Les jeunes et l’agressivité : Tout dépend… de l’environnement





Pour résoudre leurs petits problèmes, nombre de jeunes recourent à la violence. Certains cherchent délibérément les affrontements. Ils s’enflamment au quart de tour sans prendre en considération les répercussions de leurs actes. Comment les jeunes expliquent-ils justement la tendance agressive chez leurs pairs ?


Tunis-Le Quotidien
Il est difficile pour un être humain de garder son calme et sa lucidité face à des situations tendues. Lorsque les choses échappent à notre contrôle, l’on devient apte à commettre des erreurs. Les jeunes, réputés pour leur nature rebelle, cèdent souvent à la bagarre. Sous l’effet de l’adrénaline, ils auront du mal à agir avec tact et délicatesse. Doigté et finesse leur font défaut. Le comportement agressif marque ainsi plusieurs relations juvéniles. Echanges de diarrhée verbale, flot de paroles outrancières, gestes agressifs… les situations conflictuelles mènent certains jeunes à des épreuves de force. L’agressivité verbale semble d’ailleurs leur premier recours lors des désaccords. Cela dit, une autre catégorie de jeunes, préfère les manières soft. Pour dissiper les différends, ils agissent avec délicatesse. Et entre les uns et les autres, nombre de jeunes n’utilisent la force que dans les situations extrêmes. Ils préfèrent ignorer un vis-à-vis trop entêté et tenace pour que les choses ne dégénèrent pas…
Hassan, étudiant de 23 ans, dit qu’il n’utilise pas la force. De nature calme, le jeune homme, s’énerve rarement. «J’ai une nature calme et pacifiste. Même si je suis en désaccord avec quelqu’un, je fais en sorte de garder mon sang-froid, de lui expliquer mon point de vue calmement et sans m’emporter. D’ailleurs, je juge ceux qui arrivent à tenir une conversation avec des adversaires hostiles, comme des personnes fortes et civilisées. Je prends la peine d’écouter, d’expliquer et d’argumenter. Si j’arrive à convaincre mon interlocuteur, tant mieux. Si je n’y arrive pas, je respecte son point de vue et cela s’arrête là ! Toutefois, si mon vis-à-vis est quelqu’un que je n’estime pas, je lui réponds du tac au tac pour le remettre aussitôt à sa place. D’autres, beaucoup moins courageux, essayent de me provoquer à distance sans m’affronter. Leur but est de jouer sur la solidité de mes nerfs. Ces personnes-là, je ne les considère même pas parce qu’elles ne valent que dalle et leurs tentatives de m’énerver échouent à tous les coups. J’ai une très grande confiance en moi. Et s’ils ont un niveau très bas, je ne vais pas entrer dans leur jeu, sinon je vais descendre à un niveau aussi bas qu’eux. Le meilleur remède est de les ignorer complètement, ils finiront par lâcher prise. Quant aux origines de cette tendance agressive, je pense que cela émane tout droit d’une imitation aveugle qui provient de l’Occident : films d’actions, jeux vidéos agressifs, séquences querelleuses sur le net… Toutes ces choses influent très négativement sur l’esprit des adolescents qui sont encore en phase de construction. Ajouter à cela le manque d’encadrement parental, l’ado se retrouve imprégné d’une agressivité non canalisée qu’il fait ressortir au premier affront», dit-il.
Dora, 18 ans, déteste le fait de s’emporter. Elle arrive à garder son sang froid même dans le pire des cas. «L’énervement et le langage de la force ne résolvent jamais les problèmes. Pourtant, nombreux sont les jeunes qui s’adonnent à la violence verbale et gestuelle pour régler leurs problèmes. Un adolescent a l’impression de prouver son existence à travers la violence et l’agressivité. Il peut devenir plus calme et lucide en grandissant. Mais le problème, c’est qu’ils restent parfois violents même en gagnant en maturité. Cela devient comme une seconde nature. Je crois que la famille et l’entourage ont un rôle clé dans ce genre de situation. C’est à eux de détecter cette tendance agressive chez leurs enfants et d’essayer de la canaliser. Ils peuvent par exemple l’inscrire à un cours d’art martial, idéal pour se débarrasser des ondes négatives. Mais, que faire lorsque les parents sont des personnes illettrées qui ne comprennent rien à ce genre de problème ! Ou, pis encore, si l’un des parents est à son tour agressif et violent et qu’il frustre son enfant ?! Ce petit qui se sent offensé chez lui fera ressortir sa frustration ailleurs ! Et Dieu seul sait combien ce phénomène prend de l’ampleur… Des malades courent les rues au point que l’on ne se sent plus du tout en sécurité. D’ailleurs plusieurs filles se mettent à leur tour à devenir agressives et violentes», dit-elle.
Ikram, 18 ans, impute la responsabilité toute entière à la famille. La jeune fille est persuadée que toute éducation erronée donne naissance à des jeunes déséquilibrés et dangereux. «Lorsqu’un enfant vit des conditions difficiles et qu’il n’est pas du tout épanoui chez lui, il est tout à fait normal qu’il ait des troubles psychiques. Père alcoolique ou violent, mère envahissante ou aux mœurs légères… certains enfants naissent et grandissent dans des conditions familiales vraiment atroces. Ils deviennent frustrés. Parfois, ils ne peuvent pas prononcer un seul mot chez eux. Et si jamais ils commettent une erreur, ils seront violentés et agressés au sens propre et figuré ! Qu’espérons-nous ? Que cet enfant soit calme, sage et équilibré ?! Sûrement pas ! Il sera bourré de complexes et c’est sur les autres qu’il va se défouler : injures, agressivité, violence, toutes les pulsions qu’il a refoulées chez lui, ressortiront au grand jour une fois dehors. Il fait ressortir sa frustration sous une forme « d’arme de destruction» qui l’aide à se défouler. Toutefois, si je comprends les origines agressives chez ces pauvres jeunes, cela ne veut pas dire que je leur donne raison ! Au contraire, les autres n’ont aucune responsabilité ! Ce n’est pas de notre faute qu’il ait des conditions aussi désolantes !! Nous avons, nous autres jeunes, le droit le plus élémentaire de vivre pacifiquement et de nous sentir en sécurité. La solution ? Je ne sais pas trop ! Il va peut-être falloir qu’on soumette obligatoirement les futurs mariés à des tests psychiques et comportementaux tout comme on a imposé des tests médicaux. Il faut bien avoir une bonne santé physique, psychique, mentale et morale avant de mettre des enfants au monde et les élever. C’est le seul remède, à mon sens, pour que notre société s’améliore et s’assainisse», dit-elle.
Moez, 23 ans, est nerveux. Toutefois, il fait des efforts énormes pour garder son sang froid. «Je suis nerveux et parfois, je ne peux pas contrôler mes pulsions. Il faut dire que l’âge jeune pousse la personne à agir avec impulsivité sans calculer les répercussions de ses actes. J’essaye de garder mon calme pour que les choses ne dégénèrent pas. Si je suis en désaccord avec quelqu’un j’entretiens un discours calme pour essayer d’atténuer la tension et de dépasser la crise. S’il s’entête à rouspéter, j’utilise le langage de la force ! C’est ma dernière alternative. Il faut dire que parfois nous sommes tellement mal et on souffre tellement des problèmes de la vie, qu’il nous est impossible de garder notre sang-froid et notre calme», dit-il.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com