Trente ans après la révolution : Où en est l’Iran de Khomeiny?





Le 11 février 1979, l’ayatollah Khomeiny se déclare guide suprême de l’Iran. Trente ans après, qu’est-ce qui a réellement changé pour les Iraniens? Où en est aujourd’hui le pays des Mollahs ?
Si la révolution islamique en Iran n’a pas changé sur un point, ce sera indiscutablement sur le poids des religieux dans ce pays ou tout  doit passer par le guide-suprême, le n°1 du régime, actuellement l’ayatollah Ali Khamenei.
Il y a trente ans, l’ayatollah Khomeiny a renversé une dictature pour mettre en place une théocratie, unique au monde, Etat du Vatican excepté. Sur ce plan, l’Iran n’a pas changé d’un iota.
Aujourd’hui encore, les religieux occupent toute la scène politique. Tout gravite autour d’eux ou d’institutions comme les fameux gardiens de la révolution. A la dictature d’un homme a succédé l’autocratie d’un noyau de membres du clergé chiîte, conservateurs ou ultraconservateurs, qui accaparent le pouvoir aux plans politique et économique via des fondations religieuses. 
En Iran, les élections sont libres, parfaitement libres. Mais tous les candidats aux élections  doivent impérativement avoir un profil plus ou moins conforme aux préceptes de la République Islamique, autrement dit aux préceptes de Ali Khamenei.


Fond et forme
Ainsi, sur la forme, la révolution est toujours vivace... si vivace qu’elle fait peur à ses voisins arabes. Pourtant, sur le fond, la société iranienne ne semble pas adorer comme au premier jour cette révolution venue à la rescousse des plus opprimés et des plus pauvres.
En effet, l’échec le plus patent de la République islamique est, sans aucun doute, l’économie restée tributaire du pétrole. L’élévation du niveau de vie de la population n’a pas été au rendez-vous des espérances, même sous Mahmoud Ahmadinejad, qui en avait fait sa priorité. Sur le terrain économique, le régime est en échec. L’inflation était de 30% en 2008 et le chômage ne cesse de gagner du terrain.
Malgré la manne pétrolière, l’Iran n’a pas su construire une économie émergeante. Le pays dispose pourtant de ressources naturelles pour ce faire. Ces difficultés économiques ont engendré un autre problème, celui des jeunes. Les jeunes qui, trente ans en arrière, ont submergé les rues de Téhéran brandissant les portraits de Khomeiny et scandant des slogans pro-révolution, ont vieilli depuis, donnant entre-temps naissance à une génération plus contestataire, plus critique. Le manque de travail, la multiplication des verrous et le manque de loisirs a fait croître les insatisfactions.


Antiaméricanisme ... où en est-on?
Un autre aspect de la révolution, en l’occurrence, l’antiaméricanisme semble aussi devenir de plus en plus laxiste ces derniers temps notamment après l’ascension de Barack Obama au pouvoir à Washington.
Pourtant l’antiaméricanisme était considéré comme un des principes de la révolution.  Depuis, les relations américano-iraniennes n’ont jamais passé le cap des querelles, des échanges d’accusations et même des guerres par pays interposés (la guerre irano-irakienne). Mais après l’invasion américaine en Irak et l’assassinat de Saddam Husseïn, et malgré une hostilité apparente entre les deux pays, Téhéran et Washington avaient, semble-t-il, trouvé un petit terrain d’entente ou plutôt un intérêt commun.
Washington voulait le pétrole de l’Irak et Téhéran voulait la tête de Saddam pour étendre par la suite les racines de sa révolution vers les chiîtes du pays voisin.
Mais le rapprochement américano-iranien ne s’est réellement manifesté au grand jour qu’après l’élection de Barack Obama qui a ouvertement appelé Téhéran au dialogue. En réponse, Ahmadinejad a tendu sa main au «Grand Satan» pour un dialogue constructif basé sur le respect mutuel. L’ayatollah Khomeiny en aurait perdu la voix.
Ainsi, si la révolution islamique a su garder vivaces les principes fondateurs de la théocratie instaurée en 1979, elle n’a pas su gérer ni l’évolution de la société iranienne, ni la multiplication des enjeux politiques et économiques. L’Iran d’aujourd’hui est certes un acteur clef au Proche-Orient, mais son poids est toujours associé à une image de nuisance pour l’Occident et les voisins arabes. Une image qui freine son ascension régionale, déjà amoindrie par une économie pas trop florissante.
Il y a  trente ans,  Rohallah Khomeiny instaurait une théocratie unique, en son genre. Aujourd’hui, les Mollahs détiennent toujours l’Iran avec une main de fer. Mais, l’Iran change. A quel point ? Vers quelles rives ? L’avenir nous en dira plus.

Fatma Ben Dhaou Ounaïs

Le chiisme duodécimain

Le chiisme duodécimain, le madhhab officiel de l’Iran depuis la révolution de 1979 désigne le groupe des chiites qui croient dans l’existence des douze imams.
Les Imams chiites dont le premier est Ali Ibn Abi Talib, sont considérés comme infaillibles. Ceci est un aspect important de la théologie chiite. Ils ne sont pas considérés comme prophètes,  ni messagers, mais relaient le message de Mohamed.
Les chiites duodécimains croient aussi que le dernier imam, qui est aussi le douzième et actuel imam, le Mahdi est en occultation (Ghayba) sur ordre de Dieu et réapparaîtra à son ordre. Entre-temps, les duodécimains ne peuvent pas  se réclamer d’une autre autorité et ils sont donc libre par rapport au pouvoir temporel en place.
Les oulémas jouent un grand rôle. La doctrine n’est pas figée car le douzième Imâm est toujours vivant: malgré son absence physique, il informe à sa communauté l’expression de sa volonté. L’interprétation reste donc ouverte dans le chiisme.

«Grand Satan»

La colère  commença à gronder contre les Etats-Unis à la suite de leur décision, en octobre 1979, d’accepter le Shah dans leur pays pour y soigner son cancer.
Réfugiée alors au Mexique, la famille impériale est traquée, et les plus extrémistes réclament l'extradition du Shah  pour le condamner à mort.
En réponse à la décision US,  Khomeiny exhorte la population, le 1er novembre 1979, à manifester contre les Etats-Unis et Israël, avec sa rhétorique antiaméricaine, appelant les Etats-Unis «le Grand Satan» et «les ennemis de la révolution». Des étudiants rassemblés près de l’ambassade américaine prennent d’assaut le bâtiment et ses occupants puis mettent à jour le travail de la CIA par l’intermédiaire de l’ambassade.

La révolution et le clergé chiite

Quand en 1979, les théologiens s’emparent du pouvoir,les cellules révolutionnaires deviennent des comités locaux. On les appellera les Gardiens de la Révolution (pasdarans).
Ces groupes récupèrent vite la plupart des pouvoirs locaux et prennent même le contrôle des tribunaux. Et quand la nouvelle constitution est rédigée, elle crée le puissant poste de guide suprême, chargé de contrôler l’armée et les services de sécurité, et pouvant opposer son veto à la candidature des prétendants au poste de président de la République. Un président de la République est élu tous les quatre ans au suffrage universel, mais seuls les candidats dont la candidature a été approuvée par le conseil des gardiens de la constitution ont le droit de se présenter aux élections.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com