Hachemi Baccouche, doyen des intellectuels tunisiens en France : Un infatigable agitateur d’idées





Hachemi Baccouche, peut être considéré, à juste titre, comme le doyen des intellectuels tunisiens à l’étranger. Octogénaire, pétillant de dynamisme et de vitalité, il reste infatigable, plongeant dans l’écriture et la réflexion. Il est écrivain, psycho-sociologue, auteur de romans dont “Ma foi demeure” (1958) couronné par l’Académie française, de pièces de théâtre et de publications scientifiques dans des revues européennes, il milite pour une communauté méditerranéenne depuis un demi siècle. Fondateur à Sophia Antipolis du “Centre d’études des civilisations méditerranéennes” qui compte une soixantaine d’universitaires du pourtour méditerranéen. • Quelles sont vos activités aujourd’hui? — Elles se déroulent dans trois directions. D’abord elles se concentrent sur les publications et les cours dans les lycées et les conférences, dans le but de faire reculer l’ignorance de l’Islam, affichée non seulement par les non-musulmans, mais aussi par beaucoup de musulmans. Mes premières interventions datent de l’époque où les journaux me désignaient comme “Mahométan”. Je ne suis pas le seul à faire l’apologie des valeurs ignorées de l’Islam. Ma contribution s'inscrit dans le sillage d’universitaires tunisiens comme Guellouze ou Kaaniche, d’Algériens comme Dali Boubaker, Souheil et Ghaleb Ben Cheikh et Mohamed Arkoun. D’autres universitaires nous rejoignent et les résultats sont prometteurs. • Quelles sont les deux autres directions? — En compagnie d’un prêtre catholique, j’anime un “Atelier de recherches inter-religieuses”. Nous y prônons des rapports basés sur la tolérance. Nos débats et la connaissance des autres et des différences, ouvrent un infini qui transcende. J’ai co-signé avec un prêtre catholique et un israélite, un traité sur “La souffrance”. Ouvrage édité en 1994. La troisième activité est d’ordre culturel. Elle est axée sur la redécouverte de l’humanisme à travers l’observation et l’analyse des expressions et des comportements dans les souks, les forums, les places publiques, les bazars et la rue de différents pays méditerranéens. La revue “L’Atelier du futur” a publié une conférence que j’ai donnée au “Centre Universitaire Méditerranéen” au printemps dernier, intitulée: “De Cordoue, au Siècle des Lumières en traversant la Renaissance italienne”. J’ai voulu démontrer ce que, avec l’Avéroïsme, c’est-à-dire avec l’Ijtihad, peuvent réaliser les musulmans. D’une façon générale, toutes mes activités tournent autour d’un seul objectif: la Solidarité. Il s’agit d’un ouvrage auquel je mets la dernière main, qui donne à la solidarité une base biologique. • Dans les années 70 vous avez proposé aux autorités tunisiennes la création d’une “Académie Méditerranéenne des Sciences Humaines”. — C’est vrai, nous avons obtenu l’adhésion de plusieurs personnalités scientifiques et littéraires. Maurice Druon, l’académicien, devait en être le premier secrétaire. le Vatican à l’époque, devait céder la Cathédrale de Carthage. Des aides financières étaient fournies par certains pays. • Quelle suite a eu ce projet? — J’ignore les raisons pour lesquelles il a été abandonné, malgré tous mes efforts. • Je vois dans le tableau synoptique que vous avez dressé sur le fonctionnement du cerveau, une formule qui demande éclaircissement: 1+1=3. Cela veut dire quoi au juste? — C’était le sujet de ma thèse soutenue à la Sorbonne il y a plus de trente ans. Tout homme est une histoire dont d’autres sont plus que lui les auteurs. C’est une mémoire. C’est le premier 1. Cette mémoire rencontre une autre mémoire qui est le second 1. La fusion des deux mémoires engendre une pensée ou un acte inévitable qui s’intègre dans une mémoire collective. Pensée utile ou destructrice, elle n’est ni celle du premier 1, ni celle du second 1. Elle est la résultante 3. Cela rappelle un peu l’intellect actif et l’intellect passif d’Aristote, repris par Ibn Rochd dans ses commentaires. L’étude du fonctionnement du cerveau montre les bases biologiques et sociologiques du comportement. Lorsque l’enfant paraît, il est, à sa naissance, comparable à un récipient vide. C’est le terreau biologique qui périrait s’il ne reçoit pas sa part d’informations humanisantes. Famille et environnement lui fournissent ces informations. C’est la sociologie. • Comptez-vous vous installer en Tunisie? — C’est mon souhait. D’autant que je voudrais lancer un mouvement pour une “Communauté méditerranéenne” à partir de la Tunisie, qui est un résumé du Monde méditerranéen. (voir encadré) Cet appel et d’autres publications, vieilles de cinquante ans, s’inscrivent dans le “Passeport pour la Méditerranée” d’Albert Jacquant. • Vous agissez en faveur d’une Communauté méditerranéenne, comment justement y parvenir? — En proposant la création d’un mouvement qui ferait connaître les valeurs du monde méditerranéen, terreau de l’humanisme, ce serait entre autres, une façon de répondre aux propos de Samuel Huntington qui prétend que “La Méditerranée est un résidu de vieilles pierres”. Entretien réalisé par Lotfi Touati


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com