Economie : M. Ha-Joon Chang met en question les politiques néolibérales





L’économiste international pense que l’échec des politiques néolibérales en Afrique est dû à la nature de ces politiques elles-mêmes.


Tunis – Le Quotidien
En visite en Tunisie sur invitation de la Banque Africaine de Développement (BAD), M. Ha-Joon Chang, économiste international, professeur à la Faculté des sciences économiques à l’Université de Cambridge, a présenté, hier, à Tunis, une conférence portant sur le thème «histoire économique du monde développé : leçons pour l’Afrique».
Il s’agit d’une conférence inscrite dans le cadre de la série des conférenciers éminents invités par la BAD, périodiquement, pour renforcer la diffusion du savoir en Afrique sur des questions clés du développement économique.
Au cours de cette conférence M. Chang a mis l’accent sur l’évolution économique dans les pays en développement, et en particulier ceux africains, au cours des trois dernières décennies.
M. Chang a expliqué que les pays africains ont dû adopter, depuis les années 70, des politiques économiques néolibérales, marquées par la libéralisation du commerce et des investissements étrangers, la privatisation des entreprises publiques, la réglementation des industries locales, des politiques macroéconomiques plus prudentes et une meilleure protection des droits de propriété intellectuelle.
Selon cet économiste international, ces politiques ont eu une grande influence sur l’Afrique et ont produit, malheureusement, des résultats désastreux en Afrique. Il a précisé que le taux de croissance du revenu par habitant en Afrique subsaharienne s’est effondré à 0 ,3% entre 1980 et 2004, alors qu’il était à 1,6% dans les années 60 et 70.
M. Ha-Joon Chang a essayé de démontrer, au cours de son exposé, que cet échec des politiques néolibérales n’est pas dû aux facteurs climatiques, les tensions ethniques, la pauvreté des ressources humaines… en Afrique, mais plutôt à des défauts structurels de ces politiques. « En général, lorsqu’une politique échoue, le premier suspect naturel c’est la politique elle-même », a expliqué M. Chang. Et d’ajouter que la croissance économique des pays riches et développés est le fruit d’une politique économique protectionniste en premier lieu.
M. Chang a essayé de montrer, par ailleurs, comment les expériences des pays riches sont totalement aux antipodes des recommandations pratiques des éminents économistes d’aujourd’hui, et comment elles suscitent des interrogations sur les explications structurelles de l’échec des politiques néolibérales en Afrique.
Il a souligné, dans ce contexte, que les pays riches et développés, tels que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis… n’ont adopté des politiques libérales que lorsqu’ils étaient devenus des puissances économiques grâce, notamment, aux politiques protectionnistes.
M. Ha-Joon Chang a noté que les pays africains évoluent actuellement dans des contextes nationaux et dans un contexte international très différent de celui des pays riches au moment où ils se développaient. «Nous ne pouvons pas, donc, appliquer les leçons de la Corée du Sud de 1960 par exemple, encore moins de la Grande-Bretagne du 18e siècle à l’Afrique d’aujourd’hui», a-t-il mentionné.
Et de conclure qu’il est impossible de faire des recommandations identiques pour tous les pays africains, compte tenu de leur diversité, et que les implications politiques précises à tirer de tel ou tel cas historique dépendront du contexte naturel, économique, social, politique et culturel spécifique à chaque pays et de ses objectifs, préférences et aspirations propres.


Mohamed ZGHAL




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com