse tomber sitôt s’il ressent un danger dans l’air. «Transgresser quelques règles trop strictes, conduire à toute vitesse ou dépasser les autres voitures sont des choses qui procurent un plaisir immense parce que l’on a l’impression de se surpasser. Mais je n’en fais pas une obsession. Je ne peux pas courir de gros risques parce que c’est ma vie que je mettrai en danger. Je ne veux pas me jeter dans la gueule du loup ! D’ailleurs, cela ne peut m’être que fatal. Certaines choses restent tolérables si le risque n’est pas trop important. Par exemple, j’adore conduire des motos et me faufiler entre les voitures. Mais de là à risquer ma vie ou à ruiner ma réputation… pas question! Et franchement, l’enjeu n’en vaut pas la chandelle», dit-il.
Marouane, 17 ans, semble être un véritable casse-cou. Le jeune homme est prêt à tout pour savourer la montée d’adrénaline! «Moi et la peur, ça fait deux. Je ne recule devant rien. D’ailleurs, c’est lorsque j’ai peur que je vais justement jusqu’au bout. Cela me permet d’affronter mes phobies et d’exorciser mon angoisse. Une fois mon œuvre réussie, je me sens libre comme l’air. J’aime le challenge. Lorsque j’arrive à vaincre mes craintes et à m’imposer. Cela dit, je crois que le fait de courir des risques est nécessaire pour une jeune personne. Cela nous donne l’occasion d’apprendre, d’avancer et de gagner confiance en soi. Et puis à mon âge, je peux me permettre d’enfreindre quelques règles. Je ne veux pas passer à côté de quelque chose de vraiment sensationnel. Je n’aime pas non plus renoncer à un défi parce que je ne peux pas supporter le goût d’inachevé. D’ailleurs, les adultes coincés ou, au contraire, qui débloquent totalement ont sûrement frustré leurs pulsions dans leur jeunesse. Je ne veux pas me retrouver en train d’agir comme un ado lorsque je serais adulte pour récupérer le temps perdu. Je le fais maintenant tant que c’est encore…«permis». Alors des risques ? Oui, j’en cours. Mais je reste tout de même lucide. Je ne fais jamais des choses qui sont interdites par la loi ou qui vont à l’encontre de la morale. Quelques petites folies de temps à autre me suffisent. Amplement », dit-il.
Aman Allah, 16 ans, est plutôt lucide. Le jeune homme se permet, quelques extravagances lorsqu’il est sûr que cela passera sans risques. «Lorsqu’on est dans le feu de l’action, on n’est pas du tout conscient de ce qu’on fait et encore moins des risques qu’on encourt. C’est lorsque quelqu’un «tombe» qu’il se rend compte des répercussions de ses actes. Et puis personne ne sait quand il faut s’arrêter. Au début, plus on éprouve du plaisir, plus on est tenté de réessayer. Ensuite, si on se rend compte que l’on risque gros, on peut ne pas avoir la volonté qu’il faut pour dire stop, j’arrête! Et le comble, c’est que ce genre de comportement fait l’objet d’une grande fanfaronnade. Au début, c’est plaisant de prendre le volant et de rouler à toute vitesse, c’est plaisant de fumer sa toute première cigarette ou de boire son premier verre d’alcool, mais on risque de se retrouver un jour au fond d’un bourbier inextricable et il devient vraiment difficile de s’en sortir ou même. Il est totalement impossible de faire marche arrière. Alors ma devise à moi, c’est de courir quelques risques et de conduire sans avoir un permis de conduire ou de me défouler dans des exercices sportifs assez rudes, c’est tout ! Aller jusqu’à frôler la mort, ce n’est pas mon truc », dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com